Afin de mettre à jour mes promenades intérieures je relisais mes textes de ces derniers mois. Je n'ai pas une très bonne mémoire. Si bien que j'oublie parfois ce que j'ai pu écrire. Relire pour choisir ce que je vais transférer là-bas me permet de faire quelques liens qui ne m'étaient pas apparus jusque-là. Je fais aussi quelques corrections visant à rendre plus intemporels certains textes en supprimant des éléments d'actualité. J'élague aussi quelques digressions inutiles.
Pourquoi est-ce que j'actualise ce site depuis trois ans ? Je ne sais pas vraiment... Je ne fais aucune publicité pour cet endroit. Je suis allé voir les statistiques (j'y vais tellement peu que je ne retrouvais pas mon mot de passe...), cela plafonne à une centaine de visites mensuelles. Mettre à jour ce site me demande pas mal de travail de bidouille en HTML... Ce qui prend du temps. Comme dit l'autre : Tout ça pour ça !
Parfois s'impose fortement cette nécessité du repli et il me faut y céder impérativement. Je me sens alors comme un navire qui prend eau de toutes parts. Fermer l'accès à ce blog est comme une mesure de sauvetage en fermant les écoutilles qui mènent à tout ce que je peux ici donner de moi. C'est évidemment purement symbolique, parce que rien de ce que l'on écrit sur le net ne disparaît véritablement, tout étant archivé à notre insu pour l'éternité au titre du dépôt légal, au sein de la Bibliothèque nationale à Paris, qui se comporte comme un aspirateur géant avide de tout garder pour les siècles des siècles. Cela fera des milliards et des milliards de pages que personne n'ira jamais lire, des centaines de milliards de paroles inutiles, sur la pluie, le beau temps, la manière de réussir la tarte à la cerise, et les 1000 et une manières de faire et de parler d'amour, d'amour, d'amour, d'amour,...
C'est peut-être symbolique, mais fermer ces écoutilles est régulièrement indispensable à mon équilibre. Ce n'est pas un cabotinage de blogueur qui de temps en temps « fait ce coup-là » à ses lecteurs et lectrices... Dans cette sorte de « non acte » j'ai le sentiment de me mettre à l'abri, mais c'est un peu comme quelqu'un qui se protégerait la tête de la pluie avec une raquette de tennis. AlainX 10:48 AM |
Vous connaissez tous ce phénomène de la "projection" :
C'est une opération psychique qui permet au sujet de localiser à l'extérieur ce qui se situe en fait à l'intérieur de lui. Il attribue donc à une autre personne les affects dont il ne peut se protéger et qu'il refuse de reconnaître en lui-même. Le sujet nie pour lui un désir intolérable et projette ce désir sur un autre.
Voici un exemple tout à fait récent, où un personnage politique, nous offre une projection de bonne qualité.
L'affect personnel du sujet, qu'il ne se reconnait pas lui-même, est projeté sur un brave citoyen au Salon de l'Agriculture : "Casse-toi pauv'con !"
En langage clair : dans la projection le sujet s'adresse cette parole à lui-même.
(Evidemment, dans le cadre de ce bref cours de psy, particulièrement objectif, nous nous garderons de toute appréciation subjective concernant le sujet que nous avons observé in-situ. Les lecteurs et lectrices de ce bref séminaire de psychologie (?) demeurent, eux, libres de se faire leur propre opinion..... !)
Démonstration :
Cliquez la vidéo ci-dessous, qui se passe de commentaires supplémentaires.
Cela fait un moment que je n'ai pas parlé de l'actu, et de mon amour pour le TsarKo. J'ai décidé de prendre mon mal en patience. Peut-être n'attendrai-je pas trop longtemps... Qui sait... Un petit "mai 2008" ! Ça nous ferait du bien...! Non ?
Dans cette attente, je potachise.... Et puis, les entrées sérieuses, ça suffira pour l'instant...
Il était à l'enterrement que j'évoquais. Nous nous sommes parlés. Enfin, comme d'habitude c'est lui qui parle. Entre nous, depuis toujours, il y a une épaisse distance. Parfois j'ai eu le sentiment que l'un comme l'autre on désirerait la faire disparaître, la percer, et enfin pouvoir se toucher. Mais c'est de l'ordre de l'impossible. De ces impossibles tellement difficiles à accepter, tant ils sont contre nature.
J'aime un étranger. Car oui, je l'aime, c'est bien cela le plus terrible. Et, quoi que j'en dise, je reste dans l'attente vis-à-vis de lui. L'attente qu'il soit autre que ce qu'il est. L'attente d'une proximité fraternelle qui jamais n'existera. Parce que, ni ce frère, ni moi, n'en sommes capables. C'est cela qu'il faut bien que je reconnaisse, ma propre incapacité à cette proximité. Nous sommes depuis toujours deux étrangers l'un à l'autre. En cet instant, j'entends la voix de mon père résonner dans ma tête : « eh bien oui, c'est comme ça ! », cette exclamation qu'il avait devant la nécessité de se rendre à la réalité pour ce qu'elle est vraiment. Nous sommes l'un et l'autre incapables de vivre en proximité, incapables de se toucher. Inimaginable de se prendre dans les bras, et lorsqu'on se dit bonjour nos visages s'approchent à peine et je n'ai jamais posé un baiser sur sa joue.
Pourtant je l'aime. Je vois la valeur de sa personne, son extrême honnêteté, sa grande rigueur professionnelle quand il bossait, son autorité naturelle dans ce milieu, sa notoriété, ses conseils pertinents et avisés, son intelligence particulièrement fine et puissante. Enfant, je l'admirais ce grand frère, il fut parfois une sorte de modèle, même si je n'ai jamais vraiment désiré lui ressembler, parce que je pressentais bien nos différences importantes. Mais tout cela était toujours à distance, à grande distance parfois.
Il y a quelques années, lorsqu'il écrivit l'histoire de la famille, j'ai cru qu'un rapprochement allait se faire. Quelque chose s'était enclenché, mais je m'étais trompé. C'était une fausse perspective, un trompe-l'oeil. Il ne se rapprochait pas de moi, il cherchait chez moi des informations pour lui-même. J'ai cru qu'il s'intéressait à moi, mais il ne s'intéressait qu'à l'histoire qu'il écrivait. Il me contactait parce que j'étais utilitaire. Un peu comme on se tourne vers un consultant ou un témoin. Dans mes réponses, je donnais de moi-même. J'avais tort. Tort d'espérer toucher son coeur. Car alors, il se refermait. Comme une huître. Je disais des choses trop fortes je crois. Il voulait du factuel, pas mes sentiments. J'aurais voulu réchauffer son coeur profond, mais je crois que je le glaçais.
Lorsqu'il m'envoie un e-mail, aussi chaleureux qu'il tente parfois de l'être, j'ai toujours le sentiment qu'il écrit à un étranger, tant sa pudeur est extrêmement intense, tant probablement il craint (inconsciemment) de souffrir à laisser transparaître un amour fraternel. Alors je ne peux que m'interroger sur la période de ma tout petite enfance dont j'ignore tout (consciemment) en ce qui concerne sa relation à moi. Et ce qu'il en a relaté dans l'histoire familiale m'a fait entrevoir toute la sur-responsabilisation qui pesa sur ses épaules à cause de moi. Il était alors tenu de m'aimer d'une affection qui ne lui était pas accessible. On ne demande pas à un jeune garçon de 10 ans d'être la nounou de son petit frère. C'est contre nature.
Mon frère a toujours rejeté ce qui concernait ma personne, je veux dire ma personne humaine, ma singularité. Au mieux, je suis un "membre de la famille", mais je ne suis pas "quelqu'un" à ses yeux. Et de mon côté, je n'ai eu de cesse que de me tenir à distance, tout en désirant au fond de moi une proximité impossible. Il me faut vivre avec cet écartèlement. Mon travail en thérapie à ce sujet a consisté à vider les poches de souffrances issues de cet écartèlement.
Je ne suis plus avide d'une reconnaissance de ma personne, mais je ne peux m'empêcher de l'espérer, comme malgré moi. J'ai encore testé cela dernièrement. À l'occasion de son anniversaire, je lui ai adressé quelques-unes de mes nouvelles, un petit recueil "fait main". Après tout, il y a quelques mois il m'avait demandé pourquoi je ne lui montrai pas ce que j'écrivais (dans un moment d'égarement sans doute !). Alors, pour son anniversaire, c'était une occasion, je l'ai fait. Je ne désirais pas tant une reconnaissance que lui faire plaisir. Résultat : Silence radio total. Strictement aucune réaction. Et à l'enterrement, je lui demande s'il a reçu mon envoi, fait il y a un mois et demi. Il me répond : "Ah oui ! Mais je ne l'ai pas encore lu ! Tu comprends je suis très occupé..." Dont acte ! C'est vrai que les retraités sont débordés...
J'essaye lentement d'entrer dans la réalité, dans son acceptation, dans ce constat de sécheresse, pour ne pas dire d'échec. Je ne peux vivre vis-à-vis de lui qu'une sorte d'amour de prudence, respectant le lieu intérieur où il peut vivre lui-même. Dans cette nécessaire distance qui probablement nous protège l'un comme l'autre de ce que nous serions peut-être incapables de voir et d'accepter concernant cette histoire commune au milieu de parents qui portent aussi une responsabilité dans cette sorte d'échec de réalisation d'un amour fraternel.
Que devient l'amour envers ceux que l'on a aimés et qui ne sont plus là ? (morts ou disparus de nos vies). Il est des amours qui meurent, et d'autres qui demeurent. Il est des amours que l'on n'oubliera jamais, et d'autres dont on a même oublié le nom. Il faut croire qu'ils n'étaient pas de même nature. Ce doit être une question d'intensité, de profondeur dans la gravure en nous. Certaines amoures sont marquées au fer rouge, d'autres ne nous ont qu'à peine effleurées.
Et puis, (Pivoine posait récemment la question), qu'est-ce que aimer ?
Je vois bien dans ma vie les amours où je n'ai fait que me rechercher moi-même, où je suis allé à la quête d'une reconnaissance nécessaire, celle qui m'avait manqué et que je réclamais éperdument. À ces femmes-là j'ai crié des "je t'aime", qui n'étaient que des supplications du "aime moi" ! Qu'en reste-t-il aujourd'hui si ce n'est le souvenir attristé de blessures qui ont saigné longtemps... Parce que mes cris n'étaient pas entendus, parce que les réponses ne pouvaient qu'être décevantes. Les instants éphémères des plaisirs intenses ne compensaient pas le gouffre du manque qui ne faisait que se creuser plus profond. Et lorsque l'autre à la même quête effrénée d'amour de reconnaissance, la déchirure n'en est que plus intense. Pour faire sens, on noie tout cela dans un romantisme larmoyant, on en appelle à Lamartine, à Baudelaire, en griffonne des poèmes insipides que l'on croit lumineux.
Et puis, il y aura M.D., mon amour à bascule. Celui qui me fera comprendre dans la douleur mes contradictions internes, parce que je ferai l'expérience de la générosité du don de moi, et la puissance de souffrance de l'absence de retour. Je ne revendiquais pas que l'on m'aime, je souffrais de ne pas recevoir ce que j'avais l'audace d'estimer légitimement dû. Elle se laissait aimer sans rien donner d'elle-même véritablement. Ce n'était pas un partage enrichissant, juste un investissement à fonds perdus. Je n'ai jamais réussi à nourrir de sentiments négatifs envers elle, j'allais dire malgré mes efforts, parce qu'elle ne m'a jamais rien promis, parce qu'elle prenait sans retour, avidement, par nécessité quasiment vitale. Je devenais une sorte de tout pour elle, alors que je n'étais que rien. Cet amour-là, si étrange, a laissé dans ma chair sa marque indélébile et son enseignement permanent. Curieusement, c'est peut-être la femme que j'ai aimée avec le plus de « gratuité », et celle qui m'aura fait le plus souffrir, parce qu'elle, d'elle-même, elle ne me donna strictement rien. J'ai payé le prix du non retour. J'ai compris que ce prix était exorbitant et qu'il y avait une faille profonde en moi, une béance dont il devenait urgent de se préoccuper. La rupture avec M.D. fit poindre l'aube de ma renaissance, pour ne pas dire de ma naissance affective d'adulte.
Il y a des amours mortes dont il est bon qu'elles soient défuntes. Je risque parfois de les traîner comme des dépouilles, des inachevées, des regrets éternels de ce qui aurait dû être. Mais ce sont comme les feuilles d'automnes qui ont à devenir terreau pour que l'arbre pousse plus loin ses bras amoureux. Il ne faut pas ramasser les feuilles d'automne pour les serrer dans des livres de romance lue et relue sans cesse. Il faut les laisser devenir terreaux par abandon d'un passé révolu.
Je dis cela aujourd'hui, mais j'ai mis beaucoup de temps à le comprendre. Il est une manière néfaste d'entretenir le rapport à sa propre histoire affective. À ses amours déchues. On s'use les yeux de l'amour possible d'aujourd'hui à se repasser en mémoire ces vieilles vidéos des souvenirs achevés. Bien souvent, ils nous referment et éteignent l'élan vital du coeur. Car, on ne sera jamais véritablement humain, sans la permanence d'élans d'amour vers l'autre. Quand bien même il faudrait à nouveau souffrir. Seuls les cadavres et les coeurs secs ne souffrent plus... Et encore...
Ce matin, les obsèques du vieux monsieur que j'évoquais précédemment. Lorsque l'on souffre tellement pendant de longues années, comment ne pas se tourner vers la religion pour tenter de comprendre et de donner sens, alors forcément, le curé le connaissait bien. Durant la cérémonie, il remémore sa vie, il l'appelle par son prénom. Il se fait que c'est le même que le mien. Étrange impression. Un jour peut-être quelqu'un parlera à la boîte en bois dans laquelle j'aurais commencé à me décomposer. Évidemment, je n'entendrai plus rien, car le curé ne s'adresse qu'aux vivants, les seuls capables d'entendre ou de faire semblant d'écouter.
Pas très loin devant moi, un fils du défunt, je le vois de trois quarts dos, immobile, presque statufié. Il n'a pas revu son père depuis plus de 20 ans. Pas même sur son lit d'hôpital. Est-il vraiment là ? Quelles pensées le traversent ? il y a si longtemps qu'il vit sans père, mais c'est maintenant qu'il va probablement lui manquer.
Le curé débite les paroles convenues. La mort qui n'est pas vraiment la mort, la résurrection qui va certainement arriver, mais pas tout de suite... Les morts doivent être patients... Puis vient le défilé des gens autour du cercueil. La mort est payante, c'est le temps de verser sa contribution au spectacle.
À la fin, un vrai moment de vérité. Une dame âgée (une autre de ses soeurs), soutenue par ses cannes anglaises, vient au micro lire un texte : une métaphore signifiante sur le voilier qui s'éloigne au large, diminue, puis disparaît de notre vue, alors que de fait il demeure toujours le même. Et de l'autre côté de l'horizon, ceux qui le voient arriver, disant : enfin le voilà... Ce texte me touche bien plus que le bla-bla stéréotypé et gonflé d'eau bénite du curé.
Au cimetière, c'est midi. Le ciel est d'un bleu limpide, la fraîcheur d'hiver se fait douce sur la peau. La compagne du défunt dit quelques mots qui s'évanouissent dans l'air ambiant et que bien peu de personnes entendent. Puis on passe devant le trou dans lequel on a descendu la boîte en bois. Il paraît profond, presque trop. L'homme des pompes funèbres tend une rose à chacun. On la jette sur le cercueil. Cela fait un bruit sec, renouvelé à chaque personne, comme si l'on cognait avec un marteau, inlassablement. Ce bruit répétitif est terrible à mes oreilles. Je refuse la rose que l'on me temps. Plus exactement je ne la prends pas. Je n'arrive pas à trouver un sens personnel à ce geste.
Ensuite, la proche famille va chez eux... Enfin, chez elle désormais... Il y a du vin rouge et du vin blanc, de la baguette avec du pâté, du brie, et de la "tarte à gros bord" comme l'on dit dans les campagnes de chez moi. C'est presque festif, comme à chaque fois après les enterrements. On plaisante, on rit même, on parle de tout et de rien, mais surtout pas de lui. Enfin si, moi je prends sa compagne en aparté pour dire quelques mots, pour évoquer la mémoire du défunt. C'est quand même parce qu'il est mort qu'on est là...
Nous reprenons la voiture pour rentrer. Je mets un disque de Mozart.
C'est paisible un cadavre. Ce n'est plus un corps, c'est une dépouille. Il n'y a plus rien de ce qui fut, si ce n'est la mémoire que l'on garde, que l'on gardera. Avec ma compagne nous sommes seuls dans le salon funéraire. On ne prononce pas de mots. Il n'y a rien à dire, seulement laisser les choses venir par le dedans. La formule qui vient et celle si souvent lue ou entendue : qu'il repose en paix. Mais en réalité c'est à nous les vivants qu'il revient de demeurer dans la paix avec cet homme, sa vie, la Vie qui lui était si chère qu'il s'y est accroché, j'allais dire au-delà du raisonnable, tant ses souffrances furent intenses pendant des mois et que même la morphine ne calmait plus.
Nous rendons visite à celle qui partageait sa vie depuis bientôt 30 ans. Son visage est nimbé d'une sérénité pâle et d'un doux sourire. À eux deux ils formaient un couple hors norme dans l'ordinaire des jours. Un peu comme l'opposé qui aurait épousé son contraire. Par respect et par discrétion, je n'en dirai pas plus ici. Comme souvent dans ces moments-là, on évoque les derniers instants, elle nous redit sensiblement les mêmes choses qu'au téléphone la veille. Elle les dira à nouveau à d'autres, comme une sorte de rituel cathartique. C'est fait pour cela la période qui entoure les obsèques. Transmettre aux vivants les instants de la mort de l'autre pour que cela demeure en eux, et pour que cela sorte des corps de ceux qui sont dans le chagrin de proximité.
Puis elle dira : « Avec tout ce qu'il a souffert, j'espère qu'il est au paradis... » Dans cette phrase, le ton avec lequel elle la prononce, le regard qu'elle pose sur moi, il y a autant d'espérance que de désespoir et d'interrogations. En moins d'une seconde, la phrase tombe en moi dans une sorte de puits sans fond. Je sais qu'il faut que je la rattrape, que je ne la laisse pas disparaître dans le silence. Alors, je la recueille avant qu'elle ne s'abîme et je dis dans l'émotion qui me traverse et m'étrangle à la gorge : "si lui n'y est pas, personne n'y sera".
Après cela, il faut rebondir. Ce n'est pas l'heure des demains. Alors on parle des vivants. Elle demande des nouvelles des enfants, de ma fille, future maman qui prochainement donnera vie. Parce que rien ne s'arrêtera, malgré la douleur, malgré les souffrances d'un monde qui n'en finit pas de les générer. Toujours recommencées. Parler de la vie, comme une respiration nécessaire, parce que nous, les "encore-en-vie", nous demeurons, jusqu'à ce que....
J'ai été tagué par une sirène La consigne c’est : Citer le blog qui vous a lancé dans le jeu, redonner le règlement, mentionner six choses sans importance sur soi puis trouver six autres personnes auxquelles passer le jeu et les en prévenir.
Ça me rappelle les débuts dans la blogosphère, il y a... Ouh la la... Des années...!! Bon allez... pour faire plaisir à une sirène... Voici venu le temps de six grandes révélations...
1- j'ai une nouvelle brosse à dents depuis trois jours. Bleue, au manche plat, ni trop dure ni trop douce. Cela révèle-t-il des traits essentiels de ma personnalité ?
2- mon banquier vient de me proposer d'assécher mes économies par un placement juteux. Me prend-il pour un con ?
3- je préfère les mouchoirs en papier Lotus parce qu'ils sont en pure pâte vierge, mais surtout comme je n'ai aucun prétexte pour dire adieu, je ne prends pas de Kleenex. Ai-je une culture musicale trop ancienne ?
4- j'ai quelques CD réinscriptibles, ils sont gravés, mais je n'ai jamais rien réinscrit par-dessus. Suis-je cohérent dans mes choix de vie ?
5- j'ai toujours des questions métaphysiques à résoudre, par exemple : mon boîtier ADSL Wanadoo est gris. Si j'en avais un nouveau, serait-il "Orange" ?
6-j'ai acheté un feutre de marque "Pilot", pourtant je n'en suis pas un, serai-je prétentieux ?
À présent, on me demande de trouver six autres individus à tager. Hélas... Je ne connais personne...
Il est bien difficile de sortir des attraits de la possession, du repli sur ce que l'on a (quand bien même ce serait très insatisfaisant). On parle beaucoup du *lâcher prise*, mais on le vit rarement, tant on redoute la perte définitive, en ce compris perdre ce dont on prétend qu'il faudrait se débarrasser... Je dis « on ». Je ferais mieux de dire « je ». D'ailleurs, à propos du *lâcher prise*, je l'entends et le lis généralement comme ceci : *lâché/prise* comme un constant mouvement qui est à la fois saisit et relâche sans discontinuer, et non pas comme une action de délestage plus ou moins définitif.
Il faudrait pouvoir remplacer la possession par la libre disposition. Généralement provisoire. Je vois bien que dans ma vie, plus j'ai désiré posséder, moins j'ai été heureux. Surtout lorsque j'ai désiré posséder l'autre... Bien sûr, dans la passion amoureuse la possession par fusion est intense, le désir du partage total est nettement revendiqué, mais à y regarder de plus près, il s'agit bien souvent d'avoir tout pour soi : on partage tout, c'est-à-dire tout est à moi et le reste est à toi ! Et comme chacun tient ce même discours, les choses finissent assez rapidement par se compliquer !...
Je me souviens de mon premier amour à l'intensité tumultueuse. Je n'avais pas encore compris grand-chose de mes fonctionnements personnels, je fonçais tête baissée et sexe dressé vers ce qui serait ma perdition. Croyant avoir enfin trouvé l'autre, je ne réalisais pas que je ne cherchais que moi-même à travers elle. Je ne regrette rien, si ce ne sont les douleurs que nous nous sommes mutuellement infligées. C'est après avoir payé ce prix-là que j'ai réellement engagé un travail sur moi, tant il était hors de question d'un nouveau ratage, là où tout me semblait devoir déboucher sur le mirifique.
Il y avait en moi une telle béance, un semblant de personnalité construit sur le sable. Je croyais être fort parce que les épreuves d'enfance n'avaient fait revêtir une armure espérée invincible. Je ne réalisais pas qu'elle était ostensiblement percée à l'endroit du coeur. Être touché là ne pouvait que me liquéfier. En amour, le chevalier en armure est l'être le plus fragile qui soit.
Je suis loin d'avoir abandonné toutes mes protections, et d'ailleurs certaines me semblent nécessaires ; je ne suis donc pas prêt de les laisser de côté. Pourtant, ma conviction demeure qu'il me faut avancer vers un total dépouillement, (ce qui ne signifie en rien le dénuement). Le dépouillement total signifie de se débarrasser de tout ce qui entrave la réalisation du coeur de soi. D'une certaine manière, c'est garder l'essentiel, assorti du seul nécessaire à son accomplissement. Cela fait quand même déjà pas mal de choses à garder...
Le dépouillement n'est pas l'ascétisme, c'est plutôt une libération joyeuse. Un désencombrement. Ce n'est pas le renoncement au plaisir (je suis bien plus jouissif que pisse-vinaigre !), ni d'aller vivre de guenilles dans une cabane au fond de la forêt ! Le dépouillement dont je parle, c'est pour laisser venir en soi une plus grande richesse, un trésor intérieur, source de bonheur. Le monde des marchands est terriblement arnaqueur ! Il vend du détournement de bonheur à longueur d'année, sur des kilomètres de linéaires. Achetez du rêve et du vide, il en restera toujours des profits. Pendant ce temps-là, vous restez dans notre système, votre cerveau reste disponible pour la pub et ses messages subliminaux permanents qui vous inculquent à longueur d'heures, de jours, de semaines, d'années, que le bonheur est dans la possession matérielle, par achat à crédit... Plus belle arnaque mondiale, on n'a pas encore fait !...
Difficile de résister. "J'ai difficile" à résister comme diraient nos amis belges ! (j'aime bien cette trounure). Il y a peu j'ai changé de voiture (l'ancienne avait plus de 10 ans...). Je n'ai pas résisté au choix de quelques options largement inutiles, sous le prétexte de « se faire plaisir » comme dit le vendeur... (Moi j'aurais préféré que lui me fasse plaisir en me les donnant gratuitement...). Bien sûr, je pouvais « me les payer ». Je ne suis pas un retraité pauvre ! Mais avec le recul, je me sens en contradiction avec certaines de mes croyances. Certes, il n'y a pas péril en la demeure et lesdites options sont source de plaisir fugaces, mais elles ne contribuent en rien à mon bonheur d'existence... Et j'ose à peine me dire que l'argent ainsi dépensé inutilement aurait mieux fait d'aller dans les poches d'un organisme caritatif... Je ne me sens nullement coupable, ni tenu à une quelconque réparation, je n'ai rien fait de répréhensible, et d'aucuns diront qu'à consommer je fais tourner la machine économique pour le sacro-saint bonheur par la croissance ! C'est juste avec ma conscience que je ne suis pas aussi à l'aise que cela. Je pactise avec une éthique personnelle librement choisie.
Les hommes de lumière ne sont pas ceux qui brillent au sommet, ils ne sont pas ceux que l'on voit partout sur les places publiques. Ceux qui se montrent, ceux qui pavanent, ceux qui nous éblouissent de leurs phares supposés nous guider. Les hommes de lumière ne sont pas ceux qui passent à la télé, vocifèrent dans des micros, écrivent des livres savants bourrés de citations d'érudits. Les hommes de lumière n'ont pas chaque matin un message à délivrer à la planète tout entière. Les hommes de lumière ne produisent pas des rapports aux gouvernements en place pour leur dicter ce qu'il faudrait faire pour que le bonheur advienne sur terre. Les hommes de lumière ne dirigent pas les entreprises du CAC 40, ramassant des salaires mirobolants, d'un montant trimestriel qu'un ouvrier normalement constitué ne gagnerait pas dans toute une vie de travail.
Les hommes de lumière vivent dans l'ombre. C'est là qu'il faut aller les chercher, c'est là qu'il faut s'aventurer à tâtons, sans bien savoir où l'on arrivera, parce qu'il faut du temps pour apercevoir leurs lueurs. Les hommes de lumière ne disposent que d'une humble lampe à huile, qui se contentera d'éclairer l'unique endroit où l'essentiel se trouve. Au-dessus de leurs demeures ordinaires, il n'y a pas d'enseignes publicitaires au néon pour attirer le chaland, pour l'alpaguer, pour le prendre comme un insecte qui se fera irrémédiablement griller.
Les hommes de lumière n'ont rien d'êtres exceptionnels. Ou plutôt si, ils savent simplement comment s'y prendre pour que la mèche trempe dans l'huile et que la flamme puisse jaillir.
Il faut cependant veiller à ce qu'ils ne disparaissent pas. Il y a tellement de gens qui actionnent l'interrupteur pour faire jaillir des projecteurs éblouissants d'eux-mêmes, de sorte que la flamme de la lampe à huile apparaît bien terne et bien inutile... Ils actionnent l'interrupteur... Il porte bien son nom celui-là qui se charge d'interrompre !
Il y a peu encore, quelqu'un me disait, dans un échange privé, que j'étais différent de celui qui s'exprime sur ce blog. Si certains de ma famille me lisaient, ils seraient bien étonnés du personnage qu'ils découvriraient. Mes enfants, avec lesquels j'ai parfois échangé profondément ignorent bon nombre de mes pensées, ainsi que des pans de mon histoire personnelle. Mes amis les plus intimes s'interrogent à l'occasion de certains de mes propos qui ne correspondent pas à l'image qu'ils se sont forgés de moi. Quant aux lecteurs de ce blog ils n'accèdent qu'aux aspects de moi que je veux bien aborder, de la manière que je choisis, et dans un cadre que je délimite. Moi-même, qu'est-ce que je connais des méandres de mon psychisme et de mes profondeurs les plus secrètes. Combien d'idées toutes faites je ne véhicule pas sur moi-même ! Idées vraies parfois, idées fausses à certains moments, perceptions insuffisamment déchiffrées à d'autres. Refus d'accepter certaines réalités, déformation d'autres, manque de lucidité sur certaines choses, confusion de divers plans.
À cela il faut ajouter les conceptions que l'on peut avoir sur *l'homme en général*, ses modes de pensée et de fonctionnement, l'organisation de son psychisme, sa raison d'être, sa destinée, etc. autant de facteurs qui influencent la manière dont on se voit et dont on se montre.
Avons-nous une nature première, un potentiel d'origine, unique et original dès l'abord, qu'il faudrait faire émerger pour qu'il se réalise au fil des années ? Sommes-nous au départ des sortes d'animaux tous semblables, qui ne se différencient que par influence du milieu et par éducation ? Sommes-nous aptes à nous construire de toutes pièces une personnalité entièrement fabriquée par nos soins, à partir de la seule volonté personnelle, avec certes quelques contraintes basiques et physiologiques (et encore... On peut changer de sexe par chirurgie... Changer la couleur de sa peau, ses yeux, ses seins, ses fesses, ses cuisses, grossir, maigrir, rajeunir,...) ?
Peut-on finir par devenir le personnage que l'on a ardemment désiré construire ? Ou bien finit-on par être celui que d'autres ont désiré que nous soyons ? (nos parents, un conjoint, une personne influente, un milieu, une entreprise, etc.)
Pour en revenir à la blogosphère de l'intime, combien de blogueurs finissent par se composer un personnage parce qu'ils sont sortis de l'anonymat, (le bloc se dépersonnalise) ou parce qu'il ont accédé à un certain succès (le bloc s'oriente vers une forme unique de contenu, où il se nivelle par le bas pour générer du trafic). Ce n'est donc plus une personne qui livre l'intime d'elle-même, mais un personnage virtuel en représentation. L'un est-il meilleur que l'autre ? peu importe... Ce qui est certain c'est que l'on n'est plus dans le même registre...
Il y a une forme d'autocensure qui nécessairement s'installe à l'insu même de l'auteur, le tout est de voir ce qui la génère. L'autocensure peut provenir d'un besoin légitime de protection de soi. On ne se met pas à poil devant n'importe qui, ni en toutes circonstances. L'autocensure peut venir du regard supposé du lectorat et plus spécifiquement de ceux connus ou rencontrés *en live*, que l'on risque de croiser dans la vie quotidienne. (Famille, enfants, amis, relations professionnelles...).
Je crois que l'auteur d'un blog est toujours un personnage en représentation dans le monde virtuel. Parce que, par définition, le blog est un théâtre public blogosphèrien. Dès que l'on se montre, on se met en scène. Dans le meilleur des cas, on joue de son propre personnage. Mais il y a nécessairement la déformation de l'acte théâtral, du voir, du donné à voir, à lire. Et le personnage se travestit toujours quelque peu pour être sous un jour favorable. Même si ce travestissement consiste à se montrer plus noir qu'il n'est en réalité, dans la mesure où il y trouve son avantage. (Un peu comme celui qui dans la vie est sans cesse larmoyant et à se plaindre, pour attirer l'attention et [croire qu'il va ainsi] se faire aimer... Ou l'inverse ! Celui/celle qui déconnait à tout propos et avait toujours le sourire, et dont on apprend qu'il/elle est hospitalisée pour tentative de suicide...).
Qu'en est-il pour moi ? Probablement que je procède un peu de tous ces cas de figure... AlainX à la scène, Alain en ville...
Je viens de passer trois excellentes journées au bord de la mer. Il faut dire qu'il a fait un temps magnifique. En chemisette sur le balcon un 10 février est assez rare en bord de Manche. Hier, lundi, malgré les vacances scolaires débutantes, il n'y avait quasiment personne. C'est ce que je préfère. La mer désertée. Avec ma compagne, nous avons fait une longue balade, une sorte de sentiment d'être seuls au monde et que tout est à notre disposition. En ces instants, ce que nous ne possédons pas nous appartient.
Parfois, j'aimerais vivre hors du monde. Je veux dire loin de tout, de la marche du monde, de l'actualité, de l'économie, du politique, ne plus lire, ne plus ententre, ne plus voir quoi que ce soit concernant la Sarko-Monarchie, [si j'ai bien compris ce qui se passe à Neuilly, la France a déjà un Dauphin ?!?]. Les années passant, tout cela me paraît tellement vain et accessoire. Hier, l'essentiel était le balancement des vagues. Le flux et le reflux. À regarder ainsi longuement la mer, à se laisser imprégner par le bruit du ressac, celle-ci nous apprend beaucoup sur le rythme de la vie et la sagesse dans laquelle il est possible d'entrer. La vague est berçante de l'âme, accueillante de larmes, elle enseigne peu à peu. Elle amène du fond des âges le murmure de son expérience sans cesse recommencée. Sans cesse. Question de temps.
Film vidéo familial (*) : Intérieur jour. Chambre d'enfants. Une fillette : Aurore, environ six/sept ans ; sa petite soeur Sidonie, environ trois/quatre ans. Gros plan sur Sidonie devant son beau cahier de coloriages, tenant fermement le feutre de couleur, le bout de la langue qui dépasse, signe d'une grande concentration.
Dialogues :
- Sidonie (voix plaintive) : « Aurooooore... Mais lààà, il y a pas de modèèèèèèèle !... » - Aurore (voix enjouée) : « Alors tu choisis les couleurs comme tu veux, Sidonie ! » - Sidonie (presque désespérée) : - « Oui mais, c'est comment comme je veux... ??! »
Il est bien difficile l'apprentissage de la liberté...
(*) A la camera AlainX... Les prénoms des actrices ont été changés...
J'ai écrit une troisième partie de mon « voyage » mais je ne la publierai pas, en tout cas pas pour l'instant. Une retenue intérieure s'impose à moi, je ressens l'importance de respecter cette réticence. Comme une préservation.
Dans les commentaires récents, il y a cette phrase : « "Pauvre AlainX, trop analyste pour être mystique". » Avec l'écrit, on a les paroles mais pas la musique. J'ignore donc dans quelle tonalité ces propos sont proférés. Ce qui est clair c'est que ce genre de phrases m'incite à la fermeture. Comme une sorte d'automatisme. Comme ces plantes à cils vibratils que l'on effleure et qui se referment.
Je ne fais pas de procès d'intention à l'auteur, ce genre de phrase est souvent prononcé avec l'inconscience de ceux qui n'ont pas encore compris grand-chose au respect nécessaire en certaines circonstances. Cependant, tout propos comporte sa vérité. En l'espèce je retiens l'adjectif « pauvre ». L'auteur ne croie pas si bien dire, c'est ce que j'espère devenir : un pauvre. Ma démarche est en effet celle d'un dépouillement, un dépouillement volontaire et à la mesure de ce que j'en décide. Ce qui me déplaît dans ce genre de phrase, c'est le côté arrachement et les jugements qu'il comporte. Mais j'ai accepté ce jeu, en laissant ouvert une boîte de commentaires. (Ce qui ne fut pas toujours le cas...).
Le mystique (qu'en effet je ne suis pas) a la chance de disposer d'une grande richesse dont il se targue, celle de connaître Dieu et d'en être son intime. Il a le confort extrême du croyant. Ceux qui croient en Dieu auront la chance de le posséder, Avila comme une amante jalouse, Jean de la Croix comme une quête possessive sans relâche. Et chacun de crier : « MON Dieu ! MON Dieu ! » ... Comme Harpagon criait : « MA cassette MA cassette... ». Dieu apporte le confort de sa riche présence, il prête à crédit les richesses de son paradis, à condition que l'on croit en lui... Il revendique les intérêts de son prêt... C'est bien là tout le problème...
J'ai mis en titre la tentation du riche, j'aurais pu mettre la tentation de Dieu, la tentation du Croire. Car finalement elle est bien commode cette pente douce vers les bras de la divinité improbable. L'éternelle recherche matricielle universelle, globalisante. La grande explication définitive du : "j'étais là avant vous, c'est pour cela que vous êtes". L'homme a besoin de s'inventer un *avant*, et d'espérer un *après*. L'expérience de l'analyste ne permet que d'observer un *étant* et de vivre ce que l'on pourrait appeler un *consentement à l' *étant*. Alors oui, pauvre AlainX, pauvre dépouille intellectuelle se contentant du réel observé. En ce compris le réel transcendant du coeur de l'Homme. Le réel de mon propre coeur. Pas plus, mais pas moins. Là réside ma pauvreté, celle que je revendique.
Comment va-t-il être possible de poursuivre en public ma réflexion d'hier, dans la mesure où je parle des profondeurs et de l'incommunicable. Il est une zone de l'existence, celle qui est la plus profonde et la plus intime et la plus personnelle, qui échappe au moyen d'expression par le langage et même, probablement, qui échappe à toute expression extériorisée. Et pourtant, il y a cette terrible envie, ce terrible besoin d'essayer de communiquer l'indicible, comme si cela était une nécessité du coeur de l'homme.
Pourquoi donc cet appel d'un amour total éternellement espéré ? Pourquoi réside-t-il dans les profondeurs du coeur de l'homme s'il ne peut être assouvi. Car aucun amour humain, si intense et désintéressé soit-il ne peut offrir à l'homme la reconnaissance totale à laquelle il aspire. La proximité radicale par laquelle l'homme serait absolument reconnu et aimé, est l'incessante quête des amants. Et lorsque ceux-ci s'engagent pleinement dans la croyance qu'ils ont d'atteindre une fusion totale, voici tout à coup que cela leur échappe et que s'ouvre la béance douloureuse de l'intense frustration qu'ils seront à jamais incommuniqué l'un par l'autre, l'un dans l'autre. Et pourtant, certains n'auront de cesse que de recommencer, et recommencer encore leur poursuite de la chimère fusionnelle et éternelle. Ou même d'espérer une altérité comblante qui ferait l'autre, certes différent, mais tellement semblable à soi qu'on s'y reconnaîtrait tel Narcisse... À l'opposé, la déception face à l'incapacité de générer des relations parfaites (c'est-à-dire identiques à celles dont on rêve), entraînera le repliement sur soi, l'isolement et le refus de tout engagement affectif. Chat échaudé craint l'eau froide...
Force est de constater que la proximité totale, l'absolue reconnaissance ne peuvent nous être offerts par aucun humain, et qu'un gouffre d'incommunicabilité séparera toujours les individus. Faudra-t-il se contenter de cet amer constat, faudra-t-il s'en accommoder et tenter de vivre malgré tout dans le renoncement à ce qui est pourtant le désir le plus intense de l'homme ?
Si on ne peut espérer ce comblement intense de notre semblable, d'un autre humain, de qui peut-on l'attendre ? Et d'ailleurs faut-il l'attendre ? et puis qu'en est-il de cette reconnaissance-là ? Je désire que soit reconnu et aimé quoi ? Quoi de moi ? Ce que j'ai fait ? Mes qualités ? Ma valeur ? Mes croyances ?... Que sais-je encore... De qui puis-je dire : celui-là/celle-là qui m'a le plus reconnu et m'a le plus comblé à ce niveau. Je remarque que je parle plutôt de reconnaissance et moins d'amour. En réalité c'est sans doute là le sommet de l'amour cette reconnaissance ultime... Mais de quoi ?
Un peu de ce que j'ai cité plus haut, certes... Mais c'est encore bien insuffisant. La reconnaissance que j'attends et celle de mon coeur le plus profond, là où justement il relève de l'indicible, de l'incommunicable, comme je le disais plus haut. Or donc, cette reconnaissance ne viendra jamais d'un autre humain, aussi « parfait » soit-il !
D'ailleurs, lorsque je plonge dans ce lieu le plus ultime de moi, celui que j'ai déjà évoqué çà et là dans d'autres entrées, je n'aboutis jamais à une rencontre humaine. Les humains ne sont pas à cet endroit, et moi-même y suis-je réellement d'ailleurs. Je veux dire, en tant qu'humain, puis-je accéder à ce lieu de moi-même qui me dépasse, qui dépasse mon *entendement*.
Ai-je vraiment réalisé qu'insensiblement je m'étais mis en marche. Probablement que non. C'est après les fêtes de Noël que le processus a commencé à s'engager réellement. Évidemment, c'était une étape ce Noël-ci. Une étape particulière. Et puis il y eut les rencontres de ces dernières semaines. Et puis il y eut quelques événements qui m'ont donné à réfléchir d'une manière particulière. Il était nécessaire que je me fasse attentif à tous les appels finement distillés et que moi seul pouvait véritablement écouter au fond de moi. Évidemment, on peut toujours les entendre mais ne pas les écouter. C'est d'ailleurs ce que l'on fait le plus souvent. Généralement sous couvert d'écoute de soi-même. Mais c'est alors l'écoute dans sa dimension narcissique, c'est-à-dire celle qui n'accueille pas l'altérité et se contente de projeter sur les autres son rêve intérieur ou son désir. L'autre est toujours un *menaçant* tant que l'on est dans la recherche de soi-même. Je veux dire, tant que l'on est dans cette recherche narcissique du semblable à soi.
Sans doute étais-je retombé dans cette recherche-là. Insensiblement. Comme une descente en pente douce.
Dans la recherche narcissique, le désir trouve sa fin en lui-même. Son assouvissement est en boucle. Le désir se bloque sur l'objet ou les objets immédiatement recherchés. Il est donc source d'esclavage. Alors que la recherche fondamentale est celle de la liberté. Or, la véritable liberté intérieure, c'est la possibilité de tendre vers autre chose que l'objet du désir.
C'est ce mouvement-là que je risquais de quitter. Avec ce paradoxe d'être à sa recherche. Cela me fait penser à l'histoire de ce type qui, la nuit, cherche ses clés sous un réverbère, sans toutefois les trouver ; et l'autre de lui demander : vous êtes sûr de les avoir perdues ici ? Et le premier de répondre : non, je les ai perdues là-bas, mais il fait trop noir à cet endroit-là, alors je les cherche ici parce qu'il y a de la lumière...
J'ai toujours aimé cette petite histoire. Elle est destinée à faire rire, mais elle comporte un enseignement fondamental. Elle fait rire parce que le comportement est irrationnel. Et pourtant c'est ce comportement-là que nous adoptons le plus souvent. Chercher dans la lumière ce qui relève du secret absolu de la nuit, par crainte de ne rien trouver dans les ténèbres. Il aura beau faire ce brave type, jamais sous le réverbère il ne retrouvera la clef de sa vie... Tant qu'il ne sondera pas l'infini profondeur obscure de l'incommunicable et de l'incommuniqué en lui.
Ma plongée dans le passé se continue avec la numérisation de mes vieilles cassettes. Mes enfants avec leurs petites voix enfantines, des fêtes de famille, la fête de l'école, des chansons en karaoké, d'autres chantées en famille, accompagnées à la guitare par ma compagne, etc. tout cela est évocateur de mille et une sensations-souvenir qui rejaillissent comme cela comme des petites explosions intérieures non maîtrisables, imprévisibles, qui remuent plus de choses que je ne le croyais. Il y a aussi les cassettes qui étaient des copies de disques pour la voiture, et je réalise que j'écoutais certaines choses qui me seraient aujourd'hui quasiment insupportables... Cela permet de constater mes évolutions de manière tangible.
Lorsque je travaillais sur moi-même, je prenais les choses comme elles se présentaient à partir de mon vécu du moment, de mes sensations de l'instant. Puis, je tirais le fil de l'écheveau pour remonter dans mon histoire telle que mon psychisme la livrait alors. Je demeurais fidèle à ce ressenti qui m'apprenait des choses sur moi ou me faisait revivre des traumatismes enfouis. J'ai rarement utilisé d'autres techniques délibérément provocatrices d'éléments que l'on n'est pas forcément prêt à accueillir, parce que j'estime qu'alors se lèvent plus de défenses que ne se résolvent de problèmes. Et par ailleurs, le revécu pour le revécu ne m'intéresse pas dans la mesure où il ne peut s'accompagner d'une analyse. (Sauf l'expulsion de bouffées de souffrances sous forme primitive). Mon travail de numérisation de cassettes n'a évidemment pas d'objectifs thérapeutiques ! Et cependant c'est quand même une forme de travail intérieur qui s'effectue par ces plongées en apnée dans des eaux hasardeuses du lointain, qui, d'une cassette à l'autre, me ramènent tantôt 15 ans en arrière, tantôt 40 ans... À peine je remonte en surface pour bidouiller dans le logiciel, effacer les bruits parasites, poser des repères d'écoute, etc. que me voici replongé dans une autre tranche de ma vie, parfois oublié quasiment. Sans compter les cassettes au titre incertain ou mal étiqueté et qui réservent des surprises... Je réalise que le son a pour moi un pouvoir émotionnel bien plus évocateur que l'écrit et que l'image. Finalement, je préfère les cassettes-son que les vidéos que l'on a pu faire plus tard.
Ce matin, je disais à ma compagne que je n'allais pas en sortir indemne ! Je suis parfois saisi d'une intense nostalgie à ces évocations inattendues. Je revois les personnes et les événements « comme si c'était aujourd'hui ». Étranges impressions. Il y a des dialogues avec mes filles et j'observe à travers ma voix le père que j'étais alors. Parfois je n'ai pas l'impression que c'est moi. Je suis étonné de ma proximité avec elles, moi qui ai toujours eu ce sentiment d'incapacité à être un père à la hauteur. Or, il me faut bien le reconnaître, je n'ai pas été si mal que cela... Et il arrive à mes filles d'en rendre témoignage à l'occasion. Seulement voilà, l'image d'un mauvais père m'a toujours collé à la peau. C'est à la fois triste, et à la fois ce fut comme un moteur, car je n'ai eu de cesse que d'essayer d'être un meilleur père, comme une obligation que je m'étais faite, sans trop savoir pourquoi j'y attachais autant d'importance. Je ne pourrais compter le nombre d'entretiens d'aide où j'ai abordé cette question de ma paternité. La relative réussite de l'éducation de mes filles je la mettais toujours sur le compte de ma compagne qui a toujours été une mère « un peu trop bonne en somme » comme lui chantèrent dans le temps nos enfants pour son anniversaire en parodiant Jean-Jacques Goldman.
Mais surtout il y a ce sentiment que mon histoire de vie est largement derrière moi. Je ne sais pas si j'aimerais avoir un nouveau ticket. Parfois oui, parfois non. Refaire le voyage autrement ? À supposer que cela soit possible, est-ce que je ne referais pas exactement les mêmes choses. Je veux dire, au niveau des grandes orientations de ma vie. Évidemment il y a tel ou tel événement dont je ne suis pas fier et que j'aimerais pouvoir effacer, mais pour l'essentiel, ai-je quelque chose à regretter ?
Quand à l'espace de vie qui demeure encore en avant (biens que je puisse mourir cette nuit, et même tout à l'heure), je ne l'envisage plus avec un réel projet qui ait un minimum d'ampleur pour me booster dans une mise en oeuvre. Mais, j'ai déjà parlé de tout cela....
Hier au téléphone, je discute avec quelqu'un. On me dit que je suis dur dans mes propos. On me renvoie des paroles sur le registre : « tu es dur avec moi ». En réalité, j'exprime un désaccord, concernant un certain choix que fait cette personne. Il y a la personne : quelqu'un que j'apprécie beaucoup. Il y a le choix qu'elle fait : je trouve qu'il est insuffisamment analysé, il y a de la naïveté, un manque de recul, de clairvoyance. Une sorte de « oui » donné dans l'enthousiasme sur un projet qui semble par ailleurs complètement flou dans l'esprit de la personne qui a dit oui. En disant tout cela, je réalise que finalement, sans que cela soit mon intention, je déstabilise la personne.
De fait, moi non plus je n'ai pas pris assez de recul dans mes réactions. Finalement : de quoi je me mêle ! Et puis, quelle est la valeur de mon avis ! ? Je n'avais pas moi-même tous les éléments et j'induis une sorte de suspicion. Moi aussi je me précipite dans une réaction ! Je sais que ce que je dis à un certain poids auprès de cette personne. Sinon d'ailleurs elle ne me solliciterait pas ! Alors, raison de plus pour être moi-même plus performant, j'allais dire « plus professionnel », au sens de méthodique et posé.
Lorsqu'on est comme ça dans la réaction précipitée, on est beaucoup plus partisan que conseiller. On opte à priori pour « quelque chose » à partir de *grilles* préétablies, de référentiels préconçus, d'opinion préalable.
En l'espèce, j'avais deux à priori. ** Le premier sur la personne : une certaine naïveté. Donc, j'ai dès l'abord une position consistant plus ou moins à penser : est-ce qu'elle ne s'est pas encore à moitié fait rouler dans la farine...? et cet à priori va me pousser dans cette direction dans ma manière de réagir.
** le deuxième, sur son interlocuteur à elle : il est dans un secteur professionnel qui n'a pas facilement grâce à mes yeux. Un secteur où elle pourrait être utilisée à son insu à des fins qu'elle ignore. Et cet à priori accentue mes réactions de type méfiance.
Mais deux a priori ne sont pas faux. C'est là le piège ! Le problème c'est que je les mets en avant, plutôt que me livrer à une analyse plus objective des éléments de la situation, avant d'émettre une quelconque opinion. Car en l'espèce, la personne a peut-être été largement clairvoyante, et l'interlocuteur n'a pas forcément les présupposés que je lui porte.
Le pire, c'est que j'avais un peu tout cela qui flottait en moi, je veux dire que je voyais moi-même dans l'instant que ma manière d'être et de faire n'était pas la plus ajustée, mais j'ai laissé couler... Certes, je ne disais pas que des idioties, mais je me laissais emporter par la vague facile de mes propres réactions de surface, plus ou moins épidermiques. J'ai manqué de rigueur avec moi-même.
Il est des moments où le laisser aller et l'abandon doivent présider. Il en est d'autres où c'est tout le contraire. Une bonne maîtrise de soi doit être première.