lundi 8 février 2010

Foi en l'homme ? (1)


Le thème numéro deux que j'avais annoncé dans une précédente entrée est le suivant :
2 - Ma foi aujourd'hui. Ce en quoi je crois le plus profondément concernant l'homme en toutes ses dimensions, mais plus particulièrement en son essentiel.

Comment aborder un tel sujet sans tomber dans les poncifs du genre. Facile de dire que l'on croit en l'Homme, en l'Humanité, en son humanisation progressive. Le discours humaniste s'étend sur des milliers de pages, écrites par des gens bien plus intéressants que moi. On le retrouve aussi sur mon propre blog au détour d'un clic sur deux...
Alors, que dire ?

Ma foi en l'homme est ontologique. C'est-à-dire je pense qu'il y a un ensemble de vérités fondamentales sur l'Homme, en tant que « être ». Cet ensemble ne résulte pas d'une théorie construite, mais de l'observation constante de ceux qui « est ».
C'est-à-dire, l'observation de l'homme dans sa nature intime et profonde en tant que « étant ». Il s'agit donc d'un constat, par opposition : - aux apparences de ce qu'il donne à voir, - aux théorisations intellectualisées de ce qu'il devrait être, - aux études fragmentaires (par exemple, l'homme réduit à un cerveau découpé en rondelles Par l'IRM, ou réduit à des connexions électriques entre neurones), - aux particularismes non généralisables, - aux pathologies à traiter, - etc.

Ces vérités fondamentales sur l'homme ne sont pas, loin s'en faut, des spéculations intellectuelles pour oisifs qui n'auraient rien d'autre à faire. Tout au contraire. Elles sont fondamentales à la vie ordinaire de chaque humain, fondamentales à la possibilité qui lui est offerte de prendre un chemin de bonheur. C'est ma conviction la plus centrale.
Ces vérités-là concerne le chercheur du CNRS, la boulangère de mon quartier, l'ouvrier qui a repeint ma maison, le PDG de la multinationale, le président de la république, le lecteur de mon blog.

Ces vérités ne sont ni statiques, ni figées, ni écrites définitivement dans le marbre, ni une charte, ni un credo. Ce sont des réalités vivantes.

Alors quoi ?
Vous attendez que je vous en donne la liste ?
Ne serait-il pas plus intéressant d'observer en soi-même, personnellement et/ou collectivement ?

On pourrait se poser la question : « quand je me laisse descendre au plus profond de moi, qu'est-ce que j'observe comme réalités sur moi-même, dont je peux dire qu'elles m'appartient en propre, qui en même temps ne me semblent pas réductible à moi seul, et dont j'ai le sentiment qu'elles sont partagées par d'autres que moi, et peut-être par le plus grand nombre, sans pour autant perdre leurs colorations qui me sont tout à fait personnelles ? »
Oui, je sais, cela fait question complexe et à tiroir.

Dans les stages que j'animais, on passait deux jours sur cette thématique, la grande question ci-dessus était tronçonnée. On commençait tout simplement par cette question bien plus simple : (quoi que !)
« Que puis-je dire de moi en positif ? »
Et, comme quoi les apparences, les représentations sur nous, sont nombreuses et trompeuses... Certains ne trouvaient rien de positif en eux... Tout au moins au début...

Alors, je pourrais en rester là,
vous laisser avec cette question, qui vous intéressera ou non, qu'importe. J'en connais quelques-uns qu'elle avait passionnés.

Mais, je proposerai quand même une suite,
aujourd'hui peut-être, ou alors demain... (Comme chantait Fernand Sardou).

"l'homme racine" - Nai (sculpture bois)

dimanche 7 février 2010

Contraste





"Le sûr et 
véritable chemin
pour monter au ciel 
est
l'humilité"





Augustin
(La cité de dieu)





Dubaï,plus haute tour du monde (800 m)

jeudi 4 février 2010

Processus du discours

Mon intention était de reprendre l'un des divers sujets que j'ai listés précédemment. Je voulais donner à mon écriture une sorte de rigueur thématique, par plaisir bien sûr, mais également dans le cadre d'une certaine discipline indispensable à l'avancée des réflexions.
Cependant, je ressens la nécessité de m'arrêter sur le repas d'hier soir au restaurant avec l'équipe dirigeante de Z. et ce que j'y ai vécu.
Ce repas était destiné à me remercier pour un important travail, assez délicat, que j'ai effectué pour eux. Je l'ai fait parce que ce sont des gens que j'apprécie beaucoup et que leur action et leur engagement correspond parfaitement à mes convictions les plus profondes. Leurs remerciements n'étaient pas du tout pour moi l'essentiel, même si je suis sensible à l'intention. Ce qui comptait à mes yeux était de les retrouver et d'échanger sur « le fond des choses ».
Passée la phase obligée du merci le verre à la main, l'échange alla rapidement à l'essentiel. Je ne peux pas dire grand-chose sur le contenu, il y aurait trop d'éléments à expliquer, et ce n'est pas là l'important.

Moi, je voulais les faire parler d'eux, des orientations de Z., de la manière dont ce que j'avais effectué pour eux s'emboîtait avec leur politique. Etc.
Eux, il voulait me faire parler ! Comment je les percevais, quelle analyse je faisais de leurs problématiques, avec le recul que j'ai, mon expérience, et une certaine expertise dont je dispose.
Alors, cerné de toutes parts, si je puis dire... J'ai parlé !
Et c'est là où je fus surpris de tout ce que j'ai dit. De tout ce qu'il y avait en moi, que d'une certaine manière j'ignorais et qui venait au jour dans l'interaction de mes propos et de leurs questions.
- « On aurait dû t'enregistrer ! » déclara le président.
- « Tu ne pourrais pas nous remettre l'essentiel par écrit ? » demanda un autre.
- « j'en suis incapable ! » ai-je répondu. « Il faut saisir au vol ce que j'exprime car après cela m'échappe totalement, je ne suis pas capable de répéter 2 fois la même chose ».

Et c'est cela qui me surprend toujours dans mon mode de fonctionnement. Lorsque je me laisse m'exprimer à partir de ressentis profonds, que j'essaye d'y mettre les mots les plus ajustés, dans une sorte de spontanéité réfléchie et guidée, ensuite tout m'échappe... C'est sorti de moi, c'est parti. Cela ne peut pas revenir en moi pour ressortir à nouveau. J'ai parfois l'impression de n'avoir été qu'une sorte de "déchiffreur", presque une sorte de machine à décoder, même si tout cela n'a rien de mécanique. Un organisme-machine vivant en quelque sorte.
Je n'élabore pas une pensée à partir de concepts extérieurs, ni par raisonnement purement mental, ni à l'aide de référentiels appris, d'une culture mémorisée, de références livresques, de citations, etc.
Je dis toujours que je n'ai aucune culture, que j'oublie tout à mesure que cela a atteint mon cerveau, comme si rien ne demeurait dans ma tête. Ce que je lis, observe, prend connaissance, ça ne va pas se ranger sur un rayonnage de bibliothèque neuronale dans le fond de mon cerveau. Ça dégringole en moi en lambeaux, un effritement qui tombe dans ce « fond de moi » et finit par se sédimenter dans cette sorte de terre intérieure pour former un humus, d'où fini par rejaillir, lorsque l'occasion s'en présente, des contenus qui viennent éclore à la surface de ma conscience et que mon cerveau et mon intelligence se mettre à décoder en mots, phrases, en structuration un peu bizarre parfois.

C'est très différent de travaux que je pouvais produire à partir de connaissances apprises, où là, si je puis dire, seul mon cerveau fonctionnait... Je pense, par exemple, à des articles juridiques que j'ai pu écrire, tel une synthèse jurisprudentielle sur une question de droit, agrémentée de commentaires critiques. Le « fond de moi » n'était alors nullement sollicité. Tout cela demeurait dans une extériorité, et quelqu'un d'autre aurait pu faire le même travail et mieux que moi sûrement.

Dans des circonstances comme hier soir, il en va tout autrement. Je ressens ,en même temps que je parle, toute la singularité de ce que je dis. Et là, personne d'autre que moi ne peux exprimer ce qui ne vient que de moi. Parce qu'il y a une sorte de créativité conceptuelle appliquée. (Je ne trouve pas meilleure expression pour l'instant...)

Je remarque aussi que ce système fonctionne d'autant plus qu'il m'est posé des questions. Comme si celles-ci rendaient plus vivace la production de ma terre intérieure.
Je me souviens d'une discussion avec un conférencier. Nous avions chacun à intervenir. On avait sympathisé dans la coulisse, parce que l'on partageait le même stress avant d'intervenir ! Il me disait : j'espère qu'il n'y aura pas trop de questions, j'ai toujours peur de ne pas savoir répondre...
Et moi c'était l'inverse ! Je craignais de m'emberlificoter dans mon discours et mes notes. Mais je n'avais aucune crainte des questions, bien au contraire, je les attendais toujours avec une sorte de gourmandise de pouvoir y répondre...

Cette incapacité à restituer une deuxième fois (dans le cas du processus que je viens de décrire), je le vis comme une faille. Une défaillance cérébrale. C'est souvent inconfortable. Comme si l'effort de déchiffrage que je faisais au moment même mobilisait trop d'énergie pour pouvoir en même temps mémoriser et être capable de restituer dans l'instant suivant.
Ce n'est pas une question de vieillissement, de gâtisme précoce, c'était déjà comme cela a 40 ans ! À moins que mon gâtisme n'ait commencé déjà depuis bien des années...

mercredi 3 février 2010

Faire confiance à ses ressentis

Voilà une chose à laquelle je crois : faire confiance à ses ressentis, au sens qu'ils ont quelque chose à nous apprendre sur nous, pour le peu qu'on dispose d'un minimum de capacité à en analyser le contenu.

Or, il m'arrive de ne pas faire confiance à certains types de mes ressentis. Je viens encore d'en faire l'expérience ces derniers jours.
Par exemple, avec la sensation d'agacement.

J'ai reçu des réactions à un texte que j'ai préparé et envoyé à un comité de lecture auquel je collabore. J'étais content de mon texte. J'y avais consacré pas mal de temps. Il me semblait qu'il clarifiait de manière intéressante un point encore obscur. Je m'attendais à ce qu'il soit plutôt bien accueilli.
Or, j'ai reçu des réactions négatives qui ont fait naître en moi un profond sentiment d'agacement et ont même fait monter l'adrénaline.
J'ai immédiatement rédigé une réaction particulièrement vive, contestant tout ce qui était dit, trouvant totalement idiots les propos formulés en réponse. Réaction qui se nourrissaient largement de ce sentiment d'agacement et d'énervement.
Évidemment, je me suis empressé... De ne pas envoyer ma réponse !

le lendemain, j'ai repris mon texte je l'ai réécrit d'une manière plus calme et plus posée. Mais, je n'ai enlevé aucun des éléments que j'avançais en réplique. Aucun. Simplement j'ai changé mon style, écrivant de manière posée et dénuée d'affects.
Et j'ai envoyé aux cinq membres du groupe.

Je viens d'avoir leur réponse. Ils considèrent que ce que j'ai répliqué est excellent et me remercient de l'avoir fait, et d'avoir, en quelque sorte, tenu bon.
J'en ai ressenti une grande joie et une sorte de dilatation intérieure. Non pas que je sois content d'avoir raison contre d'autres. Ça c'est enfantin. Mais je crois que ma position tenait parfaitement la route. Qu'elle était la bonne direction.

Or, c'est dans mon sentiment d'agacement et d'énervement qu'étaient contenus tous mes points de réplique.
Ils sont entièrement sortis dans mon premier jet, et dans l'ordre où il fallait les présenter. De ce point de vue je n'ai rien modifié.
C'est seulement l'emballage écrit que j'ai rendu plus présentable... Plus lisible, sans énerver le lecteur...

Mais voilà, même ma copie mieux présentée, jusqu'à ce que j'ai la réponse, je gardais en moi un certain malaise d'avoir en quelque sorte tiré ma réponse de l'agacement. Comme si je n'aurais pas dû faire confiance à un tel ressenti. Que ce que j'avais avancé en réponse devait être tout aussi mauvais.

Qu'est-ce donc que l'agacement ?
En l'espèce ce n'était pas un sentiment négatif, mais la manifestation d'une potentialité entravée par l'extérieur et qui cherchait à s'affirmer pour ce qu'elle est. Avec sa valeur.
Pédagogiquement, il me fallait d'abord tout sortir en vrac : le bon grain et l'ivraie. Puis seulement après faire le tri.

En cet instant, je suis heureux d'avoir fait confiance à mon ressenti est d'avoir su le valoriser de la bonne manière.
Mes sensations ne sont pas mes ennemis.

mardi 2 février 2010

Le mal infligé

Mon précédent billet, relatif à la remontée de souffrances de ma cousine, continue à produire des effets en moi. Pour ne pas perturber ce processus intérieur, je n'ai pas encore lu les commentaires que vous avez déposés.

Ma cousine a souffert à cause de moi. Évidemment, je le savais. On en avait déjà parlé, comme on parle des malheurs de la vie, avec de la tristesse, de l'incompréhension sur : pourquoi tout cela ! Des interrogations sur le sens de l'existence. Mais, dimanche, j'ai été témoin de sa souffrance en rejaillissements.
J'ai vécu un épisode comparable avec mon frère il y a bien des années. Un chagrin quelque peu semblable avait resurgi de l'évocation de cette époque-là, de ces événements-là, dont je fus l'acteur principal, à la fois victime souffrante de la maladie, et propagateur de malheur autour de moi. (Je crois l'avoir évoqué sur ce blog).
La souffrance de mes parents, je ne l'ai jamais vue. Mon frère m'expliqua les « instructions », qui étaient données à ma famille de ne rien laisser paraître envers moi d'un quelconque sentiment de tristesse, et d'essayer de se montrer « enjoué ».
Je ne porte aucun jugement sur ces comportements, je suis bien incapable de me faire une opinion sur leur valeur. Ne furent-ils bénéfiques ou non ? Mais qu'est-ce donc qui pouvait m'être bénéfique dans cette tragédie ?...

J'avais 11 ans. Je ne percevais que ma propre douleur. Je n'étais d'ailleurs qu'un corps douloureux de la tête aux pieds, réclamant de ses dernières forces sa piqûre de morphine, accordée dans un premier temps, puis refusée pour des raisons probablement plus idéologiques, pour ne pas dire religieuses, que médicales. La souffrance devait être le lot de la condition humaine, et ainsi on « gagnait son ciel »...
Alors, comment pouvais-je donc ne serait-ce qu'imaginer que d'autres, mes proches, pouvaient eux-mêmes souffrir de me voir ainsi... C'était totalement en dehors de mon champ de conscience. Je n'étais centré que sur moi-même. Pardonnez-moi, mais j'étais si jeune...

Ainsi, par mon état d'existence, telle qu'elle était, j'ai fait souffrir des gens. Et même ceux que je chérissais particulièrement, comme cette jeune cousine.
Je pourrais chasser cette pensée, la rejeter au loin, me dire que je n'y suis pour rien, que l'accident de santé m'est tombé dessus et m'a terrassé, et que je ne porte aucune responsabilité des conséquences sur mon entourage. C'est la vie ! La fatalité ! Personne n'est responsable !...

Mais ce n'est pas la réalité.
La réalité c'est que mon état d'existence, qui j'étais, tel que j'étais, en a fait souffrir d'autres. Voilà le constat.
Si j'ajoute que, selon le lent cheminement que j'ai fait, cet accident de santé est la résultante d'une histoire personnelle et familiale, qu'il n'est pas arrivé par hasard, alors, je prends l'ampleur d'un certain aspect de la condition humaine en ce qu'elle a de moins réjouissant...

Dans ma pratique professionnelle, j'ai rencontré un certain type de blessure existentielle qui pourrait s'appeler : *exister engendre des malheurs*. Le cas quelque peu classique, que l'on rencontre moins aujourd'hui, grâce aux progrès médicaux, et la mort de la mère suite à la naissance de l'enfant : ma venue à la vie a généré de la mort ! Mais, et c'est le cas le plus fréquent, il y a aussi les mères/pères qui font comprendre à l'enfant (généralement inconsciemment), qu'il est "de trop", il énerve, agace, pose problème, et que sa seule existence ne génère que des difficultés et des ennuis de tous ordres, et non pas une réjouissance de voir une vie nouvelle pousser et grandir...
Je demeure effaré de constater encore cela bien souvent. L'enfant encombrant, que l'on trimbale de la crèche à la nounou, que l'on fait " garder" (quel mot !!) par les grands-parents parce que... il y a tant d'autres choses à vivre... Etc. Alors, forcément, il somatise... Vite, vite, le pédiatre ! Qu'on le scanne, l'IRMème, qu'on me le répare avec des pilules, et qu'il ne m'encombre pas en plus avec ses maladies !...
Une interrogation sur le pourquoi du comment des "maladies d'enfants" ? des rhumes et otites à répétions ? de certains asthmes ? certaines allergies ? RIEN ! RIEN DE RIEN !
Oh vous savez, je prends grand soin de mon enfant ! On est toujours vite chez le spécialiste ! Vite le médoc miracle ! Vite le retour chez la nounou !
[bon je m'emporte ! désolé.... ]

Ainsi, si exister engendre des malheurs, autant disparaître...
Mais, j'ai raté mon coup ! Je suis encore là...

Je me suis souvent demandé si les engagements que j'ai pris n'étaient pas au nom d'une fonction réparatrice de « tout cela »... Il y eut tellement de malheur dans ma lignée, et comme j'ai concouru aux prolongements de ceux-ci, il m'appartenait désormais de réparer, pour pouvoir un jour dormir en paix.
Il me semble qu'il y a une part de vrai. Mais cela m'a conduit beaucoup plus loin qu'une seule fonction réparatrice qui serait demeurée quelque peu étroite, à courte portée, presque utilitariste.

C'est un peu comme un navigateur qui aurait commencé à réparer une voile déchirée, croyant que cela peut suffire à reprendre la mer, alors qu'il porte au coeur les plans de construction d'un autre navire.
Parce qu'il a à faire une course au large, qui va engager toute sa personne.

Sculpture sur bois - Dominique Joumel

lundi 1 février 2010

Thérapie familiale

Hier nous étions invités chez l'une de mes cousines que je n'avais pas « vraiment » vue depuis plusieurs années, si ce n'est à l'occasion de grandes rencontres où l'on n'a guère le temps de parler plus intimement. Comme dit l'expression, on a été reçu « les petits plats dans les grands ». Elle n'est pas mauvaise cuisinière, et son compagnon a fait une grande école d'hôtellerie, avant de diriger les cuisines de plusieurs palaces internationaux... C'est dire si le contenu des assiettes était de grande qualité !

Cette bonne ambiance conviviale et chaleureuse nous a poussé peu à peu vers des évocations plus personnelles, plus intimes. Alors, ma cousine est revenu sur notre enfance commune, sur l'époque où j'ai eu mon grave accident de santé, où je suis allé titiller la mort du bout du nez. Et là, j'ai entendu le récit de son point de vue. La souffrance qu'elle a traversée, les non-dits de l'époque, les larmes solitaires, le refoulement, la peur de me perdre (nous étions très proches et très complices en ce temps-là), la mort qui rodait, la douleur recouverte depuis et qui resurgissait tout à coup.
Tout cela est sorti en vrac, au milieu du bon vin millésimé, avant les fromages affinés savamment présentés. Tout cela est revenu comme un torrent, une digue qui cède.
Son compagnon, un peu désorienté, voulait la consoler. « Laisse-moi, il faut que je pleure tout cela », répondit-elle en le repoussant délicatement.
Le chagrin enseveli a resurgi. Comme une délivrance. Enfin.
On s'est tenu dans les bras. Mes larmes coulaient aussi. Ce n'était pas vraiment douloureux pour moi. J'ai eu un peu comme le sentiment que ses larmes à elle se mettaient à couler aussi par mes yeux.
Et puis, tout s'est apaisé. Et il m'a semblé qu'il y avait plus de lumière dans son regard.

vendredi 29 janvier 2010

La confiance

Par quel bout vais-je bien pouvoir aborder la question de la confiance ?
« Par le bout qui se présente » m'aurait répondu Jesaisqui.
Et ce qui se présente, c'est une approche très large, quasi philosophique, qui ne concerne pas d'abord des réalités psychologiques.
La confiance est quasiment une question d'anthropologie, tenant à la relation de l'homme avec ses semblables, à la perception que l'on se fait du monde, de l'humanité, du sens que l'on donne à l'universel, du rapport que l'on entretient avec l'Autre, etc.

Pour être concret, on peut se demander : à quoi ça sert de faire confiance ? Parce que, franchement, c'est tellement un pari fou que celui de la confiance, qu'il faut de très sérieuses bonnes raisons pour oser le faire... Mais les raisons ne peuvent pas être seulement individuelles, voire individualistes. Elles ne peuvent que s'inscrire dans une vision plus large qui leur donnent des assises solides.

Pourquoi ferais-je confiance à quelqu'un, si ma vision de la collectivité des hommes c'est : « tous pourris ! », et si ma perception des rapports humains c'est « chacun pour soi ! »
Mieux vaut ne faire confiance à personne, au moins on ne sera pas déçu du genre humain !
On sait bien aussi que les naïfs, trop confiants, trop bêtes, se font toujours rouler : « trop bons, trop cons ! » Et nous de les brocarder : « T'avais qu'à te méfier ! Espèce d'imbécile qui prend tout pour du bon pain ! ».
« Il/elle t'a trompé/quitté ? M'enfin ! Tu sais bien, les hommes : tous des égoïstes ! Les femmes : toutes des salopes ! »

Inutile aussi de faire la description des blessés de la confiance dans la relation amoureuse, dans l'amitié supposée, dans la vie de travail, dans l'enfance : combien de "trahisons" par un parent inconséquent ou trop curieux, un frère moqueur, une soeur qui dévoile les petits secrets, un curé tripoteur, une grande amie en qui on a confiance et qui va tout raconter à la copine pour se faire bien voir, pire pour en rigoler, sans compter cette merveilleuse confiance virile de l'équipe soudée mais où le collègue si sympathique finit par vous planter un couteau dans le dos, etc., etc., etc.
Et après ça, vous voudriez que j'ai encore confiance en quelqu'un ?

Allons ! Pour vivre réellement la confiance et s'y engager il faut des fondamentaux particulièrement ancrés au coeur de soi-même.

Qu'en est-il pour moi ? Qui, autant le dire tout de suite, n'accorde pas sa confiance comme on distribue des prospectus dans les boîtes aux lettres...

La confiance que je peux accorder s'enracine dans ma *foi* en l'Homme en tant qu'être vivant capable de s'humaniser, c'est-à-dire développer le fond de lui-même constitué de réalités que je qualifierai de « positives ». (Droiture, générosité, amour de don, désir de relations authentiques et aptitudes à celles-ci, intelligence constructive, sens du bien de l'autre, fraternité, etc...)
Fondé sur cette foi en l'homme, c'est-à-dire en chaque homme, j'ai foi en une Humanité en devenir est en progression vers un plus.
Fondamentalement, au meilleur de moi-même, c'est ce à quoi je cherche à participer par ma modeste existence, pour le temps très bref des années de vies qui me sont accordées.
C'est ce qui donne sens à ma vie et contribue à mon bonheur.
(Bien évidemment, sur ce parcours-là, j'ai multiplié et je multiplie encore, les erreurs, les ratés, et tout ce dont je ne suis pas très fier de moi...).

Pour que tout cela advienne un petit peu plus, il faut que je privilégie un rapport de confiance avec mes semblables. Sinon, je vais à l'encontre même de ma croyance.

C'est ici que je distingue trois choses :

1 - ma *foi* dans la personne, telle que je viens de la décrire. Dans mon métier, dans l'aide aux personnes, dans mes divers engagements, je crois pouvoir dire que j'ai toujours vécu cette attitude. Une sorte de confiance absolue, mais je préfère dire *foi* dans la capacité des personnes à découvrir et déployer leur potentiel, et à sortir des enfermements auxquels elles sont confrontées. Je crois que je n'ai jamais véritablement douté. S'il m'est arrivé de penser : je ne sais pas comment il va faire pour s'en sortir... Je ne me suis jamais dit : il ne s'en sortira pas. Je croyais en l'autre plus qu'il ne croyait en lui-même. Cela n'empêche pas le découragement. J'ai parfois jeté l'éponge, tellement j'avais le sentiment de stagnation, et parce que l'on ne peut rien pour celui qui ne désire pas, qui ne désire plus, changer...
Dans mes relations ordinaires je suis plutôt dans cette attitude positive. Cependant, la confiance absolue, ce n'est pas non plus la confiance aveugle. C'est pourquoi je distingue le deuxième point.

2 - la confiance que je peux faire à l'autre en fonction de ce que je sais de lui, de son potentiel, mais aussi de l'ensemble de ses manques, ses limites, ses comportements, etc.
si j'ai foi en lui, il y a des choses pour lesquelles je ne peux pas lui faire confiance.
On peut avoir foi dans le devenir d'un jeune adulte, et ne pas lui faire confiance sur sa capacité à entreprendre ce qui est au-dessus de ses forces, parce que on le connait dans ses richesses et ses limites d'aujourd'hui. Si on se tait (confiance aveugle), on est pas vrai dans la relation.
Ou, comme le disait un de mes amis : si tu veux faire savoir telle nouvelle à tout le monde, confie la comme un secret à Untel/Unetelle, et tu es sûr qu'en huit jours tout le monde sera au courant du secret ! - plus simplement ma mère disait : il/elle ne sait pas tenir sa langue !
Autrement dit, ma confiance ne peut jamais être aveugle ni totale. Mais elle est forcément évolutive et capable de s'étendre comme une eau vient irriguer de plus en plus des terres relationnelles non encore investies, irriguées.

Pour faire plus simple encore, je distingue : - *avoir confiance* - de - *faire confiance*,
mais je préfère dire "foi" d'un côté, "confiance" d'un autre (sauf que le mot foi est facilement piégé...).


3 - la troisième chose, ce sont mes propres limites, manques et défauts. C'est-à-dire l'aune de ma confiance possible aujourd'hui compte tenu de qui je suis. Autrement dit, de mon histoire personnelle (j'ai connu des trahisons dont on se remet difficilement...), de certaines structurations mentales, et d'autres choses, que je ne suis pas tenu de développer ici... !
Ce n'est pas toujours facile en moi de faire la part des choses entre ce qui relève du point 2 développé ci-dessus, et de ce troisième point. Je veux dire dans le concret, concret, de la relation.
Je crois que la confiance aveugle est une erreur de jugement, et qu'à l'inverse la méfiance et une faille de développement. Je navigue comme je peux entre tout cela...

Enfin, mais c'est une évidence, nos failles issues de nos blessures, nécessitent un dispositif de protection, soit volontairement mis en place, soit installé par le psychisme sans notre consentement, et avec lequel il faut composer, si possible positivement. Mais ce système de défense a sa raison d'être. Il ne peut être considéré comme intrinséquement mauvais, même s'il a des effets indésirables, comme un traitement médicamenteux.

La difficulté est que celui (l'autre) qui nous en fait le reproche (tu ne me fais pas assez confiance), avec d'ailleurs une légitimité dans le reproche, ne réalise pas forcément que ce système de défense de l'un contribue aussi à la « protection de la relation ».
Qui plus est, il ne réalise pas qu'il a lui-même, et forcément, son propre système de défense mis en branle...
(Voilà un sujet complexe qui mériterait un développement à lui seul...)

Je suis loin d'avoir épuisé le sujet... À suivre sans doute...

Photo : symbole chinois de confiance

jeudi 28 janvier 2010

De quoi kon va kozer ?


Il y a relativement peu de temps, je mettais ce blog en pause, parce que j'avais le sentiment de ne plus avoir grand-chose à dire, de devoir prendre du recul.
Ce que j'ai fait, mais je pensais que le temps d'arrêt serait plus long. Il n'en fut rien, je suis rapidement revenu, comme s'il avait fallu peu de temps pour « refaire le plein ». Car actuellement, il y a en moi beaucoup de sujets qui tournent, se préparent, cherchent à sortir. Je le sens au fond de moi. C'est beaucoup plus physique que mental.

Alors, je vais commencer par laisser venir les sujets qui m'habitent :
Si ça vous tente lisez la suite

mardi 26 janvier 2010

Quelqu'un de...

Ces derniers jours, j'ai vécu quelques troubles intérieurs. De ceux qui me font douter de la valeur de mes actes et de mes comportements.
Que je pose des actes inajustés, voire néfastes, je suis en capacité de les reconnaître au moins vis-à-vis de moi-même ; et, plus souvent qu'autrefois, face aux autres et en particulier des personnes concernées. Ce n'est pas toujours le cas, parfois mon orgueil m'empêche de reconnaître la réalité.
Cela crée un inconfort intérieur. Je rêve toujours d'une perfection inatteignable.
Mais, les troubles intérieurs dont je parle, c'est encore d'une autre nature.

Cela tient à une forme de doute très ancré en moi sur la validité de mes actes. Je n'ai pas été biberonné à l'estime de mes capacités. Dans le même temps, je n'ai pas été nié dans mon existence fondamentale en tant que personne.
Le paradoxe pourrait se dire : j'étais quelqu'un, mais je n'étais pas valable.
Mes parents me reconnaissaient un certain potentiel, mais me reprochaient une incapacité de mise en oeuvre. Ce reproche était constant. J'entends encore mon père : « avec l'intelligence que tu as, tu devrais être tête de classe ! ».
Ah ! Si j'avais pu être un imbécile... Au moins le problème était résolu.

Malgré des années de travail sur moi - [je vais dégoûter ceux qui voudraient entreprendre une telle démarche !...] - je n'ai pas totalement réussi à me débarrasser de cela. Ce fond de doute que mes actes sont sans valeur, quoi que je fasse, quels que soient mes efforts, quelle que soit ma « bonne volonté ».
Car c'est cela qui fut terrible dans mon enfance. Certes, je fus un révolté à mes heures, [et là je n'ai aucun regret d'avoir été révolté ! Au contraire...], mais je fus aussi un « petit garçon de bonne volonté », qui cherchait à bien faire, n'y arrivait pas, parce qu'abandonné à sa solitude, parce que désemparé que personne ne lui apprenne jamais rien... Alors il s'en prenait à lui-même de ses incapacités, faute de comprendre que pour réussir il fallait apprendre, et apprendre de quelqu'un le plus souvent.
Alors un jour, le révolté baissa les bras, déposa les armes. C'est ainsi que j'ai peu à peu sombré dans la désespérance la plus absolue, jusqu'au désir de disparaître.

Mes parents, mes mauvais éducateurs, ont fait de moi à l'époque : « Quelqu'un... de pas bien »... Et ils ont installé en moi que le « pas bien » était entièrement de ma faute. (Que je sois maudit !)

Dans le travail sur moi, j'ai lentement restauré cette image de moi, pour enfin redevenir à mes yeux « quelqu'un de bien ». Je n'oserais pas rapporter ici (ni ailleurs) l'intensité de la haine quasiment meurtrière par laquelle je suis passé envers mes parents, ma mère en particulier. Seul mon thérapeute en fut témoin. Ces années-là d'ailleurs, j'avais rompu tout contact physique avec mes parents, dont j'étais fort heureusement distant de 800 km, hormis les fameuses fêtes de Noël, que j'abrégeais le plus possible, et où je vomissais toutes les nuits.

Je n'ai pas réussi à aller totalement jusqu'au bout du curage de cette plaie béante. Il est resté des points d'infection.
Ainsi, parfois je retombe dans ce doute sur mes actes de manière disproportionnée. Je ne ressens plus véritablement une souffrance forte, mais je retrouve ce terrible appel du gouffre. Disparaître.

Comment je m'en sors ?
Par moi-même j'y arrive parfois, mais cela me prend beaucoup de temps.
Soit un événement extérieur me remet la tête dans le bon sens... Soit j'en parle à ma compagne, ou elle s'en aperçoit d'elle-même. Près d'elle et dans son écoute je peux revenir pleinement à moi-même. Ce n'est pas une affaire de « compétence », même si elle a une réelle compétence d'écoute, mais c'est ce lien mystérieux qui nous unit et qui alors transfuse quelque chose de quasiment indicible et qui probablement doit s'appeler " son-amour-à-elle-pour-moi "...

lundi 25 janvier 2010

Defifoto

Alors donc je découvre qu'il y a un truc qui s'appelle le DEFIFOTO et qui semble managé par Barbara.
On dirait que c'est un peu en recherche de son second souffle.
il y a un sujet proposé par semaine, et chacun l'illustre sur son propre blog avec une photo spécialement prise pour illustrer le sujet.
En ce moment, j'ai l'impression que chacun se choisit son propre thème... puisque le DEFIFOTO est un peu en stand-by.  quelqu'un a proposé le thème " Barbara revient !"

Alors voilà j'illustre : Barbara je suis prêt à prendre des photos. En voici la preuve...




- dis donc, tu crois que c'est  AlainX en vrai ça ?
- je ne sais pas ! Peut-être bien que ça lui ressemble...
- tu le vois comme ça toi ?
- ché pas dire... tu le vois comment toi ?
Information importante pour mes lecteurs français...
(je précise, parce qu'on me lit du monde entier...ah que yé!)

ce soir à la télévision sur M6,
ne manquez pas :

 sinon, sur TF1 il y a Sarko épisode 365 x 2,5 :  "la menace permanente de l'agité"
c'est un remake d'un one-man-show que l'on a déjà vu bien des fois...
sans grand intérêt : un seul personnage à tics, et beaucoup de figurants...


dimanche 24 janvier 2010

Révélateur - fixateur - séchage - résultat

Il y en a des qui disent que je dis pas grand chose de moi,
que je montre pas des photos ni de mouaaa, ni de Madame AlainX, ni de mes nenfants,
ni mes petits-nenfants, alors que l'en a plein qui le font.

alors voilà - bande de voyants - je répare !!
Vala la tof de mon gendre et son nenfant que c'est encore tout petit qu'il est.

Je l'ai faite à Noyel C'est pour ça que ça splique qu'ils sont nen rouuugeuuu!!
Ben oui, comme le TiPapaNoyel ! rhalala faut tout leur expliquer !



Ils sont beaux hein !!
suis très fier
- si,si,si, un grand-papa- ké-vieux l'est toujours très fier de ses petits-nenfants... -