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AlainX

 

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mercredi 31 décembre 2008

 
2009, année du 9

Après avoir fait des grands *8* qui ont marqué mon année 2008, me ballottant de tournants hasardeux en croisements délicats, pour me ramener sans cesse au carrefour de mes hésitations, 2009 sera-t-elle l'année du Grand 9 ?

Ma projection dans cet avenir sera-t-elle Full-HD ? est-ce que je bénéficierai du système *Lens Shift* qui, à l'instar du décentrement de l'image annoncé, me décentrera de moi-même pour me porter vers d'autres ?

Est-ce que ma vision sera dotée d'un scaler vidéo Silicon Optix Reon Video HQV (Hollywood Quality Video), délivrant une qualité d’image sans bruit vidéo, afin ne me permettre de voir à chaque instant la vie du bon côté ?

Est-ce que, afin de me souvenir de tous les événements qui jalonneront ma petite existence, j'aurais au moins une carte mémoire SDHC Class 6 8 Go (SD68GB) SD (Secure Digital), afin d'imprimer au mieux ce qu'il conviendra de conserver à jamais ?

Recevrais-je des lumières nouvelles, des éclairs de flash TTL Canon-MR-14EX, qui m'apporteront la vision d'un monde meilleur promis chaque nouvel an. (... Et une bonne santé surtout !... Hein Monsieur ! c'est ce qui compte le plus !...)

Sarkozy, ayant miraculeusement grandi en sagesse, abandonnera-t-il ses talonnettes ?
Laissez-moi au moins le droit de rêver le temps d'un 31 décembre...

*


Quoi qu'il en soit, à quelques heures du passage à l'an 9, je viens vous souhaiter le courage des intrépides, le coeur léger des sages, la folie de la jeunesse d'esprit, l'embrasement des passions dévorantes, la douceur des effleurements subtils, la profondeur pénétrante des corps qui se rejoignent, la langueur des abandons sur une plage de sable fin, l'horizon dégagé et l'espérance de jours meilleurs.

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vendredi 26 décembre 2008

 
Lendemain de fête

Voici le retour au calme. Tout relatif d'ailleurs, puisque dès cet après-midi le tourbillon des visites reprendra. Cela me repose de venir écrire quelques mots pour redescendre en ce lieu de calme intérieur, loin du tumulte et des bruits de la fête. Comme une nécessité. Un impératif.

Je ne suis plus dans le même état d'esprit que lors de mon précédent billet plutôt doux amer. Ce matin je me sens dont une paix légère et agile. Sans doute parce que j'ai été comblé par ces deux journées de réjouissances réelles à tous les niveaux de ma personne, et aussi chez chacun de ceux que nous avons côtoyés. Il n'y eut, comme on dit, « aucune fausse note ». Ce fut comme le déroulement d'une oeuvre musicale réussie, avec toutes les nuances d'interprétation, de l'intime cavatine jusqu'au tutti éclatant.

Le réveillon de la nuit de Noël fut un temps intime. Nous n'étions que quatre. L'échange des cadeaux ne fut pas " conventionnel", mais un temps d'expression du sens de ce que nous nous offrions. Ce n'était pas préparé bien entendu, c'est venu tout naturellement, comme apparaissent parfois des instants magiques qu'il faut avec délicatesse laisser se dérouler et veiller à ce qu'ils se déploient dans toute l'intensité qu'ils contiennent, sans que l'on sache encore jusqu'où ils mèneront. De ce fait, une certaine profondeur simple s'est installée au cours du repas. On a parlé de l'essentiel, des promesses de bonheur possible au coeur même des temps de crise a traverser. Il était là, ce bonheur de l'ordinaire, dans cette nuit de renaissance, on en palpait presque l'épaisseur.

Le lendemain, changement total d'ambiance, avec le repas chez l'un de mes neveux qui réunissait toute la famille. Il y avait " les petits plats dans les grands", comme on sait le faire chez ce neveu. C'est un changement de registre. On n'est plus dans l'intime, mais dans le déploiement de la fête. Dans ce genre, je suis loin d'être le dernier à coopérer, à y prendre toute ma part, phase délirante comprise !... (contrairement peut-être à l'idée que l'on peut se faire de moi à travers ce blog... Enfin, finalement je n'en sais rien quant à l'idée que l'on se fait de moi...!). Alors, j'y suis allé à fond.... Mon neveu également... (Qui n'est pas le dernier dans le genre...)

Et puis, avec mes petits neveux et nièces ( 9/15 ans), je peux mettre à jour mes neurones questions technologies nouvelles... J'ai enfin eu la fameuse Wii entre les doigts, (et j'ai fait des scores pas si mauvais que ça pour un débutant...), et quelques autres gadgets du genre, qui n'ont cependant pas fait naître une quelconque passion à mes tempes grises... Ce qui m'a quand même amusé, c'est que l'un d'eux a voulu me montrer l'espèce de "flipper" qu'il avait eu en cadeau, croyant peut-être me surprendre, alors que cela me rappela " bistrot-nostalgie" et quelques chopes de bière !...

Chose inattendue, mon frère, (dont j'ai largement développé précédemment la relation difficile que j'ai avec lui) s'y est mis également, ce qui a donné des instants de complicité auquel je ne m'attendais pas (je ne m'attendais plus). Certes, je n'envisage aucun changement sur le fond des choses, (les causes psycho-familliales ayant des racines bien trop profondes), ce fut cependant comme une parenthèse bienfaisante qui me permet de mieux supporter la réalité difficile entre nous.

- « ton frère a vraiment l'air en pleine forme », me dit ma compagne. Je pense que c'est parce qu'il a achevé et remis le deuxième tome de la saga familiale qu'il rédige. (Plus de 500 pages comme le précédent). Cette fois il expose sa propre vie, c'est donc une large partie autobiographique, très documentée, que j'ai seulement feuilletée quelque peu hier soir, mais que je lirai attentivement. Je pense que le fait qu'il ait achevé ce deuxième tome (il a commencé un troisième...) constitue une sorte d'étape. Il y a à la fois un certain soulagement et aussi la manifestation d'une certaine transformation en lui que j'ai cru entrevoir. On n'écrit pas sur soi-même sans qu'il y ait des retentissements internes. Même si l'ouvrage fait plus état des faits et des circonstances que de ses sentiments personnels, ceux-ci n'ont pu que se manifester, même s'il les a gardés pour lui-même.

Enfin, mon frère m'a de nouveau demandé où j'en étais de « mes écrits », et si j'en avais d'autres à lui communiquer... Je lui ai dit que non, pas pour l'instant... Il est cependant revenu sur ce sujet à deux autres reprises dans la journée. Décidément, je ne comprends pas tout de sa manière d'être et de fonctionner. J'ai eu le sentiment que sa motivation était plus un souci *d'archivage familial*, qu'un intérêt réel pour ce que j'ai pu lui envoyer... Puisque je ne sais toujours pas s'il a lu ou non...
Et j'ai encore tendance à penser... que non, qu'il n'a pas lu...
Et quant à moi, cela ne m'intéresse guère de finir dans un rayonnage d'archives...

Bilan :
un Noël particulièrement riche et un temps de fête qui va encore se prolonger dans les jours qui viennent. Avec l'espoir que cela continuera à porter de bonnes choses pour chacun, à fournir quelques « provisions » pour la suite de la route et l'année 2009 qui ne sera peut-être pas des plus faciles à vivre...

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mardi 23 décembre 2008

 
comme une lumière neuve...

Que peuvent bien représenter les fêtes de fin d'année pour moi ?
Bien sûr, il y aura les occasions de rencontres et de repas familiaux.
Bien sûr, on fera des cadeaux et on en recevra.
Parce que... parce que « c'est comme ça »... !

Bien sûr, il y a les chrétiens qui célébreront la naissance de leur « sauveur ». Il y en a quelques autres qui se souviendront qu'avant cela on célébrait le solstice d'hiver, et donc la fin de la montée des ténèbres, et le retour de la lumière qui apporte la vie renaissante.

Comme chaque année, dans les médias on a droit aux mêmes « marronniers » (en l'espèce il faudrait plutôt parler de sapins...), sur la grande bouffe, les grands magasins où on se marche sur les pieds, les marchés de Noël, les illuminations, les pauvres et les SDF qui gâchent la fête des nantis en n'ayant pas la bienséance d'aller se planquer ailleurs ces jours-là, histoire de nous laisser tranquillement manger nos huîtres et notre foie gras.
Toutefois, cette année nous aurons un petit plus : « la crise » ! Le français mettra-t-il moins de farce dans sa dinde cette année que l'année précédente ? La petite fille aura-t-elle cette fois-ci encore sa poupée qui hurle, pisse, et chie comme une vraie ? Voilà les questions qui hantent les esprits et mobilisent les rédactions. Sans oublier le grand débat national attendu de tous (et sur lequel Bernard Henri Lévy ne semble pas encore s'être prononcé) : « jeux traditionnels familiaux ou consoles individuelles de jeux-vidéo ? »

Et moi dans tout ça ?
Cela me demande un effort de m'inscrire dans le mouvement de la « fête obligée ».
Cela me désespère toute cette gabegie médiatico-mercantile.
Impossible de s'en extraire vraiment, à moins de changer de planète, ou de s'enfoncer dans je ne sais quelle forêt, je ne sais quelle jungle amazonienne.

Avoir le coeur à la fête, suppose la fête au coeur.
Mais que pourrais-je bien fêter cette année ?
Le cancer de ma compagne ?
Le récent décès tragique dont personne n'est encore « remis » ?
Le diagnostic sur ma propre santé qui n'annonce pas des lendemains qui chantent ?
Et je vais arrêter là ma liste... Ce n'est pas vraiment mon style de faire étalage des épreuves de ma sphère privée.




Alors, il me faut aller plus loin rechercher le retour de ma lumière...
Comme une obligation que je me fais que chaque acte posé fasse sens.
Qu'il infléchisse ma trajectoire vers la clarté.
C'est cela ma part d'homme libre, contraint par les nécessités de l'époque de l'année.

Il me faudra revêtir mes habits de fête intérieure. Comme une nécessité de faire ma part, puisque je ne veux pas cette année agir en marginal ou en rupture.
Après tout, Noël annonce des temps nouveaux...
Et ceux-ci ne viendront que si je coopère moi-même à leur avènement.
Il ne faut pas gâcher la fête à ceux qui sont dans la joie, alors que cette option est offerte à celui qui peut contourner sa tristesse pour entrer dans sa vie, dans la vie.

Rien de pire que les tristes repus et nantis, pour qui rien ne va jamais, en quelque domaine que ce soit. Au diable les rabat-joie ! Qu'ils utilisent l'argent des cadeaux qu'ils font du bout des mains pour se payer un psy, sur lequel ils pourront déverser leurs aigreurs nauséabondes, avant de se faire remonter les bretelles ! Cela sera un service rendu à l'humanité !
(C'était mon paragraphe injuste, mais qui me fait du bien, et *ici* je fais ce que je veux !)


J'ai besoin de lumière, et de repousser au loin les *êtres d'ombre* parce qu'à leur contact je me refroidis. Il me faut de nouveau attiser le feu qui m'habite pour redevenir un être de chaleur qui communique sa flamme.

Et quand jaillit-t-elle cette flamme dans l'âtre ?
Si ce n'est lorsque deux bûches amoureuses, rougeoyantes de leurs braises, se rapprochent amoureusement... Et donnent naissance à la ... flamme

C'est ce que je m'en vais faire à présent...

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mercredi 17 décembre 2008

 
Le Clézio, l'écriture,... Et moi !...

JMG Le Clézio a reçu le prix Nobel de littérature. Je viens de lire les larges extraits qu'en publie "le Monde" du 9 décembre. Il évoque cette éternelle question : pourquoi écrit-on ?
« Si l'on écrit c'est que l'on n'agit pas, que l'on se sent en difficulté devant la réalité, que l'on choisit un autre moyen de réaction, une autre façon de communiquer, une distance, un temps de réflexion. »

Il évoque aussi combien l'écriture peut paraître vaine, voir inutile, face aux situations extrêmes et terrifiantes que vit le plus grand nombre sur notre planète, citant Dagerman : « l'écrivain bute sur un nouveau paradoxe : lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s'apercevoir de son existence. »

Ou encore : « pourquoi écrire ? L'écrivain depuis quelque temps déjà, n'a plus l'outrecuidance de croire qu'il va changer le monde, qu'il va accoucher dans ses nouvelles et ses romans un modèle de vie meilleure. (...) L'écrivain se veut témoin, alors qu'il n'est, la plupart du temps, qu'un simple voyeur. » (...)
« Agir, c'est ce que l'écrivain voudrait par-dessus tout. Agir plutôt que témoigner. Écrire, imaginer, rêver, pour que ses mots, ses inventions et ses rêves interviennent dans la réalité, change les esprits et les coeurs, ouvre un monde meilleur. Et cependant, à cet instant même, une voix lui souffre que cela ne se pourra pas, que les mots sont des mots que le vent de la société emporte, que les rêves ne sont que des chimères. De quel droit se vouloir meilleur ? Est-ce vraiment à l'écrivain de chercher des issues ? (...) Comment l'écrivain pourrait-il agir, alors qu'il ne sait que se souvenir ? »

Il évoque les longs séjours qu'il fit dans une forêt d'Amérique centrale (el Tapon del Darien), au milieu de la population amérindienne : «(...) Je n'écrivais pas beaucoup. La forêt n'est pas un milieu idéal pour cela. (...) J'arrivais là avec la conviction que l'écriture était un privilège, et qu'il me resterait toujours pour résister à tous les problèmes de l'existence. Une protection, en quelque sorte, une espèce de vitres virtuelles que je pouvais remonter à ma guise pour m'abriter des intempéries. »

*


C'est un peu long toutes ces citations, mais je les reprends parce qu'elles m'ont marqué et donné à réfléchir. Évidemment, je n'ai pas la prétention d'être un écrivain. Mais je me suis souvent interrogé sur l'utilité de l'écrit.
Je vois assez clairement ce qu'il peut être pour moi-même.
. Notamment dans la communication réflexive sur mon existence, le sens de ma vie, le sens de mes actes.
. Aussi comme moyen de dire aux autres, de transmettre des messages sans parasites. Je veux dire directement. Sans qu'il y ait l'interférence immédiate des rebondissements du dialogue lorsque l'on est en face-à-face.
. Ou encore comme moyen dérivatif, bouée de sauvetage, possibilité de m'accrocher à ma plume pour tenir dans les tempêtes intérieures.
. Moyen de fuir certaines réalités, comme Le Clézio en parle dans cette belle métaphore de la "vitre virtuelle".


Pour ce qui est aujourd'hui de mon rapport à la "littérature" (je parle ici du romanesque, de la fiction, de l'exercice littéraire, etc.), il est aujourd'hui très ténu. Je lis très peu de romans et les derniers que j'ai lu m'ont déçu. Je préfère les livres de type essais, réflexions, témoignages, etc.
il n'en fut pas de même dans ma jeunesse. J'ai lu beaucoup de romans. Gilbert Cesbron a certainement eu une influence non négligeable sur moi. (" Notre prison est un royaume" m'a beaucoup marqué). Évidemment, aujourd'hui c'est un témoignage d'un monde révolu, mais qui fut celui de mon enfance. Mais aussi bien sûr, Julien Green. Je n'ai pas lu toute son oeuvre... Mais pas loin... (Sauf son journal...). Je pourrais évidemment citer d'autres auteurs, mais cela n'a pas beaucoup d'importance ici.
Tout cela a correspondu à l'étape de ma vie où je me cherchais moi-même, avant d'entreprendre un véritable travail sur moi de type "psy" (pour faire simple).
Pour aujourd'hui, j'ai l'impression que la littérature romanesque ne m'apporte rien, ou si peu, pas même un sentiment de divertissement. Lire ce genre d'ouvrage me semble une perte de temps.

Pour ce qui est de ma propre écriture fictionnelle (des textes courts, des nouvelles), c'est de l'ordre du dérivatif, de l'amusement, avec ce sentiment étrange parfois de transgresser quelque chose. Un peu comme dans l'enfance je préférais continuer à jouer plutôt que de me mettre à faire mes devoirs et apprendre mes leçons. Ce n'est pas vraiment que je me sente en faute, ce serait plutôt que je ne me sens pas fait vraiment pour des activités dilétantes. Comme si j'avais à donner plus de densité à ma vie que passer du temps à écrire des oeuvrettes sans grande portée, sans grand talent, même si je crois que ce que j'écris dans ce genre n'est pas nul.
D'ailleurs, en ce moment je n'écris rien de ce genre. J'ai déserté Kaléïdoplumes, alors que c'est un forum d'écriture que j'apprécie, mais, en ce moment, je n'ai aucun goût pour les consignes et ce qui peut être proposé.
C'est comme par vagues sans doute. Par moments ça me revient. Peut-être que dans quelques semaines je vais me remettre à des textes de fiction...
" Ça s'en va et ça revient !" Comme chantait Cloclo !!

En revanche, je n'ai jamais ce sentiment d'inutile ou de futile à propos de la tenue de ce blog. Je suis toujours habité d'une sorte de densité intérieure lorsque j'écris. (Hormis peut-être pour ma rubrique "rogne et grogne"). Ce blog n'est pas un dérivatif, ni une manière d'occuper mon temps. Il a quand même un certain "sens" pour moi. Lequel ? Je ne sais pas trop...
Je constate que ce que j'écris semble utile à des personnes. Tant mieux ! Et même, finalement c'est ce que je désire quelque peu. J'aurais tendance à m'en défendre... J'ai toujours ce sentiment confus de passer pour un "donneur de leçons", et cependant, je ne fais qu'écrire les choses comme elles me viennent, avec une certaine capacité d'analyse et de recul, fruit de mon âge avancé... ;-))

En fait je m'interroge sur ce que j'appellerai « une écriture de transmission ».
J'ai déjà été long pour aujourd'hui...
Il faudra que je revienne sur ce sujet.
Que je clarifie mes désirs à ce propos.

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samedi 13 décembre 2008

 
à bicyclette...

Parfois les souvenirs reviennent, sans véritable raison apparente. Ils remontent avec les sentiments d'autrefois dans le vécu et la réalité d'aujourd'hui.

Elle avait décidé de m'offrir un vélo. Un grand vélo. Un vélo d'homme. J'avais 10 ans, ce fut un vélo de garçon, mais presque un vélo d'homme. Le marchand a dit c'est le modèle *Randonneur*. Moi j'ai aussitôt compris : c'est le modèle *Rang d'honneur*.
Et ma mère a dit : oui, on va le prendre.
Ainsi elle me mettait à la place d'honneur. Pour la première fois peut-être, j'ai eu le sentiment que je comptais pour elle.
J'ai tout de suite essayé le vélo dans la rue, sous les yeux du marchand et sous les yeux de ma mère. (Il n'y avait pas beaucoup de voitures à l'époque). Je me suis rapidement parfaitement débrouillé, comme si je le maniais depuis longtemps.
Alors, chose extraordinaire entre toutes, elle m'a fait confiance. Nous étions venus en bus jusqu'au centre-ville où était ce magasin de vélo. Elle m'a dit que je pouvais rentrer à la maison en vélo tandis qu'elle reprendrait le bus.
Je n'en croyais pas mes oreilles.

Sur ce chemin du retour, mon coeur battait sa joie. Je me répétais jusqu'à l'ivresse : « j'ai un *Rang d'honneur* ! ... J'ai un *Rang d'honneur* ! ... J'ai un *Rang d'honneur* !... ». Moi qui n'avais jamais figuré au tableau d'honneur de l'école, voilà que j'ai accédé à ce rang par un simple vélo...
C'est comme si tout à coup j'avais changé de conditions. Un vélo d'homme avec les honneurs...

Aujourd'hui je regarde avec une tendresse mêlée de compassion, ce petit garçon naïf qui se fabriquait une joie avec ce qu'il pouvait, en transformant sans le savoir la réalité des choses, afin de pouvoir survivre tant bien que mal dans l'univers froid qui glaçait son enfance.

J'ai cru, l'espace de quelques kilomètres à bicyclette, que j'étais devenu un petit prince dans le coeur de ma mère. Alors, j'ai fait le tour du quartier plusieurs fois, avant de rentrer, pour prolonger l'intensité joyeuse qui baignait et inondait mon coeur d'enfant.
Alors bien sûr, j'ai mis plus de temps à rentrer qu'il n'aurait fallu.
Alors bien sûr, ma mère fut dans l'inquiétude terrible, dans l'angoisse sans doute.
Alors bien sûr, je me suis fait "grondé" (comme on disait à l'époque...).
Alors bien sûr, et elle a piqué une de ses colères légendaires contre moi.
Alors bien sûr, à peine acheté, le vélo fut "confisqué".

Le petit prince fut vite déchu et il retourna à son esclavage.

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vendredi 12 décembre 2008

 
tais-toi et travaille... !

C'est peu de dire que je suis atterré par ce projet de loi sur le "travail du dimanche" et par l'acharnement de Sarkozy à vouloir le faire aboutir. Probablement que l'histoire jugera un jour cet homme et son extraordinaire capacité à déstructurer les fondamentaux de la personne humaine, pour mieux l'asservir et ne plus en faire qu'un objet de consommation. Manière subtile de décérébrer, car le consommateur ne pense pas, il achète frénétiquement, quand bien même n'aurait-il plus que quelques euros.

Il faut bien voir que l'argument économique est totalement fallacieux. Il s'agit en réalité de faire éclater un peu plus tout ce qui peut rassembler les hommes, les faire réfléchir, leur permettre de se cultiver, leur permettre de s'humaniser.

Préserver des rites fondamentaux, qui sont de l'ordre de la culture de l'être et non pas de l'ordre de l'inculture de l'avoir, est essentiel au devenir de l'homme et de l'humanité.

Une organisation humaine ne peut exister, en tant que telle, que si elle repose sur un certain nombre de règles, de coutumes et de rites acceptés par tous et reconnus comme nécessaires et vitaux par les participants de cette collectivité humaine.
Le rythme de la semaine et ce qu'il est convenu d'appeler "le repos dominical" constitue l'un de ces fondamentaux.

Le problème pour les hypers capitalistes façon Sarkozy c'est que le dimanche, jour de liberté, l'homme risquerait de penser... au lieu d'acheter... L'homme risquerait de se réunir avec d'autres pour faire autre chose que ce qu'il doit faire normalement : consommer, consommer, consommer encore... L'homme risquerait d'user de sa liberté, est de cela il ne saurait en être question ! Rendez-vous compte ! Des gens libres et qui penseraient par eux-mêmes ! Mais où irions-nous !...

Alors, le dimanche, plutôt que de consacrer ce temps à éveiller ses enfants à toutes sortes de choses passionnantes, à jouer avec eux, à leur faire découvrir les beautés de la nature, on les emmènera dans un temple de la consommation, on se laissera guider par le dieu haut-parleur qui serine la prière de la prochaine promotion, on dira au gosse : "écoute bien, papa va gagner une réduction de trois euros sur ce produit dont on n'a pas besoin, mais cela ne fait rien, on a gagné trois euros..."
Histoire de bien former le gosse à acheter de l'inutile.

Mais, comme on n'est pas à une contradiction près, on ne tardera pas à lui foutre une paire de claques parce qu'il commence sérieusement à nous énerver avec sa tyrannie de tout vouloir et de vouloir tout acheter, et que maintenant ça commence à bien faire, et que tu ne l'auras pas volée celle-là, et que arrête de chialer ou je t'en colle une autre .
Histoire de les conduire par la main vers les chemins de la schizophrénie.

Parce que franchement, réfléchissons un instant, il a parfaitement raison le gosse. Il veut faire comme papa et maman, devenir un bon consommateur et lui aussi avoir droit à tout, toujours, tout de suite, « parce qu'il le vaut bien » et qu'il n'a plus aucun seuil de tolérance à la frustration. C'est pourquoi il n'a plus d'autre choix que de faire sa crise, de se rouler par terre en hurlant, parce qu'il sait bien que c'est la bonne méthode à employer en public, parce qu'il sait bien qu'ils vont finir par céder plutôt que de se taper la honte devant tout le monde, et qu'il aura remporté une nouvelle victoire, celle de l'aliénation à son égocentrisme forcené, savamment concocté par *papa et maman consommateurs* qui le prépare à devenir un excellent tyran vis-à-vis des autres lorsqu'il sera grand... Il aura appris tout cela dans les temples de la consommation ouverts le dimanche et bientôt 24 heures sur 24 comme aux États-Unis... Et on voit clairement où cela mène...

Comme il est difficile d'être un jeune humain aujourd'hui !
Livré sans repères aux mains des rapaces qui viendront lui becqueter la conscience jusqu'à ce qu'il n'en ai plus.

Depuis que Dieu est mort ; que Papa est devenu un représentant de commerce qui doit tout négocier avec ses enfants ; que Maman est très occupée par son travail parce qu'il faut qu'elle se réalise tu comprends mon chéri ; que Mammy vient de divorcer à 65 ans histoire de préserver sa jeune vieillesse ; et que Papy fait du trekking dans l'Himalaya pour faire baisser son taux de cholestérol ; il faut bien dire que le gosse commence à avoir de la difficulté à se trouver des repères structurants.

Il lui faudra juste attendre quelques années, qu'il devienne un bon petit délinquant, qu'il se fasse remonter les bretelles par un juge, mais comme c'est un peu tard, il se retrouvera en prison bien plus tôt qu'avant, - grâce aux peines plancher de Tonton Sarkozy -, et là, miracle ultime et quasi-inespéré, un intégriste islamiste, imam autoproclamé, viendra lui faire découvrir et comprendre ce que c'est qu'une religion structurante et ce que peut avoir d'exaltant de donner sa vie pour le djihad, afin de toucher au sens ultime de l'existence...

*Nous vivons une époque moderne*

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jeudi 11 décembre 2008

 
Ego sum pauper...

Ma nuit fut difficile. Beaucoup de choses encombraient ma tête et s'entrechoquaient entre elles de manière désordonnée. Ces nuits-là, je ne fais pas véritablement fonctionner mes méninges. Je n'élabore pas des pensées précises, des raisonnements, des déductions ni même ne me laisse embarquer dans un fonctionnement imaginaire. Je me laisse envahir par de la lourdeur. Lourdeur corporelle, lourdeur de ma tête, lourdeur de sentiments... pesants.
Cette alchimie désordonnée génère une sorte de déréliction où affleure la désespérance, sans toutefois y sombrer.

Évidemment, il y a des *raisons objectives* liées à mon environnement, aux épreuves que traversent des personnes qui me sont chères, à mes propres difficultés physiques, aux pesanteurs des réalités sociales, économiques, politiques, et qui finissent par toucher concrètement des personnes de mon entourage.

Mais enfin, tout cela n'est jamais que le lot ordinaire de notre pauvre humanité, de cette *vie difficile* qui n'a jamais épargné personne sur cette planète. Seulement voilà, mon seuil de tolérance s'est affaibli. Mon système immunitaire psychologique est en phase basse. Ma vulnérabilité est en croissance... Voilà au moins quelque chose qui soit en croissance... !

Il me manque des vitamines ! Plus précisément, je commets l'erreur de ne pas les prendre comme il se doit. L'erreur de ne pas aller puiser au fond de moi la ressource vitale qui est pourtant présente lorsque je me fais attentif à cette vie profonde qui jamais ne me quitte. L'erreur de ne pas aller de moi-même à la rencontre de personnes qui me font un *bien profond* dès que je suis à leur contact. Elles n'ont pas disparu (pas toutes encore en tout cas... !), et je reste là, à attendre plus ou moins confusément qu'elles fassent un pas vers moi, alors qu'il m'appartient de faire un pas vers elles. L'erreur donc de mon immobilisme qui me tient à distance d'un relationnel bienfaisant. Je suis comme celui qui se plaint d'avoir soif, regarde la série de bouteilles qui est devant lui et ne se sert cependant pas un verre à boire.

Voilà revenu le piège de l'autosuffisance, de la déclaration d'indépendance qui se voudrait sans maître ni contrainte. Seul maître à bord ! Dans un navire où il n'y a cependant ni équipage ni voyageur... Royauté personnelle, mais sans sujets !

Et puis... C'est tellement à la mode ce repliement dans un cocon préfabriqué, seul, en couple, en famille, avec quelques intimes, mais surtout replié dans cette protection du soi (ou d'une forme de nous). Terrible tentation régressive qui guette plus que jamais notre monde en crise.
Je me demande parfois jusqu'à quelle régression il faudra aller, quel seuil de pauvreté il faudra atteindre, quelle porte de misère faudra-t-il franchir, pour que renaisse un minimum de solidarité humaine.

C'est sur ce chemin-là qu'il me faut à nouveau me diriger, qu'il me faut faire attention de ne pas perdre. Le chemin du don, du donné amoureux, de la sortie de soi pour rejoindre l'autre qui attend. À quoi bon espérer être aimé pour ce que l'on est, puisque cela ne se réalise pas véritablement. Mieux vaut tenter l'action du don, finalement plus gratifiante, plus plénifiant que le plaisir egocentrée.

Pourquoi faut-il sans cesse que je perde de vue cette évidence...

A cause de cette vieille formule, que l'on chantait en canon du temps de ma jeunesse... ??!! *sourire*

Ego sum pauper, (je suis pauvre)
nihil habeo (je ne possède rien)
et nihil dabo (donc je ne donnerai rien !) (la vraie formule étant "cor meum dabo" : je vais donner mon coeur)

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mercredi 10 décembre 2008

 
quatre fois vingt

80 mois que je tiens ce blog...
Je suis allé voir mes statistiques. Chose que je fais plutôt rarement.
172 000 pages vues, ce qui fait une moyenne de 2150 par mois.
141 300 visites, soit une moyenne de 1766 par mois.
La courbe historique sur 15 mois montre une lente érosion des pages vues.

Je suis bien incapable de porter une quelconque évaluation sur ce trafic.
Je pense que ce blog est relativement confidentiel.
Ce que j'y aborde n'est pas de nature à attirer les foules. Ou plus précisément, ma manière d'aborder les choses par un biais intimiste est probablement quelque peu ésotérique pour un certain nombre de gens.

Est-ce que ces statistiques ont de l'importance pour moi ?
Plus largement, est-ce que ce blog a de l'importance pour moi ? Et laquelle ?
Plus intéressant peut-être, est-ce que tenir un blog m'a changé ? En quoi ?

80 mois ce n'est pas rien !
Je veux dire, cela ne correspond pas à une lubie d'un moment. Mais cela ne correspond pas non plus à un projet préalable, une intention première, une volonté d'exprimer quelque chose de précis, de développer une thématique ou un centre d'intérêt.
C'est idiot ! Cela fait 80 mois que ça dure, et je me sens incapable de dire *pourquoi* je blogue... !
. Est-ce un besoin compensatoire ? ma drogue à moi ?
C'est quoi ce besoin de rendre publiques mes pensées intimes, mon intériorité, ce qui me tient à coeur ?
. Est-ce une manière de continuer à affirmer ce à quoi je crois, par d'autres moyens que ceux que j'ai utilisés dans ma vie active professionnelle ? Peut-être... Mais alors, c'est devenu très "brouillon", désordonné, sans ligne directrice...
. Est-ce un besoin d'être en relation ? D'avoir un "public" ? (Comme j'en avais un dans mon activité).
. Est-ce *occupationnel* ? À défaut d'autre chose...
. Est-ce une manière d'entretenir mes *neurones intérieurs* (tiens ! J'aime bien cette expression qui vient de me venir...), afin d'éviter que mes forces internes ne se diluent ?
. Est-ce une manière de dire : « hou ! hou ! Je suis encore là, j'existe ! » ?

Je ne sais pas !
Sans doute un peu de tout cela...

80 mois !...
Ai-je encore quelque chose à dire après 80 mois d'écriture publique ?...
La lente érosion des lecteurs de ce blog n'est-elle pas le signe de ma propre érosion ? Arrive-t-il un moment où l'on a « tout dit » ?

Ne faut-il pas un moment poser - comme un acte positif - la décision d'arrêter ?
Ou faut-il continuer à laisser se dérouler l'écheveau de l'écriture comme il se présente, sans trop se poser d'autres questions que celle de cette sorte d'acquiescement à l'écoulement de l'écriture, soit comme un sang qui circule et nourrit la vie, soit comme l'écoulement d'un drain qui assainit.

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lundi 8 décembre 2008

 
Rencontre majeure

C'est difficile d'écrire à propos de quelque chose qui a beaucoup marqué, mais dont on n'a pas forcément envie de parler très ouvertement.
La semaine dernière, j'ai participé à une importante rencontre, réunissant près de 300 personnes, dont le dénominateur commun est d'avoir vécu des choses comparables. Je m'y suis rendu, essentiellement motivé par la qualité des intervenants prévus, les informations à glaner et les bénéfices que je pouvais en retirer personnellement. De prime abord, peu importaient les autres personnes présentes, et d'ailleurs je ne m'attendais pas à autant de monde.

Ce qui m'est resté de marquant, c'est ce groupe réunit, cette sorte de fond commun que nous avions tous, qui à la fois nous singularise et nous tisse subtilement. Les quelques échanges privés que j'ai eu ont conforté ce même sentiment partagé.
J'avais le sentiment d'appartenir comme à un destin commun, pas véritablement choisi, mais qui s'imposait comme par nature. Cette impression d'une sorte de cristallisation d'appartenance. Un peu comme des grains de raisin qui se croient indépendants et découvrent qu'ils appartiennent à une même grappe.

Le phénomène n'a rien de très original en soi. Mais c'est l'amplitude et l'intensité des retentissements personnels qui m'étonnent et même me bouleversent quelque peu. J'ai vécu comme une sorte de basculement intérieur, comme un marquage dont on pressent qu'il ne s'effacera pas de sitôt.
Cela n'a rien à voir avec les emballements passagers que l'on peut connaître à l'occasion de certaines circonstances, avec les feux de paille qui s'éteignent rapidement. Cela m'est arrivé suffisamment de me faire avoir par les manifestations sensibles du moment qui créent ou amplifient des comportements sans lendemain. Sans me sentir à l'abri de ces dérives, il me semble que le temps en est largement passé en ce qui me concerne.

Le marquage intérieur et de l'ordre des profondeurs remuées. Cela émane comme une onde dans ma sensibilité profonde. J'ai entrouvert une porte, ou plutôt j'ai comme soulevé une trappe, de celles que l'on découvre cachées sous un tapis soulevé et qui conduit dans un sous-sol encore inexploré, alors que l'on habite la maison depuis si longtemps...
Et pourtant... Confusément... Je savais bien qu'il y avait quelque chose dans ce sous-sol-là. Qu'il me faudrait y aller voir, en prendre possession, remonter à la surface ce qui doit l'être.
Parce que l'on n'échappe pas à sa Destinée...

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mercredi 3 décembre 2008

 
et encore merci pour tout...

Voilà quelques temps que j'ai changé d'ordinateur.
depuis, je dispose de cette merveille de technologie qu'est " Vista" !
cela a le mérite de me rappeler le bon vieux temps des plantages réguliers, marque de fabrique de la société Microsoft !

"Vista" à l'excellente idée de me signaler qu'il y a eu 81 problèmes à ce jour !
et, comble d'allégresse....
"Vista" me signale qu'il est incapable d'en résoudre aucun !!!

cependant, par bonté d'âme,
les merveilleux informaticiens de ladite société, m'offrent entièrement gratuitement
quatre informations complémentaires que voici :


Information supplémentaire n° 1: ccf2
Information supplémentaire n° 2: add2ca8b1cea65d0e56c86c7b9d808e2
Information supplémentaire n° 3: b78c
Information supplémentaire n° 4: aa96a2b2d29316c8b523377c1be2e24e

j'adore cette manière fine et pertinente de me prendre pour un con !

" Nous vivons une époque moderne" ...

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mardi 2 décembre 2008

 
Amour de père

"... Cet enfant que tu t'apprêtais à accueillir pour l'aimer tout au long de ta vie..."

Une phrase saisie au vol dans un téléfilm, alors que je manie la zapette, cherchant un programme à la télé.
Elle me met en arrêt intérieur tout à coup. C'est pourtant une phrase banale, qui dit une évidence. Mettre au monde un enfant c'est s'engager auprès de lui pour toute la vie. S'engager à l'aimer. D'une certaine manière, la défaillance n'est pas autorisée. Encore moins l'abandon...

On peut commettre des maladresses éducatives, et même de sacrées bourdes, il reste que le rôle des parents est fondamentalement d'aimer par don gratuit.
Je suis loin de penser qu'il y a là une sorte d'automatisme.
Aimer l'enfant pour lui-même et non pas pour soi, ne me semble pas d'une évidence première. Le "désir d'enfant" est toujours complexe et doit être clarifié. Par ailleurs, je préfère m'abstenir de tout commentaire quant à cette revendication du "droit à l'enfant", qu'à généré le monde contemporain.... (Procréation assistée, et autres apprentissages sorciers...)

Toute arrivée d'un premier enfant sur terre est une naissance de triplets !
- naissance de l'enfant
- naissance d'un père
- naissance d'une mère

Cela fait quand même pas mal d'apprentissages à mettre en route...
Qui va donc guider ?
- l'instinct maternel ? (Ça ne veut pas dire grand chose...)
- le monde médical, le pédiatre, le pédopsychiatre ? (distillateurs d'une science qu'ils ne s'appliquent guère à eux-mêmes en tant que parents... ! Oui, oui, j'ai des noms!! )
- les 12 tonnes de livres sur le sujet de l'éducation ? (Tous contradictoires !!)
- la belle-mère ? (Ah non !!!)
- la nounou ? (Pourquoi pas la chatte de la maison ?)

Longtemps je me suis considéré comme un mauvais père. D'ailleurs, mon désir d'enfant tenait plus d'une sorte d'obligation consentie : après s'être marié, il est logique de faire des enfants. Et puis ma compagne le désirait. Alors pourquoi pas... Je n'étais pas vraiment pour. Je n'étais pas vraiment contre. J'ai laissé les choses se faire.

Ma naissance en tant que père releva de la surprise. J'ai ressenti à la fois un immense bonheur, et un énorme sentiment d'incapacité. J'étais tout aussi démuni que ce petit être qui sortait du ventre. J'avais tout à apprendre.

J'ai toujours été gauche, pour ne pas dire nul, en matière de maternage de nourrissons. Aujourd'hui, quand je vois la dextérité avec laquelle mon gendre change la couche de son dernier-né, je reste béat d'admiration. Je n'ai rien du papa-poule.

En quoi devait donc consister mon rôle de père ? Ma place dans le processus d'éducation ? Devais-je me comporter comme une sorte d'assistant-paternel auprès de la mère ?
J'ai mis du temps à trouver...

Un jour, j'ai partagé cela avec un ami, cette sorte d'incapacité que je ressentais à définir ma place et mon rôle, même si, de fait, je ne me suis à aucun moment désintéressé de mon enfant-premier, et que je crois pouvoir dire que je cherchais à prendre soin d'elle. A un moment il eut cette phrase : « Tu es le père immobile ! », j'ai interprété négativement : tu ne fais pas ce qu'il faudrait où tu n'en fais pas assez.
Je n'avais pas compris ce qu'il voulait me dire. Il m'a alors parlé de cette présence qu'il me voyait vivre auprès de ma fille. Il a dit quelque chose du genre : je te vois sans cesse avec un regard d'amour sur elle qui lui permet de grandir en ta présence. C'est pour ça que tu es "immobile", pour que ton enfant puisse "bouger" et exister sous ton regard aimant. Ce fut alors comme un déclic. J'entrevoyais la base sur laquelle pouvait se construire le père que je me sentais enfin pouvoir devenir. Poser mon regard sur l'émergence de sa personne, de sa personnalité, son coeur profond, son identité singulière, son mystère en tant qu'être. Je venais de toucher à l'essentiel de ma paternité. Comme une éclosion.

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lundi 1 décembre 2008

 
Une *phrase-perle*

"Qui sait ce que se passe au fond des étreintes et ce que font les âmes alors que les corps s'enlacent?"
Ainsi commence un texte "étreintes" chez Temperance.
Cela fait parti de ces *phrases-perles* que je découvre çà et là au gré de mes lectures, et chez Temperance il y en a quelques-unes à saisir au fil de ses textes...

Ce sont des phrases qui tout à coup deviennent énormément évocatrices, chargées d'un puissant contenu, quelque chose de compacté, qu'il faut lentement laisser se déployer en soi.
Ce sont des phrases-nourriture, qui, en descendant au fond de moi, se frayent leur propre chemin, jusqu'à ce qu'elles se transforment en fécondité.

Finalement, on ne tire pas la nourriture de soi-même. Il faut des "fécondants", des "alters", qui viennent sans crier gare.

La démarche n'est pas de me lancer dans un commentaire de cette phrase. Encore moins d'avancer une réponse à la question. Il s'agit de me laisser bouger, d'entrer en résonance, un peu comme les harmoniques qui naissent de la vibration de plusieurs notes, qui n'ont d'existence que parce que les notes " pures" ont créé l'harmonique.

Il y a les savants musicologues qui décortiquent la musique. C'est intéressant, c'est une approche d'un certain type, qui permet de comprendre. Ce n'est pas encore la pénétration dans le mystère des effets que telle ou telle musique peut produire sur nous, j'allais dire sur notre corps et sur notre âme.
Je me dis parfois que celui qui ne vibre pas à la musique de manière corporelle, peut difficilement vibrer à l'intériorité, qui est essentiellement une question corporelle.

La vie des profondeurs de l'être ne se déroule pas dans notre tête...
Avec la tête, on peut créer des scénarios, élaborer des fantasmes sexuels, (par exemple... (mais c'est valable pour toute autre forme de fantasmes), jusqu'à en ressentir les effets dans le corps sous forme de désir et de pulsions (c'est pour cela que je prenais à dessein le fantasme sexuel) ;
mais avec la tête, on ne peut pas " créer de l'intériorité".
On peut entrer en contact avec elle en dirigeant la pensée et l'attention du cerveau à cet endroit, mais ce n'est pas alors le cerveau qui produit le ressenti. C'est le ressenti qui existe par lui-même dont on peut prendre conscience en entrant en contact avec lui.
Le cerveau n'élabore rien en ce domaine, il se met au service.

C'est ma manière pour ce matin d'écrire mes résonnances à la phrase de Temperance.
Je dirais : pour aujourd'hui... Car sur le sujet lui-même de l'âme et des étreintes corporelles... Je pourrais écrire bien des choses aussi...

[Temperance, si tu passes par ici, tu verras que je me suis outrageusement attribué ta phrase... Sortie de son contexte... 1000 pardons !]

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