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mercredi 22 avril 2009
Vieillissement
Repas avec ma belle-mère au restaurant du golf. Il fait beau. Nous mangeons en terrasse. Tout est calme et volupté... Je l'ai déjà dit, j'aime beaucoup ma belle-mère. Elle est encore très alerte et particulièrement vive d'esprit. J'aimerais être comme cela à 85 ans, mais ça ne risque pas d'arriver... Son fils est présent, le petit dernier, célibataire endurci, celui qui prend soin de sa maman ! Il est question d'une soirée où ils sont invités. Belle maman s'organise pour savoir avec qui elle va rentrer, car, c'est sûr, le petit dernier va encore rentrer plus tard qu'elle... Le petit dernier - qui a quand même 50 ans - et moi, nous échangeons des regards complices. - cette fois-ci, maman me donne la permission de rentrer après minuit ! - tu en as de la chance !
Et oui, il a beau avoir 50 ans, il restera toujours le petit garçon à sa maman. Elles sont comme ça les mamans, même à 85 ans, son enfant c'est toujours son enfant... Il a beau être directeur informatique le petit dernier, il faut qu'il ne rentre pas trop tard se coucher... Car demain... Il y a école... heu non pardon ! Il y a le boulot...
Elle parle de son passé, belle maman, elle en parle de plus en plus souvent. Elle parle moins de l'actualité musicale, elle commence à délaisser les concerts, elle est moins critique/admirative de tous ces jeunes virtuoses. Elle ne joue plus de violon. Elle délaisse un peu trop son piano.
Et tout à coup je me suis mis à penser : elle est entrée en vieillissement... Oh ! C'est très progressif. Elle a toujours cette insolente santé, et c'est seulement parce que sa démarche devient un petit peu Mme TrotteMenu, qu'on réalise qu'elle commence à avoir son âge... Et puis, il y a ces peurs qui commencent à poindre. Peur de manquer de ceci ou de cela, peur d'avoir égaré telle chose, peur que le taxi ait oublié sa commande, peur que le livreur ne vienne pas... Elle les laisse à peine transparaître, comme pour ne pas donner l'impression qu'elle ne maîtrise plus tout comme "avant".
Je la sens entrer peu à peu dans cette fragilité de la personne âgée. Alors je me fais plus attentif à elle, plus proche peut-être. Son fils veut la rassurer, mais il la brusquerait presque. Alors parfois elle dit : "Alain, lui au moins il me comprend !" Aïe ! Je n'aime pas du tout quand elle dit ça. Je déteste que l'on me pose en rivalité de ce genre. Comme si j'étais mieux que je ne sais qui. Surtout que le petit garçon de 50 ans se montre envers elle d'un dévouement exemplaire, et que j'aurais été totalement incapable de cela vis-à-vis de ma propre mère...
Libellés : Au fil de l'eau

AlainX 4:36 PM
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lundi 20 avril 2009
ile du Soleil Levant (Photo P.Verdier)
J'aime bien faire l'amour au petit matin, parce que l'avenir appartient à ceux qui se lèchent tôt.
Oui je sais, c'est très moyen ! Mais ce sont les vacances. Alors !... En ces temps où bien des gens sont partis s'égayer ailleurs que sur le net, je ne vais quand même pas me faire suer le burnous avec des entrées importées du fond de moi-même et que pas grand monde ne lira... Et ce n'est pas parce que je vous ai balancé une belle photo à faire rêver, que je vais baisser mon slip pour vous dévoiler mon intimité, et de toute façon, Mesdames (et Messieurs pourquoi pas), vous seriez déçus !... Encore que !...
Donc, montée de sève printanière oblige, on va y aller dans le lubrique de bon aloi, et si vous êtes sages, je vous narrerai par le menu comment AlainX perdit sa virginité dans des circonstances très particulières...
Si, si ! Promis !... Enfin... Si vous êtes sages !...
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Bon, ça c'est fait ! Ça devrait donner de la vigueur à mes belles courbes statistiques... Celles que je lèche chaque matin pour les faire se redresser dans la bonne direction.
Libellés : Au fil de l'eau

AlainX 8:53 AM
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samedi 18 avril 2009
Fort et équilibré ?
Durant le week-end de Pâques j'ai rendu visite à mes enfants qui habitent loin (six heures de voiture). Ma fille aînée avait organisé une grande fête de famille (40 personnes). Ce fut très réussi. On a beaucoup ri. C'était très chaleureux.
Je ne sais comment les choses sont venues, ma compagne et moi on a évoqué la terrible trouille que j'ai eu il y a quelques semaines en attendant des résultats d'examens médicaux, me voyant déjà atteint des pires maladies. Tout cela fut dit avec beaucoup d'humour et de rire et je me suis livré, avec plaisir, à un petit exercice d'autodérision de mes peurs fantasmées. Dans mon enfance, j'ai tellement fait le clown en public pour être reconnu « des grands », qu'il m'en est resté un certain sens du théâtre et de la mise en scène personnelle. Bref, j'ai amusé la galerie...
Chaque soir, à l'hôtel, on retrouve quelques invités de la fête, qui s'achève dans le calme du salon, autour d'un dernier verre... Là, une de mes belles-soeurs me demande si c'est vrai ce que j'ai raconté à propos de mes peurs en rigolant, parce que, je suis quelqu'un de tellement *fort et équilibré* qu'elle a peine à croire à un tel vécu.
Ainsi donc, c'est toujours comme cela que je suis perçu. Que je me montre probablement. Délibérément ? Peut-être... Est-ce que je me fais là une sorte d'obligation de paraître ainsi ? Peut-être... Vouloir se montrer fort lorsqu'on ne l'est pas, c'est une faille d'ampleur. Bien souvent, cela cache une forte fragilité, notamment chez les hommes auxquels, c'est bien connu, la faiblesse a été interdite... par leur chère maman...
Pour ma part, je dirais que je me sens le plus souvent dans une force fragile et un équilibre précaire et que probablement ma véritable force personnelle réside dans la foi que j'ai en cette force fragile qui m'a toujours soutenu dans l'existence.
Pour ce qui est de mon corps, c'est une évidence. Mes forces sont faibles et s'affaiblissent d'année en année en raison des séquelles irréparables de mon enfance. Et cependant j'ai toujours fait confiance à ce corps-là, à la sécurité de ses délabrements, comme on fait confiance à un *pont de singe* qui semble être incapable de nous soutenir et nous transporter. Et pourtant, si on ose s'y engager, lui, il tiendra bon ; et nous, on saura maintenir l'équilibre.
Je tire sans doute cette force de mon grave accident de santé à l'aube de mon adolescence. Tout semblait tellement perdu à jamais, et j'ai eu tellement foi que j'allais m'en sortir... Avec la grâce de Dieu disait ma mère... Avec le dynamisme de ma vie et l'aide de personne aimantes et compétentes, ai-je dit moi-même.
Alors oui, je porte en moi ce vase d'argile de mon existence fragile. Telle est ma force de croire qu'il ne se cassera pas, que je saurai toujours le porter, le transporter, le rattraper quand je trébuche, parce qu'un jour, il y a bien des années, j'ai reçu cette phrase, gravée en moi désormais, venue je ne sais d'où, à la fois des profondeurs de moi-même, et d'un ailleurs dont j'ignore tout : « Quoi qu'il m'arrive, je m'en sortirai toujours !... ». Mais, pour en comprendre la force, et le ressenti puissant qui l'accompagne toujours, il faudrait que je puisse la visualiser telle qu'elle est en moi. Je pourrais peut-être le faire d'ailleurs avec PhotoShop ou un logiciel de ce genre. Le résultat devrait être le suivant : au premier plan la phrase que je viens d'écrire, et, juste derrière comme l'ombre de cette phrase, ou comme entrelacée à cette phrase il y aurait cette autre formulation : « quoi qu'il t'arrive tu t'en sortiras toujours ». Il faut qu'il y ait les deux, intimement liées, (un *je*, et un *tu*) ou encore comme si deux voies distinctes prononçaient chacune des phrases en même temps, pour les unir. Par ce que, ces deux phrases n'en font qu'une au fond de moi et que la force de celle que je prononce en premier (au je), vient de ce filigrane ou de cette ombre de la formulation avec *tu*. Je ne sais pas si je me fais comprendre, mais si je ne tente pas de m'expliquer comme je le ressens, la phrase n'a plus alors que le poids de la vapeur, et l'idiotie d'une conviction décharnée.... Libellés : De l'intime

AlainX 9:30 AM
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vendredi 17 avril 2009
"laisse tomber" Je me suis réveillé fréquemment cette nuit. Pas vraiment une mauvaise nuit, mais me revenait sans cesse une certaine lassitude qui pourrait se résumer ainsi : « laisse tomber... ». Hier soir j'ai regardé « envoyé spécial » et ce reportage en Inde sur les mères porteuses, véritable industrie de location de ventres, et de production d'enfants moyennant de juteuses rémunérations. J'étais atterré. Il y a deux jours je laissais ici un coup de gueule sur ce sujet qui va faire l'actualité en France probablement. Je regrettais presque mon exagération sous forme d'annonces pamphlétaires, plutôt que d'avoir fait part de mes réactions de manière élaborée et (si j'y arrive...) nuancée... Je constate que finalement je n'exagérais guère, au regard de ce qui se passe en Inde et que le reportage relatait. Je me disais que je reprendrai tout ça dans un texte sur ce blog. Mais à quoi bon... « Laisse tomber ! » Les dérives du monde sont tellement multiples... Et même si les ventres à louer sont pour moi une des pires horreurs que l'humanité puisse produire dans le champ des déviances majeures, il en sera pourtant ainsi... Et cela ne fera que s'étendre... Je suis quasiment certain que bientôt, lorsque l'opinion publique sera suffisamment prête, on n'utilisera plus des ventres de femmes, mais des utérus d'animaux, de truie ou de guenon, pour fabriquer de l'humain. Si tant est que certains n'aient pas déjà fait des expériences dans le secret des laboratoires... J'exagère ? Je ne crois pas... La fin justifie les moyens, dès lors qu'il y a une demande d'enfants par des couples qui n'ont pas pris le temps d'y réfléchir plus avant et qui font une fixation sur ce « droit à l'enfant », qu'ils veulent à n'importe quel prix, qui est devenu tellement une mode que plus personne ne conteste ce "droit", tant nous sommes entrés dans un hyper-individualisme, où l'on fait des enfants « pour soi »... Et très accessoirement « pour eux-mêmes »... C'était significatif cette phrase entendue dans le reportage d'un parent qui venait prendre *livraison* de "son" enfant : « j'espère qu'il va m'aimer ! »... Quel renversement de valeur ! Comme si l'objet principal de l'enfant était qu'il aime ses parents et non l'inverse... ! Et je ne vous parlerai pas de cette jeune indienne, tout sourire au début, puis en larmes à la fin, lorsqu'elle réalisa que non seulement elle avait failli y laisser la vie en tant que mère porteuse parce que la grossesse s'était mal passée, mais qu'encore elle entrait dans le regret de s'être livrée à une telle opération spéculative financière. Il est vrai que là-bas : 4000 € - c'est un pactole ! -(c'est désormais le prix d'un bébé : 4000 € ! Ça ne vaut pas plus une vie humaine... !) La mère maquerelle, pardon, la femme médecin/chef d'entreprise de sa maison de production de bébé (40 mères porteuses entassées dans des dortoirs en attendant qu'elles pondent), à son argumentaire frelaté, parfaitement mis au point : tout le monde est content : les parents ont leur gosse, la femme son fric. Elle nous ferait presque croire qu'elle est une bienfaitrice de l'humanité, faisant le bonheur absolu de tous... Voilà la belle modernité d'aujourd'hui !... « Laisse tomber ! » À quoi ça sert tous tes discours mon pauvre Alain ! Tu es trop vieux ! Tu crois encore en des valeurs humaines totalement dépassées... Tu crois encore que la vie embryonnaire c'est déjà la vie d'un être humain, une vie relationnelle déjà engagée, conditionnant un avenir, tout au moins le préparant. Tout cela c'est du psychologisme qui n'a plus cours voyons ! Tu crois encore qu'il existe une vérité à laquelle l'enfant a droit ! Mais enfin, tu devrais te rendre compte qu'une naissance basée sur le mensonge donne toutes ses chances à l'enfant ! Oui, parce qu'il faut vous dire que tous les papiers administratifs qui vont être établis seront des faux ! Et que tout le monde ferme les yeux... Intérêts financiers oblige... Quant au devenir de la mère porteuse, il a eu ses 4000 €, qu'est-ce qu'elle viendrait maintenant réclamer ! Elle pourrait cependant... Mais l'organisateur des voyages touristiques avec grossesse à la clé, après avoir établi les faux en écriture affirmant que l'enfant est bien sorti de la mère qui en réalité ne l'a jamais porté, explique par ailleurs clairement que le contrat d'abandon signé par la mère porteuse est totalement illégal et nul, mais que celle-ci n'aura jamais les moyens de faire un quelconque procès... Il n'y a donc strictement aucun risque ! Il dit cela avec la parfaite bonne foi dont savent faire preuves les arnaqueurs qui ont depuis longtemps piétiné leur conscience personnelle...
Et le jeune bébé que l'on voit dans les bras entend tout cela... Dolto doit se retourner dans sa tombe ! Les psychanalystes se réjouissent peut-être : ils se préparent une belle clientèle !
« Laisse tomber ! » Rendors-toi Alain, tranquillement, sur tes deux oreilles...
___________________ Complément : suite aux commentaires, je reprends ici une de mes réponses, parce qu'elle est une généralité personnelle que j'ai exprimée et qui méritent de figurer dans mon texte !! ( oui, oui, je m'auto-promotionne ) !!
(...) J'ai commenté une émission, et donc souligné l'aspect mercantile qui était donné à voir. En mettant cela de côté, et en supposant des pratiques encadrés, cela ne m'apaise pas pour autant... Pas plus d'ailleurs que je ne sois satisfait par les pratiques d'AMP, qui non seulement frisent l'eugénisme, comme tu le dis très justement, mais sont très éprouvantes pour les couples en question, et aboutissent parfois à des catastrophes familiales, que l'on préfère taire tant les enjeux financiers/politique /et autres de toutes sortes en matière de procréation assistée, font que l'on ferme de plus en plus les yeux sur les questions éthiques.
Or, que l'homme ait pour option de maîtriser le phénomène de la vie en tant que tel, en vue d'intervenir sur le processus du vivant, représente à mes yeux le plus grand danger que l'on puisse faire courir à l'Humanité. Se prendre pour une puissance supérieure à la vie, alors que l'on est simplement issue de celle-ci, c'est comme le fruit qui se prendrait pour l'arbre, et aurait la capacité d'abattre celui-ci, en croyant qu'ainsi il maîtrisera la production fruitière... Le résultat sera qu'il finira dans le néant !
____________ Libellés : Actualité, Réflexions

AlainX 10:43 AM
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jeudi 16 avril 2009
sept ans de blog
Voilà sept ans ce mois-ci que je tiens ce blog. Sept ans : l'âge de raison ! Je me demandais si j'allais faire un bilan. Ce serait plutôt : en quoi ce blog m'a-t-il fait évoluer dans mon mode de pensée, dans ma relation à moi-même, dans ma relation aux autres. Exercice difficile, puisqu'il n'est pas possible d'établir ce que j'aurais pu être sans bloguer... Un peu comme si je me demandais, qui serais-je si je n'étais pas un homme ? !... Et cependant... Je suis certain que ce blog m'a beaucoup fait évoluer dans ma relation à l'écriture. Avant, j'avais, d'une part, une écriture intime et personnelle, d'autre part une écriture qui parlait de l'humain, mais d'une manière disons « professionnelle », qui ne relatait pas ma vie personnelle, mais les fruits analysés de celle-ci en termes de recherche sur le phénomène du développement humain. Et j'entends ici par vie personnelle, à la fois l'intime de moi, et mon expérience professionnelle d'aidant.
Avec le blog, je suis peu à peu devenu quelqu'un qui livre l'intime de lui, mais en même temps un certain « discours » sur l'homme en général, non pas à partir de concepts ou d'idées, mais au regard de mes convictions personnelles les plus profondes. . Qu'est-ce qu'une conviction pour moi ? : quelque chose qui me tient totalement aux tripes, et dont il m'est absolument impossible de me séparer, de renier.
Cela ne veut pas dire que c'est manichéen, non susceptible d'évolution, fixé à jamais. S'il en était ainsi, ce seraient justement des concepts et/ou des idées, ou encore une morale imposée, définis une fois pour toutes. Une idée fixe comme on dit. Un invariant. Un principe.
. Un principe est quelque chose de froid. C'est souvent une adhésion à une extériorité qui s'impose à nous, que l'on rejoint par adhésion de l'esprit. . Une conviction est quelque chose de vivant, qui prend l'intégralité de la personne, y compris son corps, avec tout ce que cela comporte de potentiel évolutif.
Les principes sont dans la tête. Les convictions sont inscrites au plus profond de la personne, dans son être. Enfin, les convictions ne sont pas des sentiments, même si elles sont... ressenties.
*
Je parlerai aussi des commentaires sur ce blog. Ma relation à la boîte à commentaires à quelque chose frénétique, de contradictoire parfois, d'indifférent jamais. Je suis passé par tous les stades, sans que finalement aucun ne m'ait jamais véritablement satisfaits. Je l'ai supprimée, rétablie, resupprimée, remise. Je me suis efforcé de répondre à chacun, à d'autres moments j'ai opté pour ne répondre à personne. Actuellement elle s'intitule « vos mots précieux ». Ce n'est pas une formule pour plaire ou attirer, c'est que je mesure mieux la portée de ce que sont les commentaires pour moi. Un reflet de compréhension sans doute, mais ce n'est peut-être pas le plus essentiel. Ce qui m'intéresse c'est que je me laisse pénétrer par eux, qu'ils m'apprennent sur moi-même, sur ma réalité de l'écriture. C'est dire qu'ils sont effectivement « précieux » pour moi. Sauf volonté délibérée de dire n'importe quoi, (ce qui est rare), j'attache justement beaucoup de prix aux commentateurs qui prennent la peine d'écrire, parfois longuement, toujours avec pertinence et, j'ose le croire, une sorte de recherche commune sur les dynamiques humaines qui nous mènent, nous asservissent ou nous libèrent.
*
Plusieurs personnes m'ont déjà poussé à *publier sur papier* tout ou partie de mes écrits d'ici. Ce septième anniversaire est peut-être l'occasion de faire le point à ce sujet. J'entends... Je réfléchis... Je n'ai pas encore d'évidence en ce domaine. Je me dis que le fruit n'est pas mûr. Mais les années passent... J'ai vraiment été très surpris des réactions d'un certain nombre de lecteurs, lorsque j'ai évoqué comme ça, incidemment, de supprimer mes archives, comme je l'ai déjà fait pour les premières années. Ce fut comme une exhortation collective (enfin, de quelques-uns !...) à ce que je n'efface pas tous ce qui est là. On pourrait croire que j'en ai retiré une satisfaction narcissique. Si cela a pu exister, ce ne fut que l'espace d'un instant. Au contraire, je me sens plutôt *encombré* par tout ce que j'ai pu écrire... Comme on peut être encombré par une accumulation de choses chez soi, dont on ne sait si elles sont devenu inutiles ou s'il faut encore les garder, parce qu'elles pourraient peut-être bien servir à quelque chose... Alors oui, je demeure avec la tentation de tout envoyer par-dessus bord. Un grand nettoyage de printemps ! Certes, je ne ferai rien de tel pour l'instant. (À cause de vous, lecteurs !!).C'est plutôt ce sentiment d'encombrement inutile qui me préoccupe. Comme si ma propre vie et tout ce qu'elle comporte finissait par m'encombrer. Je ressens parfois en moi de curieuses pesanteurs...
Libellés : Actualité, Réflexions

AlainX 5:34 PM
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Aux jours anciens revisités. (6)
_______________ Le questionnaire ____________ (...)
Elle demanda du thé, je commandais un Perrier. Nous nous retrouvions souvent dans ce petit bistrot qu'elle affectionnait, comme s'il lui offrait une sécurité autant qu'un lieu intime que d'une certaine manière elle n'avait pas chez elle. J'observais ses longs doigts toujours impeccablement soignés, cette manière qu'elle avait d'ouvrir le long sucre emballé, de le maintenir au dessus de la tasse, effleurant le liquide, laissant monter le thé par capillarité jusqu'à désagrégation du sucre entre ses doigts. Nous étions assis côte à côte, j'observais son profil, cette petite fossette qu'elle avait à la commissure des lèvres, qui se creusait lorsqu'elle était heureuse. Ce jour-là, elle l'était.
Elle avait apporté un questionnaire issu de son école où étaient dispensés quelques cours de psychologie appliquée. Des cas étaient brièvement exposés, il fallait jouer l'apprenti psy et choisir à chaque fois entre quatre ou cinq réponses possibles. Elle s'amusait de voir quels résultats cela donnerait sur moi. À chaque fois, j'ai donné ce qui était censé être la réponse la plus ajustée. J'ai fait un meilleur score qu'elle, qui avait suivi les cours... Elle supposa que je connaissais déjà ce questionnaire et que je le lui avais caché. Il n'en était rien. Je découvrais. J'avais répondu avec ce qu'il me semblait être une sorte de bon sens intuitif. J'avais hésité une ou deux fois avant d'opter pour « la bonne réponse »... Lesquelles consistaient, soit à utiliser une technique de reflets, soit à montrer une empathie compréhensive. Et les plus mauvaises réponses étaient celles qui donnaient des conseils ou affirmaient à l'autre ce qu'il devait faire.
Nous sommes allés souvent dans ce bistrot. Mais c'est ce jour-là dont je me souviens le plus. Il prendra une dimension emblématique dont je ne prendrai pleine conscience que bien plus tard, une spécificité que je n'avais pas encore comprise : une sorte d'aptitude naturelle dans l'aide à autrui. Tout du moins, un certain type d'aide, qui avait pour objectif de permettre à l'autre de devenir lui-même plutôt qu'à lui prodiguer des conseils ponctuels, fussent-ils de qualité. Il me restait à acquérir une compétence, puis plus tard à en faire métier.
Peut-être aussi ai-je gardé mémoire de ce fameux jour, dans mon coeur et dans mon corps, parce qu'ensuite l'intensité de ses baisers se porta au maximum de ce que j'ai pu connaître avec elle. Je les ai recueillis au fond de moi, comme on accueille un oiseau blessé que l'on tente vainement de soigner.
(...)

AlainX 9:45 AM
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mercredi 15 avril 2009
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Libellés : Actualité politique, Rogne et grogne

AlainX 8:52 AM
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jeudi 9 avril 2009
Avant de partir ailleurs pour quelques jours, je vous laisse avec cette chanson, sur un texte toujours aussi prenant d'Aedia (qui tint un blog en son temps... Où es-tu partie Aedia ??...), mis en musique par LE_GE (qui améliore sa technique de prise de vue !!)...
C'est ce genre de collaboration créative qui rend si intéressant l'Internet... et nous change des mièvreries commerciales...
Hélas il faut laisser là les dépouilles, Les vapeurs d’enfances et les songes, Au fer forgé du temps vient la rouille La lèpre aux illusions, qui les rongent…
Viendront aux lézardes des rêves, S’écarteler nos sacrifices en vain, Rien des ombres ou des lumières brèves, Ne nous sauvera de nous, hélas rien…
Hélas il faut laisser la nos remords, Nos regrets, nos hontes indélébiles, Et nos actes manqués à leur sort Si souvent le cœur est serviles…
Viendrons à l’Hôtel des Misères, Que nous avons souffertes et subies, S’ajouter nos perfides prières, Au ciel, que l’on sort de l’oubli…
Hélas il nous faut tout abandonner, Déshabiller nos certitudes, Jeter nos lambeaux de passé, Et défroquer nos habitudes…
Viendront alors les sombres heures, Qui font de nous plus morts que vifs, Rien ne nous sauvera de ces heures, Qui sont des allées bordées d’ifs…
Lors, nous aurons vieilli et grandi, Laissant toutes nos joies derrière, Lourd tribu que l’on doit à la vie… Et nous laisse bien triste et amer…Libellés : Au fil de l'eau

AlainX 11:09 AM
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mercredi 8 avril 2009
Aux jours anciens revisités. (5)
(...)
_______________Ambivalence_____________ En ce temps-là on s'écrivait, sur du papier filigrané, ou du papier vergé. Les enveloppes étaient de la même qualité. Elles n'étaient point autocollantes. On passait la langue sur le rabat gommé. La colle avait un goût de menthe. Le facteur venait deux fois par jour. Si on avait posté le matin, si on habitait la même grande ville, le courrier était reçu l'après-midi même. Alors, on s'écrivait. Souvent. Parce qu'elle n'avait pas encore le téléphone. Ça peut sembler très bizarre aujourd'hui aux plus jeunes qui vivent le téléphone portable à l'oreille. Mais à l'époque, cette petite phrase faisait florès : en France, la moitié de la population attend le téléphone, l'autre moitié attend la tonalité...
Elle n'était pas la même dans ses lettres. Enfin, elle était la même bien entendu, mais, c'est sur papier vergé qu'elle s'abandonnait à ses sentiments. À la lire, je la ressentais amoureuse, tendre et passionnée, avide de moi, de ma présence et de notre intimité. Cela me donnait de l'espérance pour demain. Mais, lorsque nous étions en présence l'un de l'autre, que nos corps se faisaient proches, il y avait cette entrave impalpable qui retenait ses gestes, qui refroidissait vite ses baisers. Elle ne repoussait pas mes avances, elle les abrégeait autant que faire se pouvait... avant que de rentrer chez elle, et de m'écrire longuement à quel point je lui étais précieux...
Elle me présenta à ses amis. Ceux de son école professionnelle. Par elle, j'ai été introduit dans ce cercle-là, je m'y sentais bien, ils étaient sympathiques. Les mois passant, pour tout le monde c'était clair, nous *étions ensemble*. Elle me confiait que ses copines lui reflétaient sa chance *d'avoir quelqu'un*. Peu à peu, contre son gré sans doute, notre *couple* s'officialisait. Je pensais parfois qu'il n'y avait qu'elle qui ne se rendait pas suffisamment compte que nous étions faits l'un pour l'autre. Alors elle parla d'ambivalence. Cela devenait son mot fétiche. Il revenait fréquemment dans la conversation, lorsque je me hasardais à ce que nous parlions de nos sentiments respectifs. J'en ressentais l'urgence, la nécessité. Je désirais comprendre ce qui m'était inaccessible. Je me sentais perdu. Je n'avais aucune clé de lecture, aucune de celles dont je dispose aujourd'hui. Forcément. À 19 ans on ne sait encore rien. Voulait-elle que l'on se quitte ? Non, elle tenait tellement à moi... Envisageait-elle tel qu'un jour on puisse vivre ensemble ? Non, elle n'était pas prête... Et moi, plus le temps passait, plus je l'aimais, plus je la désirais, mais aussi plus je souffrais, plus j'entrai en désespérance, tout en gardant un secret espoir qu'une sorte de miracle se produisit... comme un matin ensoleillé...
Ma vie d'étudiant se vivait comme en parallèle, sur les bancs de la faculté, S*** ne ménageait pas l'expression de ses désirs secrets, se débrouillant pour s'asseoir à mes côtés. J'aimais bien S***, elle était belle, intelligente, ses yeux pétillaient, elle était encore gamine et déjà femme. Mais je n'étais pas amoureux d'elle. Cependant je n'étais pas insensible à ses charmes, et je n'étais pas non plus sans testostérone ! Alors, j'ai pris ce que S*** m'offrait généreusement, et que M*** me refusait. Après tout, si d'autres nous voyaient *couple*, M***et moi, il n'en était rien finalement, et nous n'avions conclu aucun pacte de fidélité. S*** se montra une amante torride. Je ne fus pas en reste. Je crois bien pouvoir dire qu'ensemble nous avons découvert bien des choses... Même si l'aventure fut de courte durée...
(...)
Libellés : un passé revisité

AlainX 10:57 AM
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mardi 7 avril 2009
Aux jours anciens revisités. (4)
la suite...
__________ cinéma _________
(...)
Elle finit par descendre. Jolie. Légèrement maquillée. Et ce léger parfum dont je ne sus jamais le nom. À l'éclat de son sourire je vis son plaisir que je sois venu. La boutique de vêtements était une maison ordinaire d'habitation, rien à voir avec les agencements modernes des magasins d'aujourd'hui. À l'arrière il y avait une petite cuisine qui servait de pièce à vivre. Elle fit du café. Je me suis approché d'elle pour la respirer. L'effleurer. C'était le maximum du possible avec sa maman dans la boutique d'à côté. On a parlé. Longuement. Une fois de plus, longuement. Sa voix pénétrante continuait de faire son chemin jusqu'à mon âme.
Nos rencontres se multiplièrent. Nous mêlions nos pensées, nous entrecroisions nos sentiments, je lui confiais toute l'importance qu'elle prenait pour moi. Elle me disait qu'il en était de même pour elle. Nos corps étaient souvent proches, mais ni elle, ni moi n'osions les gestes qui engageraient plus loin la relation. Elle n'était pourtant pas ma première expérience amoureuse, mais il y avait comme un empêchement. Presque un impossible.
Séance de cinéma. Ce n'était pas très souvent, elle n'avait pas la passion des salles obscures. Moi j'aimais m'asseoir à côté d'elle, lui parler à l'oreille, poser furtivement ma main sur la sienne. Sentir son épaule contre mon épaule. Soudain, dans le film, une scène de viol. Elle me saisit le bras. Le sert très fort, vient se blottir contre moi. Je la prends dans mes bras et je me mets à fondre. Je murmure des paroles apaisantes, je ne sais pas vraiment quoi dire, tellement surpris. Elle se ressaisit, reprend une position ordinaire dans le fauteuil. Je garde sa main dans la mienne. Elle ne la retire pas.
Après la séance, petit repas dans une brasserie. Je reparlerai du film, mais elle déviera la conversation. Plus tard, elle évoquera l'amitié, que nous devons seulement être amis, l'amitié étant la plus belle des choses qui soient. Je dirai oui, mais qu'il y a aussi souvent « plus » entre un homme et une femme, et que du reste, moi, vis-à-vis d'elle, je ressentais ce « plus ». Alors, je verrai un certain bonheur sur son visage, et une infinie tristesse au fond de ses yeux.
(...)
Libellés : un passé revisité

AlainX 9:39 AM
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Prèannonce ________________________________________Mesdames et Messieurs, bientôt sur vos écrans un nouvel épisode du marathon d'écriture ___________________________________________ organisé par l'immense et le talentueux AlainX [ben quoi ?... Mais si, mais si !] ________________________________________________ Retenez bien les dates du samedi 9 mai au dimanche 17 mai 2009 _____________________________________________ Soyez nombreux à y participer !
On en reparlera prochainement !
Libellés : Actualité

AlainX 8:00 AM
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samedi 4 avril 2009
C'est quoi mon intime ?Suite à divers échanges, à diverses lectures de blogs qui évoquent ce sujet de l'intime,(et tout récemment encore Valclair, rendant compte de son intervention à l'APA), je me suis demandé comment je définissais * mon intime*, ... Donc le mien, et pas nécessairement le concept d'intime, même si je vais l'évoquer... . On différencie souvent l'intime/l'extime. Ça semble clair,... à priori. c'est simple et binaire. C'est donc rassurant. En réalité, dans toute relation de faits extérieurs, ( j'ai vu tel film au cinéma...), sauf à demeurer dans le procès-verbal de police ( c'était vendredi, à la séance de 19 heures, il y avait 211 personnes dans la salle, on a projeté la copie numéro 24...), forcément, on fait intervenir des éléments internes de sa personne. ( J'ai beaucoup aimé ce film). Dès lors, nous voici dans l'intime, certes encore en surface, mais aussi plus profondément parfois ( ce film m'a fait pleurer, tellement il m'a rappelé mon enfance douloureuse). . Sur ce même schéma binaire on distingue privé/public. Mais ce n'est pas la même chose que l'intime. On peut parler de l'intime en privé comme on peut parler de l'intime en public... En réalité cette distinction privé/public est souvent lié à la sphère relationnelle. Mais, parler de ses relations intimes, ce n'est pas pour autant et nécessairement parler de l'intime de soi. Il me semble cependant que la confusion est souvent faite. Sur les blogs, on voit des personnes parler de leurs relations intimes, généralement sentimentale et/ou sexuelles. Tout un discours peut être tenu à ce sujet en y développant les concepts personnels que l'on a sur le sens de ce type de relations en général, ou sur les modalités dont on les vit soi-même en particulier. Ce n'est pas forcément ce que j'appelle parler de l'intime de soi. C'est plus généralement livrer en public ce qui n'a pas forcément à l'être, tant vis-à-vis de soi-même que vis-à-vis du partenaire. Je crois pouvoir dire que mon blog évoque souvent « l'intime de moi », et pourtant on y trouvera peu de choses concernant mes relations d'aujourd'hui. Parce que toute relation implique un autre, qu'il soit identifiable ou non, j'ai une nette préférence pour garder cela secret. Ce n'est pas secret au sens d'une dissimulation. Une dissimulation c'est une volonté de cacher quelque chose qui devrait être divulgué. Il se fait que j'ai toujours eu une grande pudeur concernant mes relations. Je parle très rarement « sur les personnes ». Je constate que bien souvent cela alimente les conversations ordinaires : « il paraît qu'Intel aurait fait ceci / Truc m'a dit que Machine allait quitter son mari / qu'est-ce que tu penses de Tartiflute ? Tu trouves pas qu'elle est bizarre depuis sa ménopause ? » Etc. etc. je ne dis pas que je suis muet sur ce genre de sujet, mais je me demande toujours pourquoi les gens ont besoin de se valoriser avec les petites affaires des autres, et cette propension malsaine à vouloir vous mettre dans des petits secrets de Polichinelle qui rend parfois difficile de se regarder dans une glace en rentrant, d'avoir accepté d'écouter tout cela et même, parfois, suscité d'en savoir plus... Il y a une manière saine de parler d'autrui. Il y a une manière malsaine de le faire. (Pas toujours consciemment d'ailleurs...). [C'est d'ailleurs exactement la même chose pour l'écoute d'autrui]. Est-ce que je parle d'autrui de manière saine ! ? : je l'espère... Ce n'est sans doute pas toujours vrai. Je crois que j'en parle sainement lorsque le mouvement intérieur qui m'anime s'enracine en moi dans des valeurs fortes comme la droiture, l'affection profonde, le désir de comprendre, l'aspiration à aimer ; et si par ailleurs je sens, dans la personne qui écoute, une attitude de bienveillance à l'égard de la personne dont je parle. Je crois avoir vérifié cela dans une conversation récente avec ma compagne ou j'ai évoqué le vécu de quelqu'un qui m'est cher, principalement en vue de clarifier et de comprendre quelque chose du vécu de cette même personne. J'ai d'ailleurs dit à la personne considérée que j'avais eu cette conversation et ce qu'il en était ressorti. D'autres fois, je vois bien que je peux parler d'autrui avec d'autres intentions pas toujours très glorieuses. C'est parfois une manière de me valoriser, que je suis capable d'avoir raison sur l'autre, que j'ai « bien su me défendre », que je lui ai démontré sa connerie, sous-entendu je suis plus fort que cet imbécile d'en face... Et autres choses de ce genre... (Fin de ma digression... Dont je suis coutumier...) . Il y a une grande différence entre parler SUR l'intime de soi, et parler DE l'intime de soi. Parler de l'intime de soi c'est parler de ses propres profondeurs. Les laisser s'exprimer, et non pas parler à leur propos. En tout cas c'est ma définition. Je ne livre pas alors seulement des sentiments sommaires, des impressions de surface, mais je suis vite conduit à exprimer des réalités qui émanent du plus profond de mon être, ou du plus profond de ma détresse, ou du plus mystérieux qui a sa présence en moi. Je ne sais guère faire autrement que me comporter en spéléologue de moi-même. comme s'il me fallait sans cesse explorer plus loin, descendre plus profond. Il me semble que mes eaux de surface n'ont plus aucune saveur. Et échanger avec d'autres à ce simple niveau des premières impressions ne m'intéresse plus guère. Je crois que j'ai toujours été plus ou moins ainsi, même si l'aune de mes profondeurs était au début bien petite.
Le problème, c'est que je deviens de plus en plus restrictif dans mes relations. Beaucoup d'entre-elles m'ennuient profondément. Je les trouve fades et insipides. Certaines personnes qui me semblaient intéressantes à fréquenter il y a quelques années, m'apparaissent aujourd'hui d'un ennui que je n'aurais pas imaginé. On trouvera peut-être que je deviens élitiste. Je m'en tape ! Car c'est bien du contraire dont il s'agit. Les élites, les savants, les lettrés, les culturés, qui ont tout lu, tout vu, tout visité, m'ennuient profondément... Ce n'est pas du tout que je me sentirais ignare ou idiot de ne pas en savoir autant qu'eux, mais c'est surtout parce que ces gens ne parlent jamais d'eux-mêmes, mais se contentent de réciter ce qu'ils ont ingurgité. Je les appelle maintenant les "wikipédants" (par allusion à l'encyclopédie en ligne Wikipédia). Je sais, je devrais les aimer comme les autres... Plus que les autres même !... Mais dans le concret j'oscille entre l'énervement de leurs étalages, où la pitié de leur inanité. Ils ont tellement de connaissances encombrantes dans la tête, qu'ils sont vides par ailleurs... Les "encyclopédies vivantes", ne sont jamais que... des encyclopédies... Ces gens-là ont souvent la froideur des papiers glacés.
Les gens qui m'intéressent sont ceux qui ont une épaisseur humaine (c'est-à-dire chaque être humain finalement), et qui sont capables d'en rendre compte et d'en partager la teneur. (Mais là, - forme éducative oblige le plus souvent, - ils sont déjà beaucoup moins nombreux...).
Je parle de forme éducative, car ce type de personnes j'en ai rencontré beaucoup, notamment dans mes stages. Elles avaient très peu d'accès à cette intériorité qui m'est chère. Et cependant, après une semaine de stage, elles avaient parfois fait des descentes en rappel dans la profondeur des lieux intérieurs dont elles ignoraient l'existence jusque-là ; pour y découvrir les trésors inconnus qui les habitent cependant, et qui parfois amènent à naître à une nouvelle vie.
Peut-être qu'un jour je raconterai ce terrible choc des cultures dont j'ai eu l'occasion de me régaler dans un stage, où il y avait un jeune énarque d'une part, et, assis à ses côtés, une femme d'âge mûr, au chômage, ancienne ouvrière d'une filature textile, qui avait commencé à travailler en usine à 16 ans.
Je parle de ces personnes-là. Je pourrais parler de moi. Car ce fut ce même chemin de découverte que j'ai fait, comme d'autres, mes prédécesseurs, avaient fait avant moi.
Libellés : De l'intime, Réflexions

AlainX 5:41 PM
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jeudi 2 avril 2009
Aux jours anciens revisités.
Je poursuis cette écriture de souvenirs parce qu'elle me fait du bien. C'est une démarche très egocentrée. Ce qui est intéressant c'est le constat que je fais des diverses manières de parler d'une même époque de sa vie. À propos de cette relation, j'ai déjà écrit. Très autrement. (J'ai déjà évoqué sur ce blog). D'une manière qui était pour moi plus « libératrice », thérapeutique en quelque sorte. Ici, c'est très différent. Une démarche esthétique pour un plaisir d'écriture. Un peu comme si dans un atelier d'écriture on avait dit : « racontez un amour de votre vie ». Les sensations sont toujours là. Différentes cependant. Évolutives sans doute. Dégagées de leur charge affective douloureuse, certainement. À moins que... Si je continue ce récit... Des couches profondes ne resurgissent...
* ____________ La boutique de vêtements___________
Sait-on jamais vraiment qui on est pour quelqu'un... Entre ce que l'on croit et la réalité qui se déroule dans la tête et le coeur de l'autre, il y a souvent un décalage pour ne pas dire une faille, quand ce n'est pas un gouffre. On voit facilement midi à la porte de ses sentiments.
Qu'avais-je cru entrevoir cet après-midi-là, sur ce palier qui devenait emblématique ? Un palier n'est pas une résidence, juste un entre-deux. On ne s'installe pas sur un palier. On le quitte pour redescendre, on l'abandonne pour monter à l'étage. Ainsi, cet après-midi-là, en ce lieu suspendu entre deux possibles, dans l'obscurité lumineuse ou brillait la petite flamme nommée désir, se posa sur mon coeur le sceau du trouble qui devait imprimer notre relation pour longtemps.
Dans les jours qui suivirent elle disparut. Ils furent interminables. Je me rendais à la faculté. L'amphi me semblait désormais peuplé d'une froide multitude indifférente. Le quartier général que nous avions commencé à établir sur le flanc gauche, vers la onzième rangée, aux fins d'organiser les festivités estudiantines dont nous nous régalions à l'avance avec les quelques copines que je commençais à me faire, devenait tout à coup insipide et je n'y trouvais plus les joies potaches des premières semaines. Ces jeunes filles, à l'oeil vif et à la poitrine conquérante, prêtes à expérimenter cette nouvelle liberté de la vie estudiantine où il était désormais « interdit d'interdire », auxquelles je rêvais de goûter il y a quelques jours encore, venaient de perdre toute chance de mesurer avec moi la performance de leur degré de séduction.
Elle ne poursuivait pas les mêmes études que moi. Je cherchai quel nouveau prétexte inventer pour la rejoindre. Je ne voulais pas appeler cet ami commun, qui était d'ailleurs plus un copain qu'un ami. Je n'osais pas. Peur du ridicule de l'amoureux transi... Peur de réflexions grivoises du genre : « alors, on a envie de se la faire la petite M** ? ».
À 19 ans on est encore idiot. Soi-même, et le copain aussi. Et moi, je n'avais envie « de me faire » personne... Et surtout pas elle... Je cherchais l'amour. Enfin, c'est ce que je croyais.
À 19 ans on est encore idiot, de cette incapacité à la simplicité. Alors, pour l'être un peu moins peut-être, je finis par aller chez elle. C'était simple. Il n'y avait même pas à sonner. Il suffisait d'entrer. De la demander. En effet, chez elle, c'était un petit commerce de quartier. On y trouvait toutes sortes de vêtements, de la petite culotte au manteau d'hiver, rien de luxueux, de l'utile, pour ce quartier populaire proche des usines, des industries de transformation qui fleurissaient encore à l'époque. Je fus accueilli par la maman, avec un large sourire commercial. Puis elle appela sa fille à la cantonade, lui intima presque l'ordre de descendre, comme on parlerait à une vendeuse pour qu'elle ramène un produit depuis la réserve. Elle tarda à descendre. La maman multiplia les sourires, alors que je faisais semblant de m'intéresser aux vêtements. Elle se rendit probablement compte de l'embarras dans lequel me mettait ce temps interminable. Alors elle dit avec un sourire quelque peu complice : « Certainement qu'elle s'habille ! ». Ah oui bien sûr ! Je n'y avais pas pensé... Elle s'habillait ! Ça devait être cela ! À 19 ans on est encore idiot.
(...)

AlainX 10:58 AM
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mercredi 1 avril 2009
Aux jours anciens revisités.
suite....
(...) La première fois que je la vis, ce fut chez des amis communs. Je n'avais pas été immédiatement attiré par elle, mais aussitôt que j'entendis sa voix, elle entra tout entière en moi. Comme un envahissement de douceur. Une baignade en eau bénéfique. Peut-être étais-je tombé amoureux d'une voix.
J'entrais dans ma jeunesse, séchant mes derniers boutons d'acné. J'alignais la fierté du jeune prédateur qui avait déjà quelques flirts à son palmarès. ils apparaîtraient bien anodins aujourd'hui les baisers semi-chaste que nous échangions au fond des fauteuils des salles obscures, et les mains qui s'aventuraient sous les pulls n'y demeuraient pas aussi longtemps qu'espéré...
Mais là, nulle envie de passer la main sous le pull pour chercher quelques rondeurs. Les petits flirts ne m'avaient rien appris encore sur ce registre du premier amour. Le seul, l'unique, celui de toute une vie, je croyais l'entrevoir en cet instant sur ce palier obscur, ouvert à tous les vents, et cependant tout à coup si intime, comme si nous étions seuls au milieu d'un désert urbain uniquement construit pour nous deux.
Les garçons étaient faits pour pénétrer les filles. N'était-ce pas une loi immuable de la nature ? Mais là c'est une voix qui entrait en mon ventre, m'envahissait le corps, m'apportait l'intense bien-être que toutes les caresses du monde eussent été incapables de me prodiguer.
Elle portait des vêtements sages, ce n'était plus la jupe plissée bleu marine, mais c'était encore loin de la minijupe qui s'en venait à peine. Ses cheveux frisaient naturellement en des ondulations qui rappelaient les années 30. Mais tout cela n'avait guère d'importance. Je ne voyais que sa bouche dessinée à la perfection, je n'entendais que sa voix, son timbre à la douceur envoûtante. Elle parlait en mode mineur, ses paroles coulaient comme une soirie déroulée, un brocart cousu au fil d'or fin.
Avais-je jusque-là ressenti un tel entourement de douceur ? Non pas une douceur prodiguée, voulue, offerte consciemment, mais une émanation, une effluence subtile d'un charme dont elle ignorait les effets sur mon coeur, mon âme et mon corps envahi, qu' en cet instant elle possédait sans le savoir. De quoi avons-nous parlé avec tant d'intensité, je n'en ai nul souvenir.
C'était le tout début de l'après-midi. Je pensais que nous échangerions un petit moment, . Qu'importait sa durée, il aurait une valeur d'éternité. Puis, nous irions sans doute ensemble choisir quelques livres dans les rayonnages. Elle m'avait dit qu'ensuite elle avait « des choses à faire ». Je ne sus jamais ce qu'aurait dû être ces choses-là, car le gardien vint nous déloger en nous indiquant qu'il était 19 heures, que la bibliothèque allait fermer. Nous échangeâmes un regard complice, prenant conscience que cet après-midi-là le temps s'était arrêté pour nous. Je sus alors que quelque chose venait de nous relier.
(...)
Libellés : un passé revisité

AlainX 10:56 AM
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