
Impressions voyageuses
Je ne saurais dire avec exactitude l'état intérieur qui préside à mon retour chez moi. Je viens de vivre une parenthèse de quelques jours dans différents *ailleurs*. Je n'ai pourtant fait que traverser la France de part en part, et retour. J'ai rencontré des inconnus qui le sont désormais un peu moins, j'ai rencontré des amis proches que je croyais connaître et qui m'ont surpris. Rien de bien extraordinaire en apparence. Et pourtant.

Où que j'aille, mes voyages sont toujours intérieurs. J'ai besoin de m'imbiber. Longuement. Les lieux me marquent sous forme d'impressions fortes, pénétrantes. Je vis une sorte de nécessité de me laisser imprégner. Lorsque je me trouve dans un lieu dit « touristique », je ne suis pas de ceux qui se plongent dans les guides ou catalogues pour connaître l'histoire locale du lieu de l'Antiquité à nos jours. Je n'ai quasiment aucune curiosité intellectuelle en ces domaines. Je suis même particulièrement inculte sur tout cela. Je ne suis pas de ceux qui veulent connaître, je suis de ceux qui veulent ressentir. C'est ma priorité.

Cette fois, le lieu qui m'a marqué aura été la visite de l'Hôtel-Dieu de Beaune (les fameux Hospices de Beaune), cette sorte d'hôpital pour pauvres, créé au Moyen Âge par un riche notable pour s'acheter une place au ciel (il n'y a pas d'actes gratuits !...). Le bon touriste moyen doit faire la visite en moins d'une heure. Ma compagne et moi sommes restés plus de quatre heures environ, je crois. J'avais besoin de m'imbiber. Peu m'importent les dates historiques, les événements, les noms des personnes, la description de l'usage des instruments chirurgicaux et de la médecine de l'époque. Je ne lis aucun des panneaux explicatifs. Je préférerais même qu'il n'y en ait pas. Cela me distrait de l'essentiel, qui est une véritable pénétration par osmose. Et la transfusion demande du temps. Heureusement, la saison est terminée, les touristes sont peu nombreux, et des groupes constitués visitent au pas de charge, (deux ou trois, dont un car de japonais... forcément... !)
Je me laisse envahir jusqu'à saturation. Bien sûr, cette forme de connaissance par impression n'a rien de scientifique, ni d'historique. Elle fait aussi appel à l'imagination. C'est sans doute un mode de connaissance critiquable par son empirisme. Mais c'est cela qui me convient le mieux.
J'ai le sentiment d'être ramené à l'essentiel contradictoire de l'homme. Un lieu admirable de beauté tout autant austère que raffinée, une forme de magnificence gratuite à destination des plus pauvres. Des salles belles, au calme reposant, mais qui en réalité étaient probablement des lieux de souffrances, de cris et de gémissements, d'odeurs pestilentielles de la mort, d'actes de barbarie des chirurgiens apprentis sorciers qui étaient généralement des barbiers. C'étaient pourtant les hôpitaux « modernes » de l'époque... Et celui-là avait le mérite d'être réservé aux indigents.
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La veille on avait aussi passé pas mal de temps au Pont du Gard.

On peut s'extasier sur la performance architecturale et la pérennité à travers les siècles de cet aqueduc romain. Moi, je me dis toujours : combien de morts ? Combien d'esclaves ? Combien d'exploités ? Pour en arriver là... Apparemment cela n'est pas indiqué dans les guides touristiques...
Il est vrai qu'il vaut mieux parler du génie des bâtisseurs...

Dans chaque village, chaque ville, il y a un monument aux : *morts pour la France*, pourquoi n'y aurait-il pas des monuments aux : *morts pour les "Merveilles du Monde" et les ouvrages classés au "Patrimoine de l'Humanité" *...
Ce ne serait que justice et cela relativiserait peut-être les discours délirants, emphatiques et grandiloquants, sur ces "merveilleuses beautés" qui ne sont que la manifestation de la puissance et de l'orgueil des minorités dominatrices et esclavagistes de l'époque...
Lequel de ces savants, incultes de l'homme, serait prêt à mourir pour une pyramide ?
Libellés : Actualité, Au fil de l'eau

AlainX 4:13 PM
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