Qui avait-t-il donc là-bas, au bout de ce chemin ? C'est une question qu'il se posait sans cesse, mais qu'il aurait mieux fait d'abandonner définitivement. Elle appartenait à la liste stérile de ces interrogations idiotes avec lesquelles il avait l'art de se tripoter vainement le cervelet.
On lui avait toujours dit. Il faut avancer. Avancer encore. Comme si le but était la Marche, et pas la Destination. La marche incessante, lot de ceux qui ne savent pas où ils vont. Déambulateur errant. Faux chercheur, qui ne veut rien trouver.
Elle était belle la nature en ces petits matins où le brouillard terminait de se lever. La Beauté donnait le change sur l’inconsidéré. Elle évitait de penser le choix, il n'y avait qu'à la suivre, suivre le chemin tout tracé. Et puis, devant cet appel de la lumière naturelle, pourquoi se poser d'autres questions.
Suivre. Le suiveur de lumière ne pense pas l'ombre dans laquelle il se trouve.
Dans presque bientôt il rejoindrait ce point focal très lumineux. Cette petite brèche de blancheur entrevue à la limite de son horizon personnel.
Et ensuite ? Est-ce qu'il y aurait quelque chose après ?
C'est un pont banal, sans beauté, simplement utilitaire, pour franchir ce qui n'est même pas vraiment une rivière, à peine un ruisseau. Il est en pierre mal taillée, peut-être même en béton. Je ne sais pas. Pourtant il a fallu que je prenne la photo. Comme une urgente nécessité. J'étais seul. Il n'y avait personne d'autre que moi. Je n'ai même pas franchi cette passerelle. Je n'ai pas eu la curiosité d'aller voir à quel point elle ne menait nulle part.
Enfant, je me serais sans doute précipité. Avide de grimper, de me pencher au-dessus du parapet, d'aller voir de l'autre côté si une vie meilleure, par hasard, ne s'y trouvait pas . Ma mère aurait crié. Le danger était évidemment intense. Sans doute me voyait-elle déjà noyé dans le filet d'eau nauséabond qui n'en finissait pas de s'écouler en laissant traîner derrière lui son odeur fétide.
Adulte, je n'ai plus ce curieux désir curieux. Et cependant, si j'étais passé sur l'autre bord, si j'avais pénétré dans le jardin dont on voit le portillon sur la droite, peut-être aurais-je fait une rencontre inattendue. Peut-être y avait-il quelqu'un qui m'attendait. Une femme. J'aurais aimé que ce soit une femme qui m'attende. Pas une jeune beauté fatale et tentatrice, mais une femme à la maturité rassurante, qui serait elle-même dans l'attente d'un homme.
Elle, autant que moi, nous aurions alors réalisé que le moment était venu et que désormais il n'y aurait plus d'attente. Alors, toute parole aurait été inutile. Seul l'échange de nos regards nous aurait transformé. Transporté.
Mais je suis resté de ce côté-ci de la passerelle. J'ai pris la photo. Je l'ai agrandie. Elle est devant moi, accrochée sur le mur d'en face. Je la regarde souvent. J'attends que le portillon s'ouvre...
Une pipelette, une jacassante, une commère, une babillarde, vous voyez ce que je veux dire ? Eh bien, cela en était une. Une vraie. Une du genre pénible parmi les pénibles. Je pensais que le produit ne se fabriquait plus, qu'au mieux, ou plutôt au pire, on en trouvait quelques vestiges, à l'âge avancé, dans les bistrots de villages. Mais là, nous étions au coeur de la ville moderne, et la potinière potinait. Qui plus est, elle était jeune.
Supporter l'incessant bavardage des femmes à la maison, c'était déjà beaucoup me demander. Mais là, au bistrot, là où j'espérais le simple clapotis du brouhaha ordinaire de ces lieux publics où s'entrechoquent bruits de vaisselle et propos de comptoir, voilà que je me trouvais confronté à une jacasse de la pire espèce. Debout, à la table à côté, laissant s'écouler d'elle une diarrhée nauséabonde de paroles insipides et sans valeur, elle bavassait à qui mieux mieux sous le regard bêta de femelles sur le retour.
C'est plus que je ne pouvais en avaler. J'ai pensé : si j'avais un glaive que lui transpercerais la gorge pour qu'elle cesse de couiner ses inepties.
Il y eût alors comme un bruit assourdissant, pire qu'un A-320 au décollage ; un immense souffle, venu d'on ne sait où, traversa le troquet comme un cyclone, provoquant une panique générale. J'ai juste eu le temps de prendre la photo, sinon personne ne m'aurait cru.
D'après ce que l'on m'a dit, la nana depuis est muette. On dit que c'est un traumatisme dû à la peur. Mais moi, depuis, je crois à l'efficacité de la pensée magique.
Je ne vais pas vraiment bien. Je suis à la limite de flottaison. Dans cette sorte d'état de latence intérieure, il n'est jamais facile d'en trouver les causes. « Objectivement » je n'ai pas de raison d'aller mal, au contraire. Ma vie est faite de plus de bonnes choses que de mauvaises. Certes, il y a, et il y a eu autour de moi des événements difficiles, voire douloureux, mais qui ne me touchent que par ricochet. En tant que tels, ils ne sont pas la cause de mon mal-être. Comme on disait dans le temps, j'ai « la maladie de langueur ». Je me traîne. Oh ! Apparemment, rien ne transparaît. Même ma compagne ne le remarque pas. Il faut dire qu'elle a beaucoup d'occupations tant professionnelles que domestiques et familiales en ce moment. Alors, je fais en sorte de ne pas l'encombrer avec mes états intérieurs. Ce n'est pas vraiment le moment de charger la barque...
Ce n'est sans doute pas l'explication à tout, mais je ressentais ces derniers temps la pesanteur d'une forme de solitude. La solitude qui vient de la perte, de l'absence définitive. Lorsque l'on avance en âge, ceux qui étaient devant nous, qui ont pu être nos maîtres ou nos guides, disparaissent les uns après les autres. Tous les hommes et les femmes qui ont eu une importance dans ma vie, au sens de sa restauration, de son émergence, de la découverte de son sens, et même d'un certain nombre d'engagements, tous ces hommes et toutes ces femmes ont disparu... Pour aujourd'hui, je n'ai plus personne devant.... Sauf un homme, mais qui est loin, à qui je téléphone de temps à autre ; seulement voilà, il est très vieux désormais et ce n'est plus pareil, c'est évident. Je me dis qu'un jour le téléphone ne décrochera plus. Mon « dernier des Mohicans » s'en sera allé...
Finalement, je réalise que je me suis toujours plus au moins installé dans une forme de verticalité des relations. Ou plutôt, cette verticalité a été plus structurante pour moi que les relations horizontales, telles celles de l'amitié par exemple. J'ai plus d'une fois évoquée ici mon maître à penser et tout ce que je dois à cet homme. J'ai envers lui bien plus que de la reconnaissance. Ma gratitude et moins pour ce qu'il a pu m'apporter, que pour la personne accomplie qu'il était. J'ai reçu de lui à la fois par enseignement et par osmose en le côtoyant. Les deux aspects ont été aussi importants l'un que l'autre.
Est-ce parce que j'ai privilégié ce mode relationnel de la verticalité, que j'ai constaté par ailleurs que des personnes venaient vers moi par une sorte d'attirance de je ne sais quoi en moi « qu'elles voyaient » bien plus que moi-même je pouvais en avoir conscience. Par je ne sais trop quelle alchimie, qu'à la fois je désirais et dont en même temps je n'avais pas envie et même dont je me me méfiais, je me suis quasiment toujours retrouvé, soit en position de leader, soit de personne influente. Et pourtant, je n'ai jamais eu le goût du pouvoir, au sens de chercher à le conquérir, à m'en accaparer par toutes sortes de moyens plus ou moins nobles. Peut-être est-ce que je me trompe en tenant de tels propos. Peut-être qu'en réalité inconsciemment je désirais cela. Peut-être que c'est ma névrose finalement...
Ce qui est sûr, c'est que j'ai toujours aimé assumer des responsabilités. Dans bien des groupes auxquels j'ai participé, ma manière d'être et d'agir a trop souvent fini par faire en sorte que j'en devienne le chef, le responsable, l'animateur. Combien de fois cela ne s'est-il pas fait quasiment contre mon gré, par le jeu des influences de groupe, par cette sorte de nasse qui finit par se former autour de soi et dans laquelle on est pris. Cela devient tellement évident pour tout le monde que c'est AlainX qui doit désormais prendre la direction, la responsabilité etc. neuf fois sur dix je finissais par dire oui, et lorsque j'avais l'audace de dire non, je m'en sentais quasiment coupable.
Aujourd'hui, j'ai renoncé à tout engagement de ce type,... Enfin quasiment... Il m'en reste deux ! Est-ce que cela me manque ? Je me pose parfois la question... Comme je crois pouvoir dire que je ne souffre pas d'un manque de reconnaissance en ce domaine, au sens du besoin, cet aspect « en creux » n'est pas un ressort d'action pour moi. Mais est-ce que derrière cela, il n'y a pas une perte de substance de mes aspirations fondamentales. Je veux dire par là, quelque chose touchant au sens de ma vie. Je devrais peut-être mieux reconsidérer les choses sous cet angle.
Finalement, je retombe dans ma problématique "d'utilité sociale". J'ai comme sans cesse besoin d'être utile à quelque chose, quelqu'un. Parfois, je vois bien qu'il y a là comme un naturel de moi, une générosité, une disponibilité qui me constitue. C'est ainsi. Je n'ai pas à m'en enorgueillir. J'en fais le constat. Je ne suis pas généreux pour que l'on me remercie de l'être (même si cela fait évidemment plaisir), je suis généreux parce que c'est une composante de moi-même, qui me tracte en avant quasiment contre mon gré parfois. Cette générosité du coeur et même capable de m'aliéner à moi-même plus qu'aux autres. Ce qui est pire à mes yeux. En effet, lorsqu'on a besoin de la reconnaissance des autres et qu'elle ne vient pas, on peut encore les envoyer chier paître ! Lorsque l'on s'aliène à soi-même, on est bien obligé de se supporter... Ou alors il faut mettre fin à ses jours !... Cette aliénation à moi-même a la couleur du « rachat ». Comme si jusqu'à la fin de mes jours j'avais à "racheter ma vie". Ce n'est même pas de l'ordre d'une expiation. Ce serait trop simple. Ce serait un peu comme dans la religion chrétienne où il faut « se racheter de ses fautes ». S'il en était ainsi, il y aurait une forme de normalité. Tout comme celui qui a fait des conneries mérite une juste condamnation, laquelle lui est d'ailleurs nécessaire à sa propre réhabilitation face à sa conscience. Pour moi c'est autre chose. Plus pernicieux sans doute. Il s'agit de racheter ma vie, comme si cette dernière mettait indue par nature. Que j'ai fait des choses bonnes ou mauvaises, utiles ou inutiles, sublimes ou perverses, qu'importe, c'est indûment que je suis en ce monde.
Toute ma vie, jusque-là en tout cas, il m'aura fallu composer avec ces deux dynamiques foncièrement contraires et antinomiques. Ce fut sans doute mon combat le plus intense et le plus subtil, entre la force vitale qui m'habite comme naturellement et me pousse dans une totale liberté à l'engagement et au service d'autrui, et la force contraire d'aliénation à moi-même qui m'enchaîne comme je viens de l'expliquer. J'oscille sans cesse entre le serviteur libre et l'esclave asservi.
Bon. Je vais publier ce texte. Tout en ayant le sentiment qu'il est quelque peu obscur. J'ai plus écrit pour moi-même que pour ceux qui me lisent. Faudra faire avec cela...
"Il fallait oser", dit Pivoine dans son commentaire de mon entrée précédente, qui dévoile un sexe féminin. Qu'est-ce donc qui est le plus osé ? Dévoiler le corps anonyme ? Ou dévoiler l'intime de soi, de sa pensée, de ses sentiments, des plus nobles aux plus obscurs ? Je me le demande parfois...
Dans son entrée du 9 juillet Alter & Ego relate d'une manière fort intéressante, un aspect du dévoilement de l'intime, tel que cela s'est déroulé lors du week-end sur l'autobiographie de l'APA, où il y eut un jeu d'actrice lors de la narration d'un journal intime ; l'actrice/lectrice, en même temps qu'elle parlait, dévoilant la peau de son corps, puis son soutien-gorge de manière subreptice. Ce jeu de mise en scène troubla la salle semble-t-il. En tout cas il troubla l'auteur du blog...
Cette saynète semble signifier combien le journal intime en ligne peut véhiculer une forme d'érotisation du dévoilement du "je". Un strip-tease de la pensée intérieure savamment distillé, montré puis recouvert. On voit ainsi des textes apparaître à l'écran, pour quelque minutes, quelques heures, quelques jours, puis disparaître du site, tout comme les lumières s'éteignent à la fin de strip-tease lorsque l'effeuilleuse a ôté son dernier voile. Parfois, c'est le blog tout entier qui retourne au néant. Parfois, il réapparaît sur une scène privée, pour un public averti, choisi, initié.
Certains blogs pratiquent le naturisme de la pensée intime. Ils dévoilent tout avec naturel, pour ne pas dire naïveté, autant leur propre vie que celle de leurs proches, tout est mis à nu, donné à voir, quand ils ne mettent pas les photos de leurs enfants en bas âge, dont on sait qu'ils sont les plus mignons de la Terre et qu'il convient que le monde entier puisse les admirer. Je dois dire que si j'avais quatre/cinq ans aujourd'hui, je détesterais que ma mère me montre ainsi en public, parfois dans le plus simple appareil, ou presque...
D'autres blogs, pratiquent l'érotisme raffiné, le faux dévoilement qui ne montre presque rien, tout en donnant le sentiment du contraire. Le banal quotidien est magnifié, maquillé dans une expression savamment construite, en sorte que les paillettes des mots et des tournures cachent l'indigence de la pensée personnelle.
D'autres encore, sont d'excellents professionnels du strip-tease intime. Ils manient tous les genres, sur toutes les musiques, tous les tons. Leurs pensées se déploient en ondulations lascives. Leurs propos savent se faire caressants, proches, murmurés au coin de l'écran, au point qu'on finit par avoir le sentiment d'être l'unique lecteur privilégié, comme la strip-teaseuse sait fixer dans les yeux ses spectateurs pour les capter et les subjuguer personnellement.
Mais voilà, tout ceci se fait par écran interposé Chaque blog, même regardé par des centaines de personnes, est toujours vu individuellement, je veux dire que les personnes ne sont pas regroupées physiquement pour regarder le spectacle. Alors, le malaise du dévoilement, qui peut être resenti lorsqu'on est physiquement présent dans un groupe de "voyeurs", ne l'est pas lorsque chacun est à l'abri, dans son petit chez-soi, devant son petit ordinateur. Car, le dévoilement de l'intime, suppose un regard tout aussi intime. Il est à la fois courageux et naïf d'oser une lecture de SON journal intime devant un groupe. Il faut avoir pratiqué ce genre d'exercice (dans un groupe de thérapie par ex.) pour réaliser que les émotions ressenties à certains passages, rejaillissent massivement et le plus souvent d'une manière incontrôlable.
Ce passage d'alter & ego est particulièrement signifiant : Étrange sensation que de nous voir tous, immobiles, écoutant cette vérité intime qu'est la souffrance, dite par une actrice jouant son propre rôle en lisant ses textes authentiques. Où se situaient les limites entre théatre et résurgence des souvenirs ? Revivait-elle vraiment cette douleur ou en jouait-elle dans un registre émotionnel ? Était-ce une douleur intime exposée au public, ou la reproduction de cette douleur ? Là encore nous étions en quelque sorte "voyeurs" d'une intimité non-contenue.
Pour ma part, j'ai l'évidence (mais je peux évidemment me tromper), qu'il ne s'agissait nullement d'un effet théâtral et que la douleur évoquée dans le journal intime était ravivée, réactualisée à l'instant même où la personne l'exprimait en public en lisant un texte écrit précédemment. Il se peut même qu'au moment de l'écriture, les émotions, les affects, étant (en quelque sorte) passés uniquement par le stylo ou le clavier, ceux-ci n'aient pas eu encore la possibilité de sortir par l'oralité devant quelqu'un ou des personnes. L'écrivant/lecteur se trouve alors pris au piège qu'il s'est tendu lui-même de par son choix de se dévoiler devant d'autres. Je dis que j'ai cette évidence, car il s'agit là d'une technique de thérapie de groupe destinée, non pas à piéger les gens puisqu'ils sont volontaires et en connaissent les tenants et les aboutissants, mais à piéger les ressentis douloureux encore enfouis dans la sensibilité et dont le rejaillissement à l'extérieur sera libérateur pour la personne. Encore faut-il que le public qui écoute y soit préparé, capable d'absorber, encore faut-il que "l'opération" soit encadrée par un thérapeute compétent, car sinon pour l'auteur/lecteur, ce serait une épreuve bien plus terrible qu'il faudra à nouveau affronter. Il n'y aura pas libération, mais tout au contraire un nouvel enfermement de la souffrance et une réactivation des protections internes contre celle-ci ; laquelle, cependant, continuera à faire son oeuvre souterraine néfaste dans la sensibilité et le corps. La seule porte qui restera ouverte, sera celle des somatisations...
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Me voici tout à coup par digression, bien éloigné de mon propos d'origine sur cette photo de nu anonyme à la carte bancaire, et du « il fallait oser » du commentaire de Pivoine...
Le poème qui suit a été inspiré par la photo d'un nu féminin, plus précisément, un sexe « orné » d'une carte bancaire. D'où les variations et autres jeux à partir de mots évoquant l'argent... Pauline, auteur de la photo et titulaire du site que j'avais référencé sur mon blog (une petite page de pub pour elle, comme ça, sans lui demander des droits de publicité ! :))) , après s'être déclarée « flattée d'avoir été choisie pour illustrer ce poeme », [voir les commentaires], me demande à présent de la supprimer, parce qu'elle n'est pas contente que je n'ai pas attendu son autorisation formelle pour publier, et parce que quelqu'un serait, paraît-il, venu piquer cette photo sur mon site... La dame ne semble plus flattée... Mais quelque peu irritée... Dont acte ! Qu'elle se les garde pour elle ses photos et que personne n'aille les voir ! Cela m'apprendra à vouloir être honnête, car j'aurais pu publier complètement anonymement et dans ce cas il y avait un chance sur un milliard que cette chère Pauline le sache...
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ICI
IL Y AVAIT UNE PHOTO !!
(une jolie madame toute nue...)
HOP !
Y EN N'A PLOUS !!
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De son corps elle faisait commerce. C'était elle mon trésor, il n'était pas public.
Je payais mes baisers en cash, Auprès d'elle j'avais du crédit.
Elle était folle de mon pèze, dans sa tirelire je planquais mon liquide.
elle disait : veux-tu voir mon pécule ? j'adorais lui lustrer l’écu.
Lascive, elle se montrait numéraire une vraie pompe à finances J’avais ma bonne fortune.
Son grisbi c'était de la braise elle savait tenir ma bourse et faire gicler mon pognon.
Combien de temps avons-nous passé ainsi face à face sur cette terrasse ? Saurais-tu le dire ? Souvent, tu venais t'asseoir la première. Tu me regardais fixement. Je foulais la pelouse un peu dans tous les sens, à l'autre bout du jardin, faisant semblant de m'attarder sur une herbe indésirable que j'arrachais d'un coup sec. Je retardais l'instant du tête-à-tête. Je ne pouvais supporter longtemps ton regard dans mon dos. Pourtant, lorsque je me retournais, c'est un flot de tendresse et de bonté qui coulait dans le fond de tes yeux. Ces sentiments je ne les avais jamais perçus dans aucun regard auparavant. Était-ce moi qui me bouchais la vue jusque-là ? A moins qu'il n'y eût rien d'aimable me concernant, rien qui ne puisse être objet de sollicitude envers moi. Ce regard-là m'obligeait à venir m'asseoir en face de toi. Par défi, je fixais ton oeil sans ciller. Allais-tu supporter la froideur d'acier du bleu de mes yeux ? A la mesure de ta bonté je fourbissais mes armes sans même m'en rendre compte, tellement ta tendresse infinie faisait naître ma suspicion. Lentement s'écoulaient les longues minutes silencieuses. Je guettais le moment où tes yeux s'éteindraient, où l'impatience chasserait la bonté avant que de faire naître l'agacement.
Il n'en était rien. Deux larmes finissaient par couler sur chacune de tes joues.
Hier soir, à la télé, j'ai regardé une partie du documentaire de Yann Arthus Bertrand sur les problèmes de notre planète que l'on est, paraît-il, en train de pourrir. Je me suis demandé si j'allais me suicider tout de suite, ou si j'attendais encore quelques jours. J'ai opté pour un sursis.
Dans ma jeunesse je me disais : "Mince je vais peut-être mourir avant de pouvoir aller faire un voyage sur mars pendant mon mois de congés payés". Aujourd'hui, on m'incite à penser qu'il vaudrait mieux que je ne tarde pas trop à mourir, d'une part, pour faire diminuer la population mondiale, d'autre part, on va soi-disant se retrouver dans un tel bordel de dérèglements de toutes sortes, que cela ne vaut plus la peine de continuer à vivre.
Soyons clairs : je suis partisan, je n'aime pas Yann Arthus Bertrand ! Ce photographe qui sait se constituer sa petite fortune personnelle avec les malheurs supposés de notre planète, cela n'est pas loin de me dégoûter. Il a l'art de montrer de belles images en y associant un discours nauséabond est catastrophiste, digne des plus belles pages de l'Apocalypse, que l'on attend toujours...
Je vais tenter d'être objectif, j'avais particulièrement apprécié sa grande série de photos des « Français moyens » qu'il avait réalisée il y a une dizaine d'années. (J'ai encore le numéro spécial de "l'Express" où elles furent publiés, et on peut les retrouver sur Internet). À cette époque, ce type avait encore semble-t-il un peu d'humanité. Aujourd'hui c'est une machine à vendre ses produits, avec comme sujet d'enrichissement les malheurs de la planète. Sans doute a-t-il pris comme modèle Nicolas Hulot, qui, dans la dimension mercantile, lui ressemble comme deux gouttes d'eau polluée.
Dans le documentaire en question, il est omniprésent à l'image (quel bel homme aux tempes grisonnantes !), et je me demandais même pourquoi il ne poussait pas le bouchon jusqu'à mettre dans le bas de l'écran des bandeaux publicitaires pour que l'on puisse acheter ses publications. Un moment donné, on le voit en avion filmant une forêt d'éoliennes qui gâchent totalement le paysage, et déclarer qu'il trouve ça particulièrement beau !... Sauf que le ton qu'il avait, ainsi que son visage, démontraient qu'il mentait effrontément. Il devait penser en lui-même : comme c'est dégueulasse ! Je l'imaginais, un petit siècle en arrière, en train de filmer une forêt de pylônes électriques EDF et de déclarer : comme c'est beau ! Certains ont un art consommé de nous prendre pour des cons !
Oui, je sais, c'est pas bien d'écrire tout cela. L'heure est gravissime, la Terre se meurt ! Je devrais chaque matin me prendre la tête entre les mains, et me mettre à pleurer à chaudes larmes sur le triste sort de la Terre que nous polluons, pillons, massacrons, détériorerons, asséchons, désertifions, déforestons,.... Et pourtant... Qu'est-ce que c'est bon de rouler avec ma bagnole au pétrole qui pollue, de me servir de cet ordinateur bourré de composants qui traverseront les siècles, qu'est ce que je suis content d'acheter des produits pas chers venant de Chine et fabriqués avec une énergie hyper-polluante, comme c'est délicieux d'entendre le bruit de ma chasse d'eau qui déverse ses 15 litres d'excellente eau potable, quand j'ai pissé trois gouttes dans la cuvette, de m'émerveiller devant mon salon de jardin en bois exotique qui a participé à la déforestation, ou devant mes chaises en plastique qui me survivront jusqu'à la 50e génération. Ah non ! Excusez-moi ! Il n'y aura pas de 50e génération après moi, puisqu'avant la fin du XXIe siècle nous seront tous passés "ad patres". Enfin, si j'en crois M. Yann Arthus Bertrand...
Ce que je veux dire, c'est qu'il y aura toujours des gens pour se faire du fric sur le malheur des autres et du monde... Mais qui ne bougeront pas le petit doigt pour changer quoi que ce soit à la frénésie de consommation qui, elle, nous pollue depuis un siècle...
Quand aurons-nous vraiment le courage de dire que nous nous sommes collectivement, sociétalement, irrémédiablement, installés dans l'accomplissement de cet adage : « Après nous le déluge !... »
Car, notre Dieu-Croissance, est un dieu exterminateur....
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As de trèfle Pauvre planète Album : "Merci bonsoir" (2005)
Nous qui ne sommes que des locataires Depuis la nuit des temps Prenons bien garde dès à présent De ne pas nous croire propriétaires Si nos enfants, nos petits enfants Pouvaient garder les yeux ouverts Laissons leurs au moins un océan, Trois arbres et deux rivières.
À force de lire des blogs, après avoir aidé beaucoup de personnes au long de ma vie, et donc en comparant d'autres vies à la mienne, je me dis que j'ai de la chance de ressentir la vastitude de ma liberté intérieure personnelle. Certes, j'ai encore mes zones d'aliénation, c'est-à-dire lorsque je ne maîtrise pas suffisamment mes impulsions, que je m'en contrôle pas l'expression comme il conviendrait, mais, la portion de liberté, dépasse largement les 50 %...
Évidemment, il faudrait définir ce qu'est la *liberté intérieure*. Je ne sais pas si je vais m'y risquer aujourd'hui faute, pour une part de disponibilité d'esprit, faute d'autre part, d'un certain courage de m'y mettre actuellement, car je vois assez clairement les divers développements qu'il faudrait apporter. Je me contenterai pour l'immédiat de dire ce qu'elle n'est pas, car en ce domaine j'entends souvent des choses contraires à mes propres convictions, et même parfois, des choses fausses. La *liberté intérieure* n'est certainement pas la capacité de faire tout ce que l'on veut, pour ne pas dire un peu tout et n'importe quoi, comme l'adolescent qui se croie libre, mais n'est en fait que dans une aliénation de contradiction et d'opposition propre à son âge, certes, mais ne parlons pas de liberté intérieure à cette étape. La difficulté commence lorsque l'on rencontre en ce domaine des adolescents longuement attardés, lesquels adolescents peuvent compter 40 ans à 50 ans d'heures de vol... Évidemment, cela devient alors problématique, notamment dans les relations amoureuses... Car vivre des amours adolescentes à 50 ans, cela n'est pas sans poser quelques difficultés !... En particulier si le partenaire est lui-même plus « mature ».
Si je regarde un peu l'expérience de ma vie, je dirais que ma *liberté intérieure* résulte d'une longue conquête, et même d'un combat, contre les forces aliénantes qui séjournaient en moi. Dans le même temps, elle est une aventure d'engagement fidèle, à la fois à des personnes, est à la fois à ce *moi profond* que constitue mon identité essentielle, que je ne me suis suit pas choisie, mais que j'ai reçu par naissance et par développement. Autrement dit, et c'est un paradoxe essentiel, la *liberté intérieure* est en réalité un "consentement" à ce qui existe en moi et hors de moi.
La meilleure métaphore que j'ai trouvée pour en rendre compte, et celle de la liberté du navigateur qui mène son voilier dans la direction qu'il a choisie, mais qui doit tenir compte, consentir et même subir, les courants, les vents bons ou mauvais, le calme plat de la mer ou la tempête qui se déchaîne. Tout cela en fonction des capacités et de l'état de son bateau. S'il veut « en faire trop », par défi, entêtement, incompétence, orgueil, provocation, besoins insatiables, idéalisme, contrainte morale ou religieuse, etc. alors, il a toutes les chances de chavirer, voire de périr en mer. Il en va de même s'il abandonne la barre, se décourage, se démoralise, et pire encore saborde lui-même le navire...
Ma plus grande et ma plus belle aventure de liberté d'engagement fidèle, est certainement celle que je vis depuis 35 années avec ma compagne. Je dois à cet amour partagé, envers et contre tout, non seulement les plus belles heures de mon existence, mais encore, sans elle, je pense que je ne serai jamais accédé à cette source du don de moi, si intense, tellement bienfaisante pour notre aventure à deux, et qui, loin de m'aliéner, m'a au contraire permis d'agrandir l'espace de ma *liberté intérieure* jusqu'à des frontières que je croyais inaccessibles pour moi.
L'autre acte de liberté qui a vraiment libéré toute ma force intérieure, aura été de me mettre librement dans une soumission choisie à mon Maître à penser. (Mes lecteurs habituels savent de qui je parle...). Là où j'en suis, j'aurais tendance à dire, que la *liberté intérieure* est une aventure de soumissions successives, à ce que j'appellerai des *courants porteurs* (pour aller dans le sens de ma métaphore maritime), dont on pressant qu'en allant dans cette direction, en les suivants, on sera amené à un déploiement personnel de sa terre intérieure. Pour ma part, il s'est agi de personnes dont j'apercevais la grandeur d'âme, la profondeur humaine, le poids de l'expérienciel, la structuration de la pensée, le souffle du charisme. Il s'est agi aussi de rencontres marquantes, de ces pierres blanches, de ces moments lumineux qui gravent leurs traces indélébiles sur le coeur, dans l'âme. Enfin, je citerai certaines lectures mais qui ont plutôt été comme des portes, des ouvertures qui m'ont permis d'entrer, d'entrevoir ces zones inconnues de moi. Mais, ce que j'ai reçu de plus intense, ce fut toujours au coeur d'une relation, généralement dans la durée, pour ce qui est des transformations les plus fondamentales.
Curieusement, je réalise que c'est seulement encore après que je peux citer les divers thérapeutes qui ont accompagné toute cette phase de reconstruction personnelle et même d'émergence de ma personnalité, bien qu'ils ont été très importants en leur temps. Je suis pourtant allé loin avec certains, dans les phénomènes transférentiels notamment, avec toute la douleur et tous les excès que comportent ces phases (et en plus on paye ! !), notamment l'extrême dépendance choisie au début, mais qui parfois s'impose et englue, et dont il faut bien finir par « sortir par le haut » (à condition que le thérapeute soit très compétent... Mais aussi que « l'aidé » ait aussi acquis sa propre intelligence du chemin, c'est-à-dire qu'il ne se vive pas pieds et poings liés avec la prétendue science du thérapeute - mais ceci est un autre débat... -).
Bien entendu, il me reste bien des zones d'ombre, des dysfonctionnements, des incohérences, dont je me demande si j'arriverais à m'en débarrasser un jour. Je me le demande d'autant plus que j'ai parfois le sentiment de vivre sur mes acquis et ne plus tellement désirer de nouvelles formes de progression. C'est probablement une erreur, un égarement, car le vivant est un être sans cesse en croissance et développement. C'est tellement puissant dans l'humain cette dimension-là, qu'elle donne naissance aux croyances, religions et convictions d'une "poursuite après", d'une autre forme de vie qui se continuerait, qui se développeraient encore.
Reste que, si je me limite à l'instant présent, je me retrouve avec ce sentiment de reconnaissance profonde qui envahit toute ma personne et qui aimerait comme « étreindre la Vie », et la serrer dans mes bras en déposant sur elle un baiser de reconnaissance infinie.