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AlainX

 

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lundi 29 octobre 2007

 

Flottements

Les quelques rares fidèles lecteurs qui ne connaissent depuis un temps plutôt long, se souviennent peut-être que la période actuelle m'est difficile à vivre. Je fais allusion à ce que l'on appelle parfois « le syndrome d'anniversaire ».

Ma difficulté est de type du syndrome de l'oeuf et de la poule !
Est-ce qu'en pensant à cette période anniversaire (et il m'est impossible de ne pas y penser...), je favorise la survenue de mes malaises corporels, qui certaines années se sont traduits par de graves ennuis et des hospitalisations à cette époque-ci de l'année, ou est-ce que je suis « victime » de phénomènes curieux et obscurs qui dépassent largement mes capacités à gérer tout cela.

Où est donc ma liberté ?
Certes, je suis comme tout un chacun en proie aux déterminismes qui brident inévitablement notre liberté personnelle. Et il n'est parfois d'autre choix que celui de l'acceptation, à défaut d'une révolte vouée à l'échec.
Certes, nos sociétés modernes marquées par un infantilisme désastreux du « tout est possible » tendent à nous faire croire (et c'est la plus élaborée des arnaques) que nous pourrions faire tout ce que l'on veut, toujours, et partout. En quelque sorte il suffirait de vouloir pour pouvoir.

Quelle est ma marge de manoeuvre ? Et quels sont les attitudes que je dois adopter ?
je viens de passer plusieurs jours où j'ai multiplié les somatisations. L'an dernier, à même époque, j'étais transporté aux urgences parce que je venais de titiller le nombril de la mort.

Ma compagne me rassure ! « Ce n'est jamais deux années de suite ! »
Youpi !
Il n'empêche, elle s'est arrangée pour ne pas programmer de déplacements lointains durant la première quinzaine de novembre...

Il y a quelques années je m'étais pris les pieds dans le tapis du transgénérationnel. Un collègue/ami avec qui j'avais évoqué ces scénarios répétitifs m'avais fait connaître la théorie développée par Anne Ancelin Schutzenberger (cette petite vieille de 88 ans toujours vaillante...).
La théorie d'Anne consiste à dire que nous payons les dettes du passé de nos aïeux par une sorte de « loyauté invisible » qui nous pousse à reproduire des événements et situations douloureuses. Pour s'en sortir, il faudrait renouer avec une histoire familiale et dénouer certains écheveaux de liens complexes tissés dans le passé. J'ai lu plusieurs de ses ouvrages sans pour autant être totalement convaincu. C'est toujours ennuyeux lorsque les gens qui posent un principe théorique finalisent ensuite celui-ci par des démonstrations interprétatives.
Les pistes que j'ai explorées dans cette direction ne m'ont pas fait déboucher de manière satisfaisante. Aidé par mon frère, qui a écrit une histoire de la famille comme un véritable enquêteur de police après avoir consulté des milliers de documents écrits d'archives familiales accumulées, j'ai pu seulement faire certains liens de dates dans ma lignée paternelle. Je trouve quand même là certaines étranges coincidences... Mais je n'ai pas réussi à retrouver cette *loyauté invisible* dont parle Anne.
En outre, cette approche par l'extérieur et sur un fond de théorie quelque peu préexistante, n'est pas celle que je privilégie. Je préfère, de loin, la démarche d'analyse des ressentis personnels et la remontée dans le passé par le biais des sensations et non pas par celui des souvenirs conscients, que ce soient les miens ou ceux des autres. La confrontation à une vérité objective, si tant est qu'elle existe, ne peut être qu'une confirmation bien a posteriori.

Ce que je vis durant cette période ressemble plus aux syndromes post-traumatiques, et au syndrome de répétition, décrit dans la littérature relative à ce genre de situation (guerre, attentats, agressions, etc.). Mais en même temps cela s'en éloigne dans un certain nombre des effets. J'ai en effet tendance à me remettre « de moi-même », (si je puis dire ainsi), dans une nouvelle situation traumatique, à l'image de celle initiale de novembre 19xx. Et ceci évidemment sans une volonté délibérée.
J'ai quand même vécu un certain nombre « d'accidents » (au sens large du mot) dans les jours qui entourent cet anniversaire fatidique, et ce depuis des années et des années.
La difficulté que je rencontre actuellement, est celle de me situer dans une sorte de fatalité incontournable qui par avance n'affaiblit en me rendant de fait plus vulnérable. Et je retrouve là mon oeuf et ma poule !... Lequel des deux a commencé... et de quoi est-ce que je fais le jeu).

Alors, je me sens dans une sorte de flottement.
Frêle esquif ballotté sur les eaux, tout autant que le voilier solide et fiable capable de traverser les tempêtes. Je m'observe comme en continu, tel le navigateur attentif à son navire, à la météo, au cap à tenir.
Par moments j'ai la crainte de l'avarie, du rocher inattendu sur lequel je pourrais me fracasser ; à d'autres, je me sens pleinement confiant dans ma capacité à traverser sans encombre cette tempête de la première quinzaine de novembre.

Évidemment, penser le malheur ne le fait pas survenir. Encore que... (En ce domaine il y aurait beaucoup à dire sur le *satanisme* [par exemple] et les mouvements actuels dans ce sens, bien plus dangereux que les petits diables que nous brandissaient les curés !!! ). Tant que l'on nous promet un châtiment dans un au-delà improbable... cela n'engage que ceux qui y croient... Il en va tout autrement des pratiques sataniques en ce bas monde, et des dégâts psychiques qui peuvent en découler et que j'ai pu constater par moi-même chez un certain nombre de personnes que j'ai côtoyées et aidées.
Il est certaines forces subtiles desquelles il ne vaut mieux ne pas trop s'approcher. La sagesse populaire disait : "lorsqu'on veut déjeuner avec le diable il faut une longue cuillère"... Je suis témoin de la valeur de cet adage !

Je fais allusion à celà parce que, pour rester dans une métaphore, il est aussi hélas possible d'être le Satan de soi-même...
J'aurais tendance à penser que cela nous arrive plus souvent qu'on ne le croit...
Satan enchaîne.
La Lumière de Vie libère. (Dieu libère, dira un "croyant").
En ces jours je me sens frontalier entre ces deux territoires antinomiques.
Il n'est donc pas anormal que je ressente une intense fatigue dans ce combat singulier...

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vendredi 26 octobre 2007

 
Du blog et de diverses choses.

Qu'est-ce donc qui nous pousse sans cesse à étaler nos vies sur nos blogs ? Évidemment, on peut avoir des explications toutes faites du style : "c'est de l'exhibitionnisme". C'est bien commode, en référer à un concept plus ou moins clair, plus ou moins flou, et le tour est joué.

Dans la vie sociale ordinaire, celle de tous les jours, on n'étale pas l'intime de soi véritablement. Certes on fait part de quelques sentiments simples à l'égard de telle ou telle personne, de tel événement, de l'actualité. Le voisin m'énerve, mon collègue me fait rire, ma DRH m'excite, Sarkozy me fait peur, ma femme m'ennuie. Avec de rares amis, avec quelques proches, on va plus loin, mais jamais aussi loin que dans le dévoilement de l'intime que l'on voit sur les blogs. Et d'ailleurs, ceux qui en communiquent l'adresse à leurs proches déclarent la plupart du temps que ceux-ci sont étonnés de découvrir des aspects d'eux jusque-là ignorés.

C'est un peu la même chose à la télévision semble-t-il, bien que je ne la regarde pas beaucoup. De plus en plus d'émissions sur le dévoilement de l'intime, avec évidemment tout l'aspect du croustillant et du glauque qui fera de l'Audimat.

La génération de nos parents parlait peu. Les sentiments étaient rarement exposés. L'amour, la tendresse, les gestes d'affection ne se manifestaient guère. Les sentiments négatifs, les douleurs personnelles, le mal-être, tout cela on le gardait pour soi, à l'intérieur. En tout cas, c'était ainsi dans ma famille, et j'ai entendu souvent d'autres personnes dans ces mêmes tonalités.

Mon grand-père paternel était un grand silencieux. Mon frère qui l'a connu plus longuement que moi, me disait qu'il voyait une grande détresse au fond de ses yeux. Ce grand-père qui avait connu Verdun, et dont l'un des fils fut « tué par les boches » comme il disait, fut veuf deux fois. Mais de tout cela il ne parlait pas. Ni des faits, et encore moins de ses sentiments. Trop douloureux sans doute. Il valait mieux s'anesthésier. « Les grandes douleurs sont muettes », dit-on.
Mon père, orphelin de mère, son frère tué, qui fut élevé par des tantes à la chaleur distante, était tout aussi silencieux. Qu'ai-je pu connaître de ses sentiments profonds, si ce n'est ce que j'ai cru en deviner. Parfois, le matin, lorsque j'étais adolescent, au petit déjeuner dans la cuisine, en tête-à-tête avec moi, il se laissait aller à ces simples mots : « j'ai le spleen... », tournant la cuiller dans son café, les yeux dans la tasse. Je le regardais, surpris de ses propos. Moi aussi je gardais le silence. Que dire ? Tout se vidait en moi. Avec le recul, il me semble que j'entrevoyais une profonde détresse qui devait probablement toucher au sens de sa vie et s'enraciner dans des blessures profondes. Mais qu'est-ce qu'un adolescent peut en comprendre. Et d'ailleurs on n'est pas là pour être le confident de son père. On n'a pas l'âge en tout cas.

Se confier est un besoin fondamental, quasiment vital peut-être. Être compris dans la confidence est encore mieux. Le/la jeune enfant commence avec sa poupée/son ours, objet indispensable à une saine structuration de soi. Robinson Crusoé ne peut se passer de Vendredi. Le blogueur ne peut se passer de son blog !

Le besoin d'écoute et de compréhension est intense. Je le sais chez les autres. Je le vois pour moi. Mais le marché est étroit. La demande est forte, l'offre d'écoute est faible !
Qui plus est, l'écoute de qualité est rare....

Dans les générations précédentes, il me semble que le sens commun était qu'il ne fallait pas parler de « tout cela ». Peut-être que l'on côtoyait plus de malheur qu'aujourd'hui : guerres, décès d'enfants, vies rudes, maladies, épidémies ... Et que ne pas parler, chercher à oublier, était la seule solution jouable. D'ailleurs, pour certains cela ne marche pas si mal. Quand je vois ma belle-mère et sa vitalité malgré les lourdes épreuves qu'elle a pu traverser, je me dis que sa « philosophie » consistant à tout anesthésier, à ne parler jamais de rien, à ne revenir sur aucun souvenir difficile et/ou tragique, est sans doute la meilleure qu'elle ait trouvée pour elle. Même si la fragilité et les angoisses affleurent parfois, elles les ravalent aussitôt, avec, je dois dire une certaine aisance que je lui envie parfois. À 83 ans, sans réels ennuis de santé, je trouve que c'est quand même une forme de réussite de vie. Parfois je l'envie d'avoir su occulter avec autant de facilité (me semble-t-il...) les questions existentielles que je ne peux faire autrement que de me poser et qui souvent me taraudent...

C'est sans doute aussi qu'il n'y avait pas beaucoup de questions existentielles à se poser ! La religion catholique dominante avait répondu à toutes avant même que l'on ne soit en age de les formuler. Nous étions formatés dès l'enfance. Le catéchisme et la morale chrétienne avaient tout baliser pour nous et à notre place. À nos questions d'enfants il y avait deux types de réponses : la réponse domestique : « parce que c'est comme ça !» - la réponse religieuse : « parce que Dieu l'a dit ! ». La pression ambiante était suffisamment forte pour qu'on se contente de ce type de réponse à défaut de s'en satisfaire.

Aujourd'hui, on a peut-être gagné en humanité, mais on a certainement perdu en tranquillité. Rien de plus tranquille en effet que d'agir sans trop se poser de questions. Que de suivre une direction décidée par d'autres, fût-ce en râlant tout au long de la route !
Rien n'est plus dérangeant que notre conscience personnelle qui nous titille gentiment de l'intérieur en nous invitant à des actes libres et choisit dans le sens d'une droiture dont la verticalité est un appel rigoureux qui oblige à ne pas se laisser glisser sur la pente douce des attirances appauvrissantes.

Il y a sans doute un prix au bonheur. Celui d'une référence à soi (je veux dire au *moi profond*), un système de valeurs à la fois personnel et universel, lequel comporte je crois une certaine verticalité, qui ne permet pas, sans danger, de faire n'importe quoi de son existence. Le risque est que ce type de discours passe souvent pour un moralisme qui n'est pas. À moins qu'il ne s'agisse d'une morale du bonheur...

Me suis-je éloigné de mon thème de départ. Non. Car ce besoin que j'ai appelé « d'étaler nos vies » ne comporte pas qu'une racine négative de type exhibitionnisme ou valorisation d'une image de soi (même si cet aspect existe) ; il s'enracine aussi dans la nécessité de trouver son chemin par soi-même, pour vivre une vie accomplie et réussie. Or, le chemin qui mène au plus profond de soi est un chemin de dialogue, dialogue avec soi-même (le dialogue intrapsychique), dialogue avec un vis-à-vis, un autre, voire un Tout Autre, qui ne soit pas seulement un « écoutant » (un simple miroir passif), mais un véritable dialogueur de l'intime (une sorte de miroir vivant).

En ce sens, le blog représente une composante complexe, car il comporte quasiment tout cela à la fois. Dès lors, il peut donc être très aidant ou totalement un leurre à la progression si l'on n'identifie pas clairement sa fonction pour soi.

C'est toutefois une expérience intéressante à observer. Si j'avais un peu plus de courage je me livrerai une analyse plus approfondie de tout cela. Mais je n'en ai plus guère... Je me contente de réflexions éparses et peu structurées. C'est sans doute le mieux pour l'instant. Rien de plus pénible que les pédants universitaires qui se sont déjà emparés du phénomène pour l'intellectualiser à qui mieux mieux, dans l'unique objet de leur faire-valoir personnel.
Pour ne pas tomber dans ces pièges, il faudrait déjà que j'analyse ma propre relation à mon blog, et j'entrevois que ce ne serait pas une mince affaire... Il n'est d'ailleurs pas impossible que je le fasse.

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jeudi 25 octobre 2007

 

En pleine forme !

Voilà c'est fait, super ! Depuis le temps que j'attendais... Elle arrive, plus que quelques jours à patienter... Je vais retrouver ma jeunesse et ma vigueur, c'est merveilleux !
La pilule *Éros & Vénus* débarque dans ma pharmacie début novembre. C'est pour nous les hommes et les femmes de 50 ans. Paraît que je vais retrouver une libido d'enfer, mieux qu'un fusil à deux coups, une mitrailleuse lourde. Je vais tirer mon coup sur tout ce qui bouge. Ma compagne va hurler toute la journée : « prends-moi ! Prends-moi ! Sur la gazinière, dans l'évier, contre le congélo, fais-moi le coup du lave-linge et son tambour magique, pistonne moi dans le bac à glaçons du frigo ! ». *Éros et Vénus* : on va en baver de jour comme de nuit.

La pilule est mauve pour ma compagne, marron pour moi, si ça ne marche pas on sera chocolat...
C'est quoi que c'est'ti qu'il y a dedans ? : du trèfle rouge, des graines de lin, des orties, des artichauts des protéines de blé, une pointe de ginseng...
Déjà "ginseng" : la consonance du mot, prononcé façon arts martiaux, avec un ton guttural, ça doit tout de suite faire bander.
Et pour madame, les graines de lin, je suis sûr que c'est pour le côté lubrifiant.
Les orties je suppose que ça donnera du piquant à l'amour. Les artichauts c'est l'aspect érotico-sentimental : effeuiller madame feuille à feuille jusqu'à toucher son coeur. Le trèfle rouge c'est pour la chance. On se dit qu'il y a une chance sur un million que ça marche effectivement...
Quant aux protéines de blé, vu le prix des produits : 40 €, c'est sûr qu'ils vont s'en faire... du blé... (Mais non, je n'ai pas dit des couilles en or, l'expression serait déplacée...).

Et dire que c'est un laboratoire pharmaceutique qui va vendre cette arnaque ! Remarquez, ils ont gardé un soupçon d'honnêteté, puisque le responsable produit déclare : « qu'aucune étude particulière » n'a été menée pour prouver l'efficacité du produit...

Bon, je vous laisse, je file à la pharmacie. Je vais déjà faire provision de préservatifs.
La boîte familiale. Le modèle XXL.
La planète va encore se réchauffer. Je le sens.

(Source : le Monde du 24 octobre)

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mercredi 24 octobre 2007

 
Flottement

Les jours passent et je m'égare.
Comme si le temps ne m'était pas compté.

Un souvenir de lycée me revient. Il était question de choisir entre une vie courte rapidement brûlée par une vie intense, et une longue vie prudente et sage où l'on ménage sa monture. Vu d'aujourd'hui, je trouve la question totalement idiote. Mais à l'époque il me semble que pour la première fois je me trouvais face à une question existentielle. La question d'un choix de vie. Pour la première fois peut-être, j'entrevoyais que dans la vie on avait « la faculté de choisir » et non pas l'obligation à se laisser mener par d'autres ou au gré des vents. Or, vu l'imbécillité de la question, le choix m'apparaissait impossible. Je voulais les deux : une longue vie ardemment brûlée.

J'ai vécu avec ardeur l'engagement de moi-même, jusqu'à ce que ma santé, mes forces physiques, m'obligent à autre chose. J'ai alors quitté un cadre qui, s'il comportait ses contraintes, était aussi un canalisateur.
Alors, j'ai commencé à m'étaler et à me distendre, comme je l'ai évoqué récemment.

Lorsque les eaux ne sont plus canalisées, elles se dispersent et stagnent. Cela peut former des plans d'eau agréable au bord desquels on peut venir pêcher tranquillement. Mais l'eau n'a plus la force du torrent qui fournit l'énergie au moulin...

J'ai perdu toute une forme de rigueur que j'avais avec moi-même. La passivité est une force qui devient pesante. Qui retient en arrière comme un boulet. Le manomètre de mon élan vital est proche de zéro.
Ce n'est pas la première fois que j'ai écrit des propos de ce genre. Et rien ne change dans ma vie. Par moments, avec des sollicitations extérieures, quelques geysers produisent leur énergie, quelques oasis me désaltèrent. Je me donne alors pleinement et je suis assoiffé de poursuivre encore. Puis, je dois chèrement payer le prix. Le prix de l'épuisement, des douleurs qui reviennent, qui me fragilisent et contribuent à me meurtrir davantage.

Je commence 1000 choses et n'en finalise aucune. C'est typique chez moi lorsqu'il s'agit de choses « pour moi » ou qui n'ont pas d'utilité sociale palpable. Quand je travaillais, ce dysfonctionnement était partiellement masqué ; j'avais des raisons nobles de laisser en plan : les obligations, les échéances professionnelles justifiaient de différer ce qui me concernait en propre. J'étais habile et persévérant à défendre les intérêts des autres, mais quand il s'agissait des miens, c'était « quand j'aurai le temps ». Nobles justifications pour ne pas prendre soin de ma juste valeur. Subtil procédé pour demeurer dans une forme de dévalorisation de soi.
Et puis, ces relents catholiques du sacrifice et de l'oubli de soi....
Aujourd'hui, je paye le prix de ces errements, faute d'avoir été attentif à une certaine époque, aux appels de ma conscience qui m'invitait à modifier le cap.

Vais-je tirer les bons enseignements de tout cela ?

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lundi 22 octobre 2007

 
Perspectives

La semaine s'annonce difficile.
Comme un grand vide devant moi. la nécessité de reconstruire. Le besoin de solitude. Le désir de rencontrer. L'appel du large. Le goût de la tanière.

La semaine s'annonce prometteuse.
Comme un grand vide devant moi. la nécessité de reconstruire. Le besoin de solitude. Le désir de rencontrer. L'appel du large. Le goût de la tanière.

La semaine s'annonce décevante.
Comme un grand vide devant moi. la nécessité de reconstruire. Le besoin de solitude. Le désir de rencontrer. L'appel du large. Le goût de la tanière.

La semaine s'annonce exaltante.
Comme un grand vide devant moi. la nécessité de reconstruire. Le besoin de solitude. Le désir de rencontrer. L'appel du large. Le goût de la tanière.

La semaine sera ... ?
... Rendez-vous vendredi soir...

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mercredi 17 octobre 2007

 
Le verdict !

C'est un truc-machin-bidule administratif qui, paraît-il, est périmé.
Donc on me le conteste.

- Je croyais que ce machin avait une validité permanente ?
- Oui peut-être, mais là non !
- pourtant c'est indiqué "accordé sans limitation de durée". La loi a changé ?
- non, la loi est toujours la même. Mais là c'est trop ancien...
- comment ça trop ancien ?
- je ne vous ai pas sur mon écran. C'est trop ancien. Vous n'êtes pas dans l'ordinateur ! Vous n'existez pas !

Et voilà !
Le verdict est tombé !
Je n'existe pas...

Je suis né avant la venue au monde de l'ordinateur.
Alors aujourd'hui je suis un homme administrativement mort...
Qu'importe le papier officiel qu'on envoie en photocopie.
Il faut être dans l'ordinateur...

- Mademoiselle, passez-moi l'ordinateur que je m'explique avec lui...

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mardi 16 octobre 2007

 
Commande passée, exécutée, livrée.

Décidément, les sollicitations n'arrêtent pas. Hier soir, par téléphone, on me demande, pour une autre revue, (tendance psy... évidemment...), un court article relatif à la retraite, sur un ton humoristique. (2500 signes maxi). C'est urgent ! (Comme dab...). Il faut le texte pour ce soir. J'ai dit oui. Pour le coup j'aime bien relever ce genre de petits défis.

En me réveillant au milieu de la nuit, j'y ai repensé. Ce n'était pas fébrile. C'est étrange comme j'ai confiance en moi dans ce domaine de l'écriture. Je me demandais seulement autour de quel thème j'allais graviter. Plusieurs me tournaient dans la tête, sans grande conviction, et je me suis rendormi.

Au réveil, petit-déj' enfilé, je me précipite sur l'ordinateur et je me lance. Lorsque je me mets à écrire, je n'ai qu'une seule perspective : un ton humoristique. Je ne sais pas vraiment ce que c'est le syndrome de la page blanche dont parlent un certain nombre d'écrivains. Je n'ai jamais eu aucune angoisse en ce domaine, si ce n'est peut-être à l'école lorsque, comme on dit, je n'avais pas appris mes leçons...

Et puis, comme souvent, le texte sort tout seul, comme de lui-même. Je le laisse se dérouler tout en l'accompagnant. Lorsque j'ai fini, je lance le compteur : 2450 signes. Voilà c'est fait. Bien sûr, je relie, je corrige quelques tournures. Je supprime une phrase-là. J'ajoute un petit morceau ici. Mais la globalité y est. Je trouve que c'est pas mal ! C'est dans le ton « journalistique ». Je me dis que je pourrai ouvrir un « blog à succès ». Je n'aurais pas beaucoup de difficultés à le faire. Ce serait grisant sans doute. Enfin... Pour un temps. Car, dans la vie professionnelle, j'ai su ce qu'était qu'avoir un certain succès, les contraintes que cela comporte et la gestion que cela entraîne.

J'ai envoyé mon texte. Désormais il ne m'appartient plus. Ils en feront ce qu'ils veulent. En ce domaine, j'ai appris qu'une oeuvre (une oeuvrette!) se détachait de son auteur. Enfin, qu'il vallait mieux pour celui-ci qu'il arrive à s'en détacher. Sinon, il va souffrir des caviardages que l'on pourrait y faire. En revanche, pour les textes de mon blog, ce n'est pas la même chose. Je ne m'en détache pas. Ils demeurent ma propriété exclusive même s'ils sont publics. Mais ce n'est évidemment pas de même nature. J'y livre ma chair et pas des idées. Les idées sont malléables, modifiables, sécables, changeantes mêmes. Une idée n'a pas de chair, on en fait ce qu'on en veut. D'ailleurs on le dit : manier des idées. Mais livrer sa chair c'est bien autre chose. C'est de l'intime soi-même dans les mots. Ils ont l'épaisseur et la consistance des viscères. Pour s'en détacher, il faut vivre une certaine mort à soi-même sous forme de don total.
Je n'en suis pas là.

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lundi 15 octobre 2007

 
Jouons à 1, 2, 3, Soleil !
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1 - Cantat, le meurtrier de Vilnius, sort de tole.

2 - Cecilia sort de la vie de Tsarko.

3 -La vie est belle.

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Le dialogueur intime.
Sommet et abîme.

Durant le week-end j'ai vécu des moments forts et heureux. Pourtant celui-ci s'est déroulé de manière très ordinaire, je veux dire sans événement particulier. Sans doute cela est-il dû au fait que je me suis rendu attentif autant à moi-même que celle qui partage mes jours. Les instants peuvent être simples et heureux dès lors que j'en perçois l'intensité dans un mouvement de présence à moi et d'ouverture à l'autre.
Pourtant, simultanément quelques éléments de ma vie ne sont pas faciles à vivre, mais j'avais le sentiment de pouvoir les porter avec aisance, en les remettant à la place d'importance qu'ils peuvent représenter. C'est-à-dire pas la première...

J'ai été de nouveau comme aspiré par le plus profond de moi, en ce lieu intense où mon sentiment de profonde gratitude cherche son dialogueur. J'ai abordé ce thème il y a quelque temps au cours de quatre entrées successives.

J'ai le sentiment que ce *lieu-relationnel-intime* est à la fois proche des cieux et proches des enfers, pour employer une métaphore biblique. Proche du sommet et proche de l'abîme. Un lieu où la *tension fondamentale* humaine risque d'être quasi paroxystique.
Cette tension fondamentale n'est pas du tout la tension psychologique ou nerveuse que l'on peut ressentir dans sa sensibilité. C'est plutôt la tension vitale nécessaire à la vie. Comme la tension de la corde de l'arc est nécessaire à la production d'énergie de propulsion.

Dans l'amour le plus profond, lorsque le sentiment de gratitude s'exprime et se dirige vers l'être aimé, on peut ressentir un comblement majeur donnant le sentiment d'une intensité de vie et anesthésiant la *béance fondamentale*. Mais alors, ce sentiment d'avoir atteint des sommets d'accomplissement a toutes les chances de déboucher sur une forme d'autosuffisance qui ne peut que précipiter dans l'abîme. Comme dit le langage populaire : « les amants sont seuls au monde »... Et c'est bien là leur drame !
L'autosuffisance-à-deux est un comblement régressif. Il est à l'image du bébé au sein de sa mère, qui a le sentiment (encore inconscient) qu'avec sa mère il s'auto-suffit. Vivre avec quelqu'un ce type de rapport à l'âge adulte précipite vers l'abîme. L'abîme de l'ultra-dépendance permanente du sein maternel symboliquement recherché sans cesse.

Dans la recherche du dialogueur de gratitude le risque existe de le trouver ! : il s'appelle le dieu protecteur, la divinité de bienfaisance, la corne d'abondance, le créateur tout-puissant, etc. etc. Disons, en gros, il s'appelle "Dieu" ! (Avec toutes les formes de divinités que l'homme est capable d'inventer au fil des millénaires...). En remerciement de ses bienfaits, (généralement supposés advenir "dès demain"...), et/ou avec l'espoir qu'il perdurent, on lui offrira toutes sortes de sacrifices et de rites plus ou moins délirants, plus ou moins néfastes, voire proprement inhumains...
Il y aura toujours quelque chose ou quelqu'un à sacrifier sur l'autel !

Mon propos ici ne se limite nullement aux seules religions labellisées. Au plan politique c'est exactement le même schéma. La politique actuelle du gouvernement le démontre chaque jour. Les réformes TSarkozyennes sont des Sacrifices au Dieu de la *Croissance*, à la Déesse de la *Consommation*, à la divinité *Profits*. Chacun va devoir se serrer la ceinture pour honorer ces dieux capitalistes. Telle est la religion laïque d'aujourd'hui !


Comment éviter le piège ?
Comment ne pas s'interroger sur une certaine origine des bienfaits ? (pour ne parler que de ceux-ci)
Comment éviter la question de la *cause première* ?
Puis-je me passer de m'interroger sur ce sentiment de gratitude, longuement développé ailleurs, et de tout ce qu'il comporte de mystère et de questionnement au plus profond de moi ?

Là aussi, montée vers le sommet et chute dans l'abîme se côtoient et se frôlent. Il est dans la nature de l'homme de chercher à comprendre tout. Et si possible comprendre « bien », comprendre « exact ». C'est un peu tout le sens des démarches scientifiques pour sortir des obscurantismes. Mais il y a un piège à confondre *mystère* et obscurantisme.

Et si le *mystère de non-dévoilement* était une source d'avancée et non pas une stagnation ou une reculade ? Et s'il était constitutif de la nature même des profondeurs humaines. Si ce *mystère*-là était la *béance interne* nécessaire à l'accomplissement de l'Homme ?
s'il fallait, pour progresser, qu'il n'y ait pas de réponse à la question, mais une perpétuelle interrogation ? comme une condition nécessaire à toute évolution ?
je veux dire par là, pour reprendre ma métaphore, qu'il faut bien qu'un jour le bébé cesse de s'agripper au sein pour téter, et qu'il accepte la *béance* qui s'installe entre sa bouche goulue et le téton maternel.

Et s'il nous fallait vivre avec les *certitudes de nos interrogations* ? Avec la certitude intérieure que *ce mystère* est une force de vie et non pas une entrave à décortiquer pour en connaître le contenu. Un peu comme la poule aux oeufs d'or que le fermier imbécile tue afin de tout perdre...
Sinon, s'il n'y a pas la certitude que ce mystère est une force, on risque de tomber dans un autre abîme : celui du doute permanent sur tout, moyen commode d'entrer en passivité est en démission, sous couvert « de s'interroger » ?

On trouvera sans doute que cette entrée est difficile à comprendre.
J'essaie d'abord de m'expliquer à moi-même !
Alors je vais de tâtonnements en tâtonnements...

(À suivre... Probablement...)

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samedi 13 octobre 2007

 

Le petit doigt, le poignet, le coude, le bras...

Et voilà ! Je me doutais un peu de la tournure des choses...
Je disais dans mon entrée précédente que je travaillais bénévolement pour une revue. J'y ai passé beaucoup d'heures ces derniers jours. Sincèrement je crois que mes réactions, mes propositions et certains "rewrinting" étaient nécessaires et ont amélioré les choses.

Du coup, l'échange de mails à continué, au-delà de la demande de départ. Avec bonne volonté mais aussi parce que cela me plaît et m'intéresse, j'ai continué de réagir. Cependant, entre rendre service et se faire exploiter, je tiens à être attentif à la frontière...

Aussi, le mail de ce midi m'a énervé... Tant par la demande que par le ton. Voilà maintenant qu'il faudrait que je rédige une sorte de préambule synthétique et la postface avant lundi matin ! Tout cela enrobé de compliments merveilleux pour faire passer la pilule ! Bientôt, c'est moi qui aurai re-rédigé la moitié des articles, alors que je ne fais même pas partie de l'organe en question et encore moins du comité de rédaction. Lequel semble se les rouler dans la farine !

Je viens de répondre que cette demande me semblait hors de propos et qu'il revenait au rédac'chef de prendre ses responsabilités et de percevoir que certaines tâches ne se délèguent pas à un bénévolat externe.

L'auteur du mail est tombé sur un bec. Le coup du chantage affectif ça ne marche pas (ça ne marche plus) avec moi ! Les compliments exagérés et gros comme une maison pour faire passer une demande difficile à avaler, ça a toutes les chances de produire sur moi l'effet inverse. Et si l'on rajoute « ça me ferait tellement plaisir ! », c'est le claquage de porte au nez assuré !
Autant j'attends une juste reconnaissance légitime et une appréciation exacte de ce que j'ai fait, autant je déteste l'exagération et les compliments empoisonnés.

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vendredi 12 octobre 2007

 

Contractions et étirements

Dans une récente entrée, Pierre évoquait son rapport au temps. L'agenda trop rempli, le manque de temps pour penser. Cela m'a rappelé le temps de mon activité professionnelle (décidément je ne cesse d'y revenir...) où je me plaignais d'avoir trop « le nez dans le guidon ».

Aujourd'hui, à peu de chose près, je suis complètement libre d'organiser mon temps. Les contraintes sont faibles. Or, j'ai toujours de la difficulté avec ma relation au temps. Comme si je n'avais pas cessé de « courir après lui ».

C'est même presque pire parfois. Aussi paradoxal que cela puisse paraître. Quand j'étais surbooké, je crois pouvoir dire que cela ne m'empêchait pas d'être pleinement présent à la séquence de travail du moment. (En général disons...). Or maintenant, que je peux expanser mon temps, si je puis dire ainsi, il m'arrive d'être le nez sur la pendule, alors que je n'ai aucun autre rendez-vous à gérer, et que je peux le négocier dans le temps qu'il me plaît je suis en train de faire. Je suis donc parfois dans ce paradoxe d'être moins présent à l'instant que lorsque je bossais et que j'avais un planning serré à tenir.

Finalement j'ai l'impression qu'il faut quand même une certaine contraction de planning pour être efficient. Quand on a tout son temps pour faire quelque chose, on finit par ne rien faire. Quand on est limité dans l'espace et le temps on agit parfois bien plus efficacement.

À cette époque-là, j'ai remarqué que les gens qui avaient du temps devant eux, lorsqu'on leur demandait un service, traînaient à le réaliser. Alors que quelqu'un qui était très actif, trouvait toujours le temps de satisfaire la demande. J'étais d'ailleurs comme ça d'une certaine manière. Plutôt efficient dans le service rendu. Or, aujourd'hui, lorsqu'on me demande un service, il m'arrive de le différer, justement de le distendre en longueur. Finalement c'est un peu comme un gaz comprimé. Il doit l'être pour produire de l'énergie... Si le gaz est distendu, il s'étale et il ne se passe rien !

En ce moment, « je travaille » pour une revue. Bénévolement, mais c'est un acte militant. De mon côté, c'est occasionnel, puisque je ne suis pas actif dans cet organe. Ce n'est pas ma militance directe. Ce n'est pas la première fois que j'y collabore. On me sollicite régulièrement lorsque cela correspond à certaines de mes compétences. Je fais les choses que l'on me demande, avec beaucoup d'élan et j'aime le faire. (Je constate seulement que je me fatigue plus vite qu'avant... Mais ça c'est un autre débat...) Et cependant, j'ai cet arrière-fond que l'on me vole mon temps. Mais mon temps pour quoi faire ? Pour bloglander dans la blogosphère ? pour lire le journal ? pour peigner la girafe ?

Une fois de plus il va falloir que je reconsidère sérieusement mon rapport au temps. C'est-à-dire, d'une certaine manière, mon rapport à moi-même. Je m'apprêtais à ajouter : "et à mes priorités". Je me rends compte que ce concept d'avoir des priorités est actuellement un ensemble vide. C'est là probablement un des noeuds de l'affaire...

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jeudi 11 octobre 2007

 

Qu'est-ce que tu dis ? ?

Ma tendance naturelle est de penser que ce que je dis est compris de l'autre. Et même, que c'est d'autant mieux compris que l'on se connaît bien, voire de longue date.
La réciproque est aussi vraie. J'ai tendance à penser que je comprends ce que l'autre me dit. D'ailleurs, c'est une expression qui me vient facilement : « oui, je comprends ». Parfois, je suis un peu plus ajusté en disant : « je crois comprendre ».
Mais est-ce si sûr ?

Il y a des relations où l'on vit pas mal d'incompréhension alors que l'on dit le contraire. Et ceci en toute bonne foi évidemment. Dans un certain idéal, il faudrait arriver à comprendre l'autre tel qu'il se comprend lui-même, ou plus précisément tel qu'il se perçoit, même si, à nos yeux, la manière dont il se voit ne serait pas « la bonne ». Car c'est bien connu, on a tendance à croire que l'on a de l'autre une perception plus exacte que celle qu'il a de lui-même : « je le sais mieux que toi qui tu es ! », joli processus de domination sous couvert d'empathie !

En ce domaine d'une compréhension réciproque, l'observation des blogs et des systèmes de commentaires est intéressante, pour ne pas dire édifiante. On voit des commentaires qui se veulent des reformulations et qui mettent à côté de la plaque, aux dires mêmes de l'auteur. À l'autre extrémité on voit des commentaires qui disent mieux la pensée même de l'auteur du billet, mais cela n'a pas admis par ce dernier. Etc.
Pour ma part, il m'arrive de lire des propos dans lesquels je ne reconnais pas ce que j'ai voulu exprimer. Si, par exemple, cela vient d'une personne que je connais quelque peu, je me dis : il/elle a passé ce que j'ai dit au tamis de ses propres grilles de lecture, de ses propres schémas de pensée, et la restitution qui est faite en est déformée à proportion.
Parfois, j'ai le sentiment d'avoir dit assez clairement « blanc », et je vois que l'on a compris « vert ». Parfois c'est l'inverse, on a compris « encore plus blanc » que ce que je cherchais à dire en balbutiant. C'est alors que je me sens non seulement compris, mais aider dans l'élaboration de ma propre pensée.

Lorsque je laisse moi-même un commentaire, après avoir cliqué, je me dis parfois que je suis peut-être totalement à côté de la plaque. Mais c'est sans doute comme cela qu'on avance. Par tâtonnements successifs.

Reste cependant, que plus ou moins bien ou plus ou moins mal compris, c'est pour moi toujours intéressant. Cela m'oblige à revenir constamment à cette réalité des énormes incompréhensions qui existent entre les hommes (les êtres humains en général) et qui sont sources de beaucoup de tensions relationnelles, lesquelles courent toujours le risque de dégénérer en conflits.

Chercher à comprendre l'autre est un exercice difficile, coûteux, fatigant, qui demande une forte décentration de soi, tout en restant présent à sa propre réalité. Comme j'ai toujours aimé écouter les gens, et si possible tenter de les aider, j'ai cherché à acquérir autant des savoir-faire que de savoir être dans l'écoute d'autrui. Je n'ai pas la prétention d'y être arrivé, et même j'ai de plus en plus l'impression que cela relève de "mission impossible", car, les phénomènes parasites sont innombrables. Les miroirs déformants, les loupes grossissantes, les filtres simplificateurs, les a priori, le milieu culturel d'appartenance, les schémas personnels, l'action de l'inconscient, les conceptions acquises, les dysfonctionnements personnels, etc. sont légions. Sans compter la dose de mauvaise foi que nous sommes capables d'ajouter lorsque nous avons avantage à faire semblant de ne pas comprendre ou à déformer sciemment le réel. Et, cerise sur le gâteau, le refus de reconnaître ses erreurs et ses errements.

Et puis, nous sommes bien plus préoccupés par notre propre besoin d'être compris, que par l'effort de compréhension de l'autre. C'est comme une pente naturelle. Ce terrain-là est d'autant plus pentu si dans notre enfance on a cherché à nous inculquer une multitude de choses, plutôt qu'à se faire attentif au surgissement de notre personnalité naissante.
Bien souvent, notre volonté affichée, proclamée, de vouloir comprendre l'autre dissimule de fait la peur que nous avons de ne pas nous-mêmes être compris. C'est plutôt : je cherche à comprendre en toi si tu m'as compris moi ! L'égocentrisme a de merveilleuses subtilités !

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mardi 9 octobre 2007

 


La dame et les roses.

On sonne à la porte.
Une dame d'un âge incertain.
Des roses dans les mains.
Elle explique, le chômage, pas d'argent, un enfant.
Alors les roses, une à une, elle les vend.

Pour une, je donne quelques euros,
plus qu'elle n'en demande.
Elle me dit que c'est trop
et qu'elle m'en offre deux.

Je n'en prends qu'une seule.
Un merci chaleureux,
déjà elle est partie.

En bouton est la rose,
Dans un petit vase, je la pose.
Je pense qu'elle fanera avant même d'éclore.
C'est certainement un produit de mauvaise qualité,
j'imagine déjà le bouton rabougri sur lui-même
et demain la rose dans la poubelle.

C'était il y a huit jours
la rose est toujours là, dans son vase.
Elle s'est épanouie un peu plus chaque jour
elle m'offre sa beauté,
sa longévité.
Chaque jour je la regarde,
pensant à la dame à l'âge incertain,
celle du chômage, pas d'argent, un enfant.

J'aimerais qu'elle repasse,
qu'elle revienne,
que je puisse la remercier à mon tour
de ces huits jours de plaisir de voir et sentir.
Regarder la dame plus longuement,
comme j'ai regardé cette rose.

Lui dire que je regrette
d'avoir eu presque pitié.
De ne pas avoir mieux considéré
la valeur et la beauté de ce qu'elle me proposait.

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Dans le manège des cons...
...sommateurs.


Ça m'a énervé la couverture du magazine de la FN*AC !
Autant le slogan que le graphisme et le montage.


« Résisterez-vous à l'attraction de nos offres ? »

En ce qui me concerne, la réponse est radicalement oui !
Plus ça va, plus j'entre en résistance consommatrice. Il faudrait quand même arrêter de nous prendre pour des cartes bancaires ambulantes en quête d'aller s'introduire joyeusement dans les fentes commerciales.

Et puis, vous avez vu la tête du connard au bord de l'orgasme à crédit, devant toutes ces offres ?
Parce que c'est comme ça qu'ils s'imaginent que je suis à la FN*AC ? !
Une sorte de neuneu qui rêve de se faire mettre profond par ce catalogue ?

Et heureusement que je suis un homme, que je n'ai pas à m'identifier à la connasse en rouge, parce que, elle, c'est bien pire ! La position de la parfaite imbécile et le sourire bavant de la fille au QI d'huître de Marennes-Oléron.

Voilà !
C'est simple !

Attardez-vous juste un moment à bien regarder l'ensemble de cette page, et vous verrez en quelle considération vous êtes dans la tête de la bande des décérébrés formatés aux écoles de commerce et payés par les agences de pub.

Des pantins de foire.
Des entubés.
Des infantiles.
C'est ainsi que vous être présentés.
Clairement. Nettement.

L'inconscient des créatifs à parlé.
Vous avez devant vous le résultat.
Il faut vous faire entrer dans le Grand manège destiné à vous faire cracher votre pognon la bouche en coeur, en vous vendant de l'inutile. Heureux que vous serez d'enrichir ceux qui se moquent de vous effrontément et désormais visiblement.
On prend de plus en plus le consommateur pour un con...
Et ça marche !
Je suis certain que la FN*AC va cartonner...

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lundi 8 octobre 2007

 
Le moral au beau fixe.

Françaises, français, je suppose que vous êtes comme moi : vous avez le moral qui est remonté de 15 points depuis samedi soir. Depuis la victoire de la France au rugby.

La croissance va redémarrer en flèche dès ce lundi matin. D'ailleurs, observez bien, depuis l'aurore la fièvre acheteuse vous démange de partout. Les deux points de croissance qui nous manquent pour plaire à Sarkozy sont désormais à notre portée.
Enfin, c'est la fine analyse politique que font les chroniqueurs ce matin sur toutes les radios.

Il fut un temps où le bonheur était dans le pré. Désormais le bonheur est dans le stade.
Alors, dépêchez-vous !
Sitôt terminé la lecture de ce petit billet, sitôt laissé votre petit commentaire, vous éteindrez votre ordinateur et vous précipiterez dans le Temple de la Consommation le plus près de chez vous.

N'oubliez pas : votre moral est au beau fixe !
Si, si ! C'est une question de civisme !

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vendredi 5 octobre 2007

 

Intimité distante

Cette nuit, dans mon rêve, je rendais visite à un jeune médecin, un spécialiste de... Je ne sais pas quoi. La pièce où il m'examine est sordide, sale, sombre. La table d'examen est d'un métal froid, comme dans une morgue. Il pratique sur moi une sorte de radiographie avec un vieux matériel rouillé, qui a dû être fabriqué au XIXe siècle. Tout se passe dans le silence. Je me relève de la table d'examen et, toujours dans le silence, je pense par moi-même ce qui semble être le diagnostic du médecin : il faut retrouver mon équilibre pour ne plus tomber. Arrive alors une créature féminine (je ne peux pas vraiment dire une femme...), diaphane et très longiligne, quelque peu fantomatique, avec un sourire d'une intense douceur, mais sur un masque de cire. Elle porte un simple string, qu'elle enlève en avançant vers moi. Dans mon rêve, la scène n'a rien d'érotique, ni rien d'excitant. Elle vient se coller à mon corps, mais je ne ressens rien, ni chaleur, ni douceur, et encore moins d'excitation ou de désir. Elle saisit mes bras et fait en sorte que lui caresse le dos et les fesses. C'est alors seulement que je ressens sous mes doigts une peau à la texture étrange, quelque chose à la fois doux et visqueux. Puis je me réveille.

L'interprétation des rêves au sens où elle se pratique habituellement ne m'intéresse guère. Chercher à donner du sens à la matérialité de celui-ci, en interprétant le film que notre inconscient a projeté, relève pour moi d'une sorte de spéculation intellectuelle grisante, mais sans efficacité, ni intérêt. Cela ne flatte que l'orgueil de celui qui se croit autorisé à interpréter. (Et le pire, c'est que certains le paye pour ça... Mais chacun a droit à ses conneries...). En revanche, le ressenti intérieur qui suit le rêve mérite que l'on s'y arrête. Car ce n'est que lui qui peut nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes.


Ce rêve me laisse dans une sorte de malaise cotonneux. Il y a deux aspects très intimes. Le premier, le rapport au médecin auquel je me livre ; le deuxième, cette scène intimiste et étrange, quasiment irréelle. La première partie du rêve respire la maladie et la mort, la deuxième partie transpire le mystère d'une sorte d'ailleurs.

Mais moi, tout au long du rêve, je suis d'une terrible passivité. Je subis tout. En silence. Pire encore, je suis complètement démuni de tout affect. Je me suis comme retiré de ma vie, comme si celle-ci s'était rétrécie, ratatinée en boule au fond de moi.

Ce qui me frappe le plus, c'est ce sentiment d'une prise de distance dans l'intimité, par retrait à l'intérieur de moi. Le spectacle auquel j'ai assisté cette nuit me ramène à des ressentis d'enfance : la brutalité médicale que j'ai subie, et ce sentiment d'un entourage affectif féminin complètement inadapté à ce dont j'avais besoin. La personne fantomatique du rêve n'est pas ma mère. Le visage qui m'est revenu en me laissant ressentir ce malaise, c'est Irène N. cette femme chargée de s'occuper de moi. Enfin, dans mes souvenirs, j'ai longtemps cru que c'était "une femme". En réalité, (j'ai vu sa photo il y a un ou deux ans environ, chez mon frère), c'était une très jeune fille, à peine sortie de l'adolescence. "Une bonne", comme on disait à l'époque, une quasi encore fillette que mes parents étaient allés chercher dans une famille de mineur polonais émigré en France. Voilà ce qui me servait de mère...

Je n'ai eu alors d'autre choix que de me retirer à l'intérieur de moi. Car l'enfant ne peut vivre une confiance intime sécurisante que dans les bras de « sa vraie mère » (en faisant l'hypothèse que celle-ci a les attitudes juste...). Pas dans les bras d'un ersatz, fussent-ils de bonne volonté, ce qui, en l'espèce, n'est même pas démontré...

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jeudi 4 octobre 2007

 
Buisson ardent

Mes alchimies intérieures se préparent lentement. Puis un jour je ressens que l'éclosion est prête à se faire. Alors il faut je m'y mette. C'est ce que je tente de faire ce matin.

Tout est parti de la photo de deux arbres aux tons différents, que je m'amusais à bidouiller avec PhotoShop. Je n'avais aucune intention particulière. J'ai obtenu le résultat que l'on voit. Je n'avais pas l'intention de la sauvegarder. C'était véritablement du n'importe quoi. Et puis, j'ai ressenti comme une sorte de fascination. Un sentiment curieux. Je me sentais comme interpellé par ce que je venais de « produire » et qui était le résultat d'une sorte de jubilation enfantine. C'est vrai que j'avais effectué comme une sorte de gribouillage, non pas avec des crayons de couleur, mais avec un outil de déformation et la souris de l'ordinateur.
Il y avait dans cette photo comme une vibration curieuse, active, presque fébrile.
Alors j'ai sauvegardé, mais sans conviction. Certain que ce fichier finirait un jour dans la corbeille.

Lorsque j'ai ouvert mon blog-photo, cherchant ce que je pourrais bien y mettre, j'ai retrouvé ce montage et aussi cette même vibration curieuse. Sans trop réfléchir je l'ai publiée. Pivoine a laissé un commentaire, disons technique. Personne d'autre n'a réagi.
En revoyant la photo sur le blog, un titre s'est imposé : « Buisson ardent ». Sa dénomination s'accompagnait d'une forte charge émotionnelle. J'ai ajouté le titre, et aussi un titre aux deux autres photos, mais c'était pour donner le change...

J'ai alors réalisé que cette photo disait quelque chose de moi. Et qu'en même temps elle m'enseignait sur moi, et sur plus que moi.

Par la suite, à deux reprises, avec deux personnes différentes, j'ai repris cette image du *buisson ardent* pour qualifier ce que l'on pourrait appeler le feu intérieur qui peut brûler dans une personne.

L'expression *buisson ardent*, fait pour moi directement allusion à l'épisode biblique (Exode) ou Moïse reçoit de Dieu la mission de délivrer son peuple de l'esclavage.
Il est dit ceci :
Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, prêtre de Madian. Il mena le troupeau au delà du désert, et arriva à la montagne de Dieu, à Horeb. L'ange de Yahweh lui apparut en flamme de feu, du milieu du buisson. Et Moïse vit, et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait pas.

Ce qui m'importe, m'intéresse, et même me fascine, c'est la fin de la phrase : « le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait pas. »

Cette phrase n'a pas été écrite par hasard. Elle n'est pas là pour exprimer quelque chose de surnaturel ou de merveilleux. En tout cas ce n'est pas la lecture que j'en fais. Je laisse aux savants théologiens le soin de donner toutes les interprétations conformes à la Tradition et aux Dogmes. Ce n'est pas sur ce terrain que je me place.
À mes yeux, cette métaphore dit un essentiel de l'être humain. (De sa faculté à se diviniser peut-être... C'est un autre débat...)

Je veux dire par là qu'il y a en moi, en chaque homme sans doute, des feux qui nous dévorent et nous consument, et des feux qui nous brûlent le coeur sans nous consumer, qui sont comme une permanente flamme qui ne peut s'éteindre, et qui loin de nous consommer ou de nous consumer, nous régénèrent sans cesse.

Bien entendu, je pense à la dévorante passion amoureuse, qui peut être comme un feu dévastateur permanent ou occasionnel et qui finit par nous laisser en friche, complètement éteint. J'ai fait cette expérience dans ma vie. La folle passion amoureuse dans laquelle je me suis engouffré pour me perdre. Qui m'a laissé comme une terre brûlée, sur laquelle j'ai même pensé que plus rien jamais ne repousserait.
On quitte alors le champ dévasté pour en investir un autre. Pyromane de soi-même, on allume d'autres feux. Ou, par contagion, on se laisse dévaster par un autre/une autre.

J'étais alors tellement en carence affective, que j'étais prêt à brûler tout mon territoire jusqu'à ce qu'il n'en reste rien. Je choisissais d'être victime consentante de ma politique de la terre brûlée. Je courrais à ma perte définitive. Et j'en fus proche.

Il me faut le dire sans détours, celui qui a, si je puis dire ainsi, allumé mon *buisson ardent*, fut mon maître à penser, que j'évoque encore ici à l'occasion. C'est à lui que je dois d'avoir découvert qu'un autre feu, non dévastateur, brûlait au coeur de l'homme (et donc dans le mien) et qu'il suffisait de le laisser embraser tout, puisqu'il ne consumait rien, mais régénérait tout.

Sans m'en rendre compte, en bidouillant ma photo avec une sorte de candeur enfantine, je ne faisais pas autre chose que visualiser mon buisson ardent. Et c'est pour ça que j'ai ressenti tout à coup une vive émotion qui m'a envahi en voyant le résultat.

D'une certaine manière, ce que j'ai fait là, sans le vouloir, c'est une sorte d'autoportrait symbolique de moi. Enfin, d'un certain essentiel de moi. Ce feu intérieur qui m'a toujours attiré, notamment chez les grands mystiques que j'ai déjà évoqués dans certaines entrées. Ce feu qui ne se consume pas, que j'ai vu vivre chez un certain nombre de personnes avec lesquelles j'ai vécu des engagements forts et signifiants.

Aujourd'hui qu'en est-il ? C'est un peu ma question...
Il est toujours là, mais est-ce que je laisse suffisamment ce feu se répandre ?

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mercredi 3 octobre 2007

 
Reconnaissance

J'évoquais hier la reconnaissance espérée et qui ne viendrait jamais de la part d'une personne de ma famille.

J'ai reçu un courrier privé à propos de cette entrée, et en y répondant j'évoquais l'obstacle que cette attente de reconnaissance constitue.
Je ne sais pourquoi, cela m'a sauté aux yeux avec une grande acuité.
L'attente de reconnaissance est un terrible obstacle.
Une entrave qui m'est apparue énorme. Qui met en arrêt de croissance et de développement. Enfin... Qui comporte ce risque...

Pendant des années, et des années, j'ai attendu la reconnaissance de cette personne. Je me prenais à en rêver. À me l'imaginer.
Puisque cette personne avec laquelle je suis lié par le sang ne s'intéressait à rien de ma personne, puisque j'avais tant besoin de cette reconnaissance, j'en arrivais à m'imaginer qu'elle me voyait vivre. Qu'elle était présente là où justement j'aurais aimé qu'elle voit ce que j'accomplissais. Qu'elle était fière de moi. Oui, j'aurais aimé que cette personne soit fière de moi. Je me construisais des scénarios, comme un gosse tout seul dans sa chambre imagine son petit univers.
Je me souviens du jour où j'ai osé aborder cela en thérapie. J'avais un sentiment intense de honte. Je racontais un comportement humiliant à mes yeux. J'avais plus de facilité à évoquer les comportements merdiques de ma mère, mes souffrances subies et accumulées, que d'évoquer cette insupportable attente d'un regard, d'une attention à moi de la part de cette personne-là.

Aujourd'hui je réalise mieux combien l'attente de reconnaissance est une terrible entrave. Je dis bien l'attente, car le besoin de reconnaissance, en tant que besoin, n'est pas maîtrisable par nous de manière directe. Mais c'est ce que l'on en fait qui relève de notre pouvoir. L'attente met en arrêt et en dépendance. C'est un peu comme celui qui attend le bus pendant une demi-heure, pour aller à un endroit où, à pied, il y serait en un quart d'heure.

Aujourd'hui, je crois que j'ai changé. Je ne suis plus dans cette attente-là. Je crois que j'ai vraiment compris et accepté qu'elle ne viendrait jamais. Je crois que j'ai compris qu'entre cette personne et moi, il y avait un irréalisable au plan relationnel. Quelque chose qui ne s'est pas fait au temps où les choses doivent se faire. Le train du temps ne repasse pas deux fois.

Le plus difficile est sans doute d'accepter qu'il y a chez l'autre un impossible vis-à-vis de soi. (C'est-à-dire qu'il ne peut accepter, et donc rejette, qui l'on est vraiment). Or cela concerne quelqu'un avec qui on a irrémédiablement et pour toujours un lien par le sang. Ce terrible constat que l'on est conduit à faire de la *relation impossible* car dans une relation, c'est idiot de dire, mais on est au moins deux... Et parfois, il ne s'agit pas d'une question de bonne volonté de part et d'autre. Mais on est confronté littéralement à un *impossible*. Et, cet impossible chez l'autre devient forcément un impossible pour soi. Il restera à assumer. Tant bien que mal. Plus ou moins douloureusement.

Il aurait fallu... Oui sans doute !
On aurait dû... Oui certainement !
Si on avait su, on n'aurait pas... Mais oui c'est entendu !
On pourrait peut-être repartir à zéro ! ... Ben voyons ! Comme si de rien n'était !

Mais voilà, le principe de réalité s'impose, qu'on le veuille ou non !

Il est de fausses espérances qui sont de véritables entraves à toute progression.

C'est difficile d'admettre tout cela, d'admettre nos limites et nos petitesses d'humains très ordinaires. Avec notre capacité à construire des raisonnements intellectuels, on est bourré de il suffit de, il n'y a qu'à. On est capable de construire de belles théories sur ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire, sur ce que l'on fera autrement désormais. Mais la vie n'est pas du tout comme cela. La vie n'est pas une succession d'idées et de pensées. La vie est un réel qui s'impose. Finalement, nous ne maîtrisons pas grand-chose et en même temps nous avons pouvoir sur beaucoup...
De là à se croire tout-puissant...

Pourtant, c'est ce que l'on ne cesse de tenter de nous faire croire...
TSarkozy en a même fait un slogan " tout est possible", qui a fait florès, puisqu'il a été élu....
(Mais ceci est un autre sujet...)

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C'était au temps (V)



Parfois vous vous prenez à rêver à la merveilleuse famille Delespaul-Havez dans laquelle vous auriez aimé naître. Vous auriez eu de nombreux frères et sœurs tous très heureux de boire et boire encore tant et tant de chocolat. Vous les enviez d'être tellement comblés. Vous vous attendrissez cependant devant le spectacle de celui qui pleure sous le "C" et parfois vous vous identifier à lui. Plus tard, devenu très grand, vous imaginerez que le dessinateur a choisi "C" comme :

Pauvre petit "Con" tu aurais mieux fait de piquer le bol de ton voisin...

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mardi 2 octobre 2007

 

Nombril géant

"ma famille est un nombril géant" .... lu ici chez Diane Groseille
L'expression m'a fait sourire. Elle m'a bien plu.
Mon sourire était un peu grinçant cependant.
Car je m'y retrouve.
Il y a des gens dans ma famille qui ne s'intéressent à rien d'autre qu'à eux-mêmes. Lorsque ces personnes sont réunies au sein d'une rencontre familiale, il est question d'eux, et surtout d'eux, et encore d'eux-mêmes...

Parfois, curieusement, il y a comme une vague brèche :
- Au fait ! Et toi ? Ça va ?
- Ben moi, disons... qu'en ce moment...
- Ah ! Je voulais aussi te dire qu'on a fait ceci patatipatata, cela, pataplouf coincoin....

Et c'est reparti : eux, surtout eux, et encore eux !

On est là pour servir de faire-valoir. Finalement, c'est probablement la seule raison pour laquelle on est invité. On doit être bon public ! Ils peuvent se donner en représentation, se faire mousser, s'enorgueillir d'eux-mêmes. En réalité on est rien. Rien d'autre que ça. Des sortes de miroirs dans lesquels ils peuvent se regarder, se regarder encore.

C'est surtout vis-à-vis de l'une de ces personnes que ce fut difficile pour moi. J'avais besoin de son attention, sa reconnaissance, son intérêt. Ne pas être seulement une sorte de décor que l'on a invité et placé là. J'ai longtemps vécu de cette espérance absurde, comme si, par je ne sais quelle magie, cette personne-là allait changer à mon égard. J'attendais passivement de devenir quelqu'un à ses yeux.
Évidemment, cela ne s'est jamais passé. Cela n'arrivera jamais.

Je n'ai jamais réussi à sortir de cette attitude passive. Au contraire, je me suis enfoncé en elle. J'ai fait le jeu d'être considéré comme un objet valorisant. Je me suis coulé dans ce moule en acceptant de n'être que cela. C'est-à-dire en me comportant en conformité avec cette attente. C'est-à-dire en écoutant, en m'intéressant, ou faisant semblant de m'intéresser. Certes, parfois le propos était plaisant. Les anecdotes racontées amusantes. L'ambiance avait les apparences de la détente. Les repas étaient excellents. Les vins de qualité. Vu de l'extérieur on aurait pu dire : « ils ont passé un merveilleux dimanche en famille ! »
Mais moi, je rentrais meurtri. Ma passivité contribuait à une image dévalorisée de moi-même. Car j'aurais dû me révolter, imposer ma place, ma parole. Mais, la torture qui m'était infligée utilisait des instruments de grande douceur, ils avaient l'art de nous phagocyter avec leurs nombrils envahissants qui occupaient toute la place disponible.
J'étais comme quelqu'un qui, après s'être laissé sagement bâillonner, voudrait lancer son cri de révolte.

Qu'en est-il aujourd'hui ?
Sur la forme, les choses n'ont pas beaucoup changé. Ils étalent toujours leurs nombrils ! C'est moi qui ai quand même quelque peu évolué. D'une part, je me suis rendu à un certain réalisme que la reconnaissance espérée ne viendrait jamais et que mon terrible besoin était un puits sans fond qu'il me fallait colmater ailleurs. D'autre part, je me montre plus « offensif », tentant d'imposer ma propre parole, quasiment comme dans un débat politique à la télévision, je parle plus fort, coupe la parole, interrompt, et finis par m'imposer. Finalement, parfois ça marche !
Mais je n'ai pas encore osé leur dire que leur nombrilisme ne faisait particulièrement ch*** !
Je crois que je n'oserais pas aller jusque-là.
J'en ai pourtant les capacités. Je sais être très incisif. Mes mots sont parfois de terribles scalpels qui tranchent dans le vif.
Décidément, dans ce petit cercle familial précis, je crois que je vais mourir petit enfant sage et démuni. Apeuré même.

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C'était au temps... (IV)





Un jour, sans vous en rendre vraiment compte, vous entrez dans la légende. Pour la première fois de votre vie vous mangez une « Vache qui Rit ». C'est de la crème de gruyère dans une boîte ronde en carton. Dedans il y a des portions toutes faites, emballées dans du joli papier d'argent.






C'est un peu le camembert de l'enfance. Vous n'êtes pas encore assez grand pour accéder à la noble boîte en bois de ce fromage odorant. Le camembert il faut le tâter, le humer, et surtout, surtout, le camembert il faut un couteau d'homme pour en découper une portion. Or vous n'avait pas encore de couteau d'homme, c'est interdit, vous êtes trop petit.








Ce n'est pas encore comme papa qui en a un dans sa poche, le sort, le déplie à deux mains, avec ce petit "clac" qui verrouille la lame et vous donne aussitôt l’envie d'être grand. Vous rêvez à ce jour délicieux où vous pourrez, d'un geste net et précis, découper votre première portion de camembert.













Mais peut-être faudra-t-il aussi savoir conduire un tracteur....







Pour l'immédiat, il vaut mieux se contenter de rêver à l'accessible. Au chocolat par exemple. C'est encore loin d'être une denrée courante. C'est encore loin de se vendre par plaques de cinq. C'est encore une récompense. Pour mériter un carré de chocolat il faut avoir été sage. Si vous travaillez bien à l'école, vous aurez des "bons points". Si vous êtes sage à la maison vous pourrez avoir du chocolat. Être sage c'est se tenir tranquille et conforme à ce que papa et maman attendent.



Comme le chocolat s'appelle "MENIER" probablement que, non seulement il doit y avoir de la farine dedans, mais encore il existe certainement un rapport avec la chanson "Meunier tu dors", lequel devait certainement être sage.

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lundi 1 octobre 2007

 

Le bonheur à la maison (suite)

J'ai partagé à ma compagne la teneur de mon entrée précédente concernant son bonheur d'existence. On avait déjà partagé sur le bonheur d'être ensemble. C'était il y a longtemps. J'ai bien aimé que l'on revienne sur ce sujet, et sous cet angle.

Ce qui m'a frappé, ce furent ses propos : « Je crois que j'ai une aptitude naturelle au bonheur, et ceci depuis mon enfance. » Et elle a ajouté : « et, tout le monde n'est pas à la même enseigne, il y a des inégalités à ce sujet ».

Ça m'a donné à réfléchir, à propos de cette aptitude naturelle. Mais aussi, à l'autre extrémité, cette propension au malheur que l'on rencontre parfois chez des personnes.

Je me suis demandé ce qu'il en était pour moi-même. J'ai bien du mal à répondre ! Je ne ressens pas en moi cette *limpidité d'être*, comme je la vois vivre chez ma compagne depuis que je la connais. Ce qu'elle appelle une *aptitude naturelle* me semble être comme un ruisseau d'eau pure qui s'écoule sans entrave majeure. Ou plus précisément, qui a une capacité à se jouer des obstacles comme l'eau du torrent dévalant de la montagne. Car, les épreuves, les entraves, les malheurs mêmes, nous les avons connus, comme tout un chacun. Il y a chez ma compagne comme quelque chose de « préservé ». Je ne saurais mieux dire. Quelque chose qui n'est jamais submergé par la tempête. Quelque chose en elle, une réalité, qui est « déjà vainqueur », quoi qu'il arrive. Quelque chose d'intact.

Pour ma part, je pourrais dire que je dispose à l'intérieur d'une réalité un peu semblable. J'ai aussi une certaine aptitude naturelle au bonheur, mais je ne peux pas dire qu'elle soit intacte, sans brisure, sans faille. Mon bonheur, tout relatif, me semble toujours être le résultat d'un combat, d'une victoire remportée. D'ailleurs, à l'inverse totale de ma compagne, je m'attends toujours à ce que le malheur vienne de nouveau frapper et s'abattre. Comme si le malheur devait être plus "naturel" que le bonheur.

Je pourrais dire que c'est la résultante d'une éducation dans le milieu catholique qui présentait l'homme comme ne valant rien, voué aux souffrances et aux épreuves, puni par Dieu et devant se racheter sans cesse. Mais, ma compagne a eu la même éducation que moi... Il est donc autre chose.

Sans doute faut-il se rendre à cette évidence, toujours difficile à accepter pour moi, que nous sommes fondamentalement des êtres inégaux en bien des domaines. Comme disait Coluche : « tous les hommes sont égaux, mais il y en a certains plus égaux que les autres ! ». Je rêve toujours d'une sorte d'égalité parfaite, et en l'occurrence, d'un droit au bonheur pour tous, égal, identique. Mais il n'en est rien.

À moins que je ne commette l'erreur de vivre le bonheur comme une récompense, avec comme composante perverse supplémentaire, que la récompense est accordée selon le bon vouloir de... Je ne sais qui... Dieu ? Le destin ? La vie ?

À moins que le problème soit que je n'ai pas suffisamment confiance dans cette aptitude au bonheur ! Quand bien même je reconnaîtrais qu'il est, au moins partiellement, déposée au fond de ma personne.

Me voici renvoyé à ma responsabilité personnelle, à ma faculté à poser des choix d'existence. Être heureux ne se décrète pas, mais se faire confiance est à ma portée. La confiance se décide, même si elle est parfois entravée par le poids du passé personnel. Plus précisément, je dirais qu'il est possible de prendre la décision de favoriser son avènement.

Car finalement, il y a certainement au fond de moi un potentiel de bonheur beaucoup plus important que ce que j'en connais, que ce que j'en reconnais. Certes, le bonheur n'est pas un objectif à atteindre, mais une aptitude à laisser éclore en soi. Or, pour que l'éclosion se fasse, c'est comme pour une plante, il faut en prendre soin, la rosée, à mettre au soleil, lui donner l'espace dont elle a besoin. À défaut, la plante s'étiole et peut même mourir.

C'est pour cela que j'aime bien l'expression employée par ma compagne : « l'aptitude au bonheur » l'aptitude est un potentiel dont je dispose. À moi de faire en sorte qu'il s'actualise, passe dans la réalité, devienne à proprement parler existant.

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