mercredi 20 février 2008
L'amour et après...
Que devient l'amour envers ceux que l'on a aimés et qui ne sont plus là ? (morts ou disparus de nos vies).
Il est des amours qui meurent, et d'autres qui demeurent. Il est des amours que l'on n'oubliera jamais, et d'autres dont on a même oublié le nom. Il faut croire qu'ils n'étaient pas de même nature.
Ce doit être une question d'intensité, de profondeur dans la gravure en nous. Certaines amoures sont marquées au fer rouge, d'autres ne nous ont qu'à peine effleurées.
Et puis, (Pivoine posait récemment la question), qu'est-ce que aimer ?
Je vois bien dans ma vie les amours où je n'ai fait que me rechercher moi-même, où je suis allé à la quête d'une reconnaissance nécessaire, celle qui m'avait manqué et que je réclamais éperdument. À ces femmes-là j'ai crié des "je t'aime", qui n'étaient que des supplications du "aime moi" ! Qu'en reste-t-il aujourd'hui si ce n'est le souvenir attristé de blessures qui ont saigné longtemps... Parce que mes cris n'étaient pas entendus, parce que les réponses ne pouvaient qu'être décevantes. Les instants éphémères des plaisirs intenses ne compensaient pas le gouffre du manque qui ne faisait que se creuser plus profond.
Et lorsque l'autre à la même quête effrénée d'amour de reconnaissance, la déchirure n'en est que plus intense.
Pour faire sens, on noie tout cela dans un romantisme larmoyant, on en appelle à Lamartine, à Baudelaire, en griffonne des poèmes insipides que l'on croit lumineux.
Et puis, il y aura M.D., mon amour à bascule. Celui qui me fera comprendre dans la douleur mes contradictions internes, parce que je ferai l'expérience de la générosité du don de moi, et la puissance de souffrance de l'absence de retour. Je ne revendiquais pas que l'on m'aime, je souffrais de ne pas recevoir ce que j'avais l'audace d'estimer légitimement dû. Elle se laissait aimer sans rien donner d'elle-même véritablement. Ce n'était pas un partage enrichissant, juste un investissement à fonds perdus. Je n'ai jamais réussi à nourrir de sentiments négatifs envers elle, j'allais dire malgré mes efforts, parce qu'elle ne m'a jamais rien promis, parce qu'elle prenait sans retour, avidement, par nécessité quasiment vitale. Je devenais une sorte de tout pour elle, alors que je n'étais que rien.
Cet amour-là, si étrange, a laissé dans ma chair sa marque indélébile et son enseignement permanent. Curieusement, c'est peut-être la femme que j'ai aimée avec le plus de « gratuité », et celle qui m'aura fait le plus souffrir, parce qu'elle, d'elle-même, elle ne me donna strictement rien. J'ai payé le prix du non retour. J'ai compris que ce prix était exorbitant et qu'il y avait une faille profonde en moi, une béance dont il devenait urgent de se préoccuper. La rupture avec M.D. fit poindre l'aube de ma renaissance, pour ne pas dire de ma naissance affective d'adulte.
Il y a des amours mortes dont il est bon qu'elles soient défuntes. Je risque parfois de les traîner comme des dépouilles, des inachevées, des regrets éternels de ce qui aurait dû être. Mais ce sont comme les feuilles d'automnes qui ont à devenir terreau pour que l'arbre pousse plus loin ses bras amoureux.
Il ne faut pas ramasser les feuilles d'automne pour les serrer dans des livres de romance lue et relue sans cesse. Il faut les laisser devenir terreaux par abandon d'un passé révolu.
Je dis cela aujourd'hui, mais j'ai mis beaucoup de temps à le comprendre. Il est une manière néfaste d'entretenir le rapport à sa propre histoire affective. À ses amours déchues. On s'use les yeux de l'amour possible d'aujourd'hui à se repasser en mémoire ces vieilles vidéos des souvenirs achevés. Bien souvent, ils nous referment et éteignent l'élan vital du coeur. Car, on ne sera jamais véritablement humain, sans la permanence d'élans d'amour vers l'autre. Quand bien même il faudrait à nouveau souffrir. Seuls les cadavres et les coeurs secs ne souffrent plus... Et encore...
Libellés : De l'intime, Réflexions

AlainX 9:14 AM
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