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jeudi 30 novembre 2006
Téléthon
Le téléthon contribue au financement de la recherche sur les embryons humains. Une partie des dons est utilisée par les apprentis sorciers, non pas pour guérir des maladies ou soigner des malades, mais pour une recherche fondamentale sur l'embryon. Aujourd'hui, des évêques catholiques soulèvent cette question et lui donne un écho médiatique. Mes lecteurs savent que je ne suis pas un fanatique de la religion catholique... Mais pour une fois je trouve que les évêques ont raison de donner à réfléchir sur ce que, personnellement, j'estime être des dérives éthiques qui ne vont pas dans le sens du respect de l'être humain, fût-il embryonnaire.
Les dirigeants du téléthon s'indignent évidemment. Ils précisent qu'ils agissent dans un cadre légal en finançant des travaux que la loi autorise. Ce qu'ils ne disent pas c'est l'incroyable lobbying qu'ils ont fait pendant des années pour obtenir des décrets applications allant dans leur sens !! La loi qu'ils brandissent, c'est eux qui l'ont fait faire ! Lorsqu'on dispose de tant de millions d'euros à titre privé, donnés par des millions de personnes qui se sont laissées attendrir par des images de télévision pendant des heures et des heures, on peut exercer des pressions politiques considérables et obtenir ce que l'on désire.... C'est ce qui est arrivé. Les prétentions éthiques de l' AFM (association française contre les myopathies), sont donc de dire qu'elle se conforme à la loi, rien qu'à la loi ... Loin qu'elle a largement "aidé" à faire advenir...
L'AFM est désormais fière de ses "bébéthons", qui résultent d'un tri sélectif d'embryons dans le cadre de procédures préimplantatoires. On a éliminé les embryons défectueux (ceux qui risquaient de donner les tarés quoi !!), au profit de ceux qui étaient susceptible de donner des humains, grands, beaux et forts à la planète ! (blonds peut-être ?)
Il se fait donc que si je devais naître aujourd'hui, je serais dans les embryons éliminés... Puisque j'avais une faiblesse génétique qui a causé mes ennuis de santé à douze ans ! Je n'aurais pas la vie que j'ai, et vous ne seriez pas en train de lire ce que j'écris... N'est donc pas merveilleux le progrès scientifique du monde médical ?! Rendez-vous compte vous auriez pu échapper à Alainx, ce type diminué physiquement et qui ne méritait pas de vivre dans la société merveilleuse que l'on nous promet, où tous les malades, les estropiés, les "pas comme les autres", seront progressivement éliminés de la face de la Terre par la sélection des embryons. C'est ce que la médecine nous promet nettement est clairement.
En 2005, des scientifiques, proche de l'AFM (probablement parce qu'ils sont financés par vos dons...), ont favorisé le dépôt d'une proposition de loi sur le clonage humain. L'un d'eux explique clairement que le clonage humain est indispensable pour les industries cosmétiques, de manière à pouvoir tester l'effet des pommades censées embellir le corps de ces dames sur des clones humains ! N'est-ce pas merveilleux ? C'est sûr qu'il faut le faire "parce que vous le valez bien" que l'on sacrifie de la vie humaine pour votre beauté !
Pour ma part, je connais cette orientation de l'AFM depuis l'an 2000. C'est à cette date que j'ai cessé d'être donateur après d'ailleurs m'être déjà posé des questions les années précédentes sur la valeur de cette opération téléthon. Je ne regarde plus l'émission. Je ne supporte pas cet étalage d'enfants handicapés qui ne seront jamais guéris par les actions financées par l'AFM, contrairement à ce qu'on leur fait croire à ce que l'on fait croire au public. D'ailleurs ils sont tous morts les uns apres les autres. Mais on "remplace" le (la) petit(e) handicapé(e) de service à chaque fois. Ne vous inquiétez pas, vous aurez encore cette année de quoi verser votre larme !
Qu'il y ait la nécessité de financer la recherche médicale, je ne le conteste pas, bien au contraire. Mais ceci relève essentiellement de la politique de l'état et d'un financement par l'impôt. Donner de tels moyens financiers collosaux à des associations privées, leur permettre d'avoir un tel pouvoir par l'argent grâce à une quête organisée par le service public, me semble éminemment contestable. Je n'étais pas de cet avis il y a quelques années et j'ai largement donné au téléthon. Mais on ne m'y reprendra plus !
Je préfère, et de loin, reporter la somme que je versais sur d'autres associations, plus directement engagées dans des actions concrètes, avec des moyens modestes qui ne sont pas détournés de leur objet premier : soigner et s'occuper de nos semblables.
(cela dit, si vous aviez l'intention de donner...donnez... ils font aussi de bonnes choses.... mais ils ne sont pas les seuls....)
Libellés : Actualité, Rogne et grogne

AlainX 10:09 AM
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mercredi 29 novembre 2006
Si-dé-rant !!
Incroyable !
Après des jours, des mois, des années de suspens insoutenable ! La nouvelle est enfin tombée !
Chaque français attendait l'oreille rivée au transistor, les yeux fixés sur les écrans d'ordinateurs des sites d'info, les jambes tremblantes, la gorge sèche, l'angoisse à l'estomac. La rumeur enflait depuis des jours !
Et voila... C'est fait !
Jean-Marie Nicolas Sar*ko*zy veut être président de la République... Il l'a dit "officiellement" à plein de journaux en même temps !
Vous vous rendez-compte !! TOTAL SURPRENANT !!!
(mais pourquoi il nous prend tellement pour des cons ce... c... andidat... ? )
Libellés : Actualité politique, Rogne et grogne

AlainX 7:50 PM
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lundi 27 novembre 2006
Bord de mer
Agréable week-end en bord de mer. Vent tempêtueux pendant quelques heures qui donne la rage aux vagues lorsqu'elles viennent mordre les rochers. Puis, ciel tout bleu, retour au calme et relative douceur de l'air pour un mois de novembre toute la journée de dimanche. Nous avons pris les repas au restaurant, visité une ou deux galeries, mais surtout nous avons pris le temps de l'amour tendre, dans une relative solitude à deux car il n'y avait quasiment personne, ce qui donne ce sentiment fou de jeunesse que le monde nous appartient ! Je nous sentais comme de jeunes amoureux blottit l'un contre l'autre dans le vent fort qui soufflait à nos oreilles.
Dimanche après-midi en bord de Manche.
Beaucoup de couples parlent d'une usure relationnelle avec les années qui passent. Je n'ai jamais ressenti cela pour nous. Certes il y eut des crises, des affrontements, quelques périodes grises, mais à aucun moment je n'ai vraiment ressenti ce phénomène de l'usure. Est-ce que nous avons eu de la chance ? Je serais tenté de répondre pas plus, pas moins que les autres. Je crois que nous avons eu un parcours atypique qui a résulté de choix personnels et de choix de couples que nous avons posés volontairement et qui ont sans doute été comme la mise en oeuvre de cette sorte de pacte que nous avons conclu en nous mariant, selon lequel nous aurions une vie qui sortirait des chemins convenus et que nous risquerions nos vies (quelle grande expression !) dans une aventure singulière dont nous avons entrevu les prémisses très tôt dans notre vie à deux.
C'était très clair, autant pour elle que pour moi : nous ne reproduirions par un monde ancien dont nous avions décidé de nous dégager nettement. Ce n'était pas une folle espérance, ni un doux rêve, c'était une pierre de fondation de notre couple. Le seul mérite que nous avons eu, et peut-être la clé de réussite, fut que nous avons EFFECTIVEMENT mis en oeuvre ce pacte-là. Et ceci dès le début de notre vie commune. Je n'oublierai pas les actes de rupture posés avec nos parents respectifs et qui concernaient des habitudes, des traditions familiales fermement installées. Pas de repas de familles obligés, pas de "Noël traditionnel" (mais Noël toutefois....), pas de "réveillon" (le soir du 31 décembre on allait "festoyer" dans une soupe populaire et ma compagne y jouait de la guitare... Ces années restent pour moi des souvenirs forts, des moments intenses de joie et de fraternité réelle avec des hommes et des femmes qui n'avaient pas été épargnés par la vie. Cela à meilleur goût que les huîtres et le foie gras...). Évidemment, ce que je dis là, relève plutôt de l'anecdotique. L'essentiel fut évidemment ailleurs, notamment dans les choix de vie, les choix professionnels, les groupes d'appartenances, les engagements militants.
L'autre pierre de fondation était la décision de prendre soin de notre relation par le dialogue, par l'engagement dans un travail personnel sur soi, par la création d'une sorte de regroupement de couples qui désiraient "vivre autrement" (nous étions dans les années 70!). Puis par la création d'un groupe de quatre couples amis particulièrement unis et solides. Nous nous sommes réunis très régulièrement pendant plus de quinze ans chaque mois pour faire le point sur nos vies de couples et de familles, avec une pédagogie que nous avions mise au point ma compagne et moi. Nous avons partagé joies et épreuves (lourdes pour un couple avec un enfant handicapé) et je crois pouvoir dire que sans ce groupe fidèle et régulier, nous ne serions peut-être pas encore ensemble aujourd'hui, tant ce fut un soutien pour chacun. Aujourd'hui nous ne nous réunissons plus de manière formelle comme c'était le cas précédemment, mais nous entretenons des relations de couple à couple et nous nous retrouvons tous ensemble environ une fois l'an pour un repas de fête entre nous. Ce sont pour moi des personnes et des liens très solides et très essentiels. J'ai eu l'occasion çà et là d'en parler ici. J'ai un peu l'impression de radoter ! Mais il est vrai que ce groupe fut une pierre de construction essentielle pour notre couple.
Il n'y a pas si longtemps, mon frère me disait que j'avais été un marginal dans la famille et qu'il le regrettait. Je le comprends d'autant mieux qu'en ce qui le concerne il est toujours demeuré très attaché aux traditions familiales. Cela m'énervait dans le passé, aujourd'hui j'en vois au contraire tout l'intérêt, notamment dans l'immense travail qu'il a fait en écrivant l'histoire de notre famille. J'ai ainsi mieux réalisé combien mon grand-père paternel, dans le contexte de son époque bien entendu, avait été aussi "en rupture" avec sa propre lignée...
Lorsque je parle de « rupture », il ne s'agit pas d'affrontements avec les familles (même s'il a pu y en avoir...). Il s'agit de prendre sa distance effectivement et notamment de briser avec des rites et des habitudes quasiment mortifères et contre-productifs, que chacun d'ailleurs critique par derrière, sans oser s'affronter à une autre réalité mise en mouvement. C'est quand même extraordinaire de voir ces familles où chacun, pris en aparté, déclare qu'il s'emmerde grave à ce genre de réunions familiales, et qui cependant, par habitude ou crainte, perpétue au fil des ans la reproduction de ces repas-conneries... Allant même jusqu'à déclarer que ces traditions sont très importantes dans une famille ! (Chacun trouve son système justificatif comme il peut...). Lorsque je travaillais dans l'aide aux personnes, à partir de mi-novembre c'était le sujet récurrent... Le repas de familles de Nöel ou du nouvel an !! J'appelais cela les "rendez-vous déprime du marché de Noël". Lorsque je tentais d'ouvrir la porte d'un autre chose possible pour les fêtes de fin d'année, je voyais à la fois une forme d'espérance vaine naître dans les yeux, en même temps que j'entendais l'intense soupir de découragement du « c'est pas possible "ils" ne comprendraient pas... ». Ah ! Cette terrible peur de bousculer un peu l'existant et de déplaire !! J'ai dû garder au fond d'un de mes tiroirs une carte postale de Norvège ou de Suède je ne sais plus, d'une femme qui avait enfreint le sacro-saint repas de familles et qui comportait ces seuls mots : "c'est merveilleux, je me sens libre enfin ! Merci !"
Bon ! Je n'avais pas l'intention de parler de tout cela... Je voulais juste dire que j'avais passé un délicieux week-end... ! Cela m'aide à supporter mes douleurs qui ne semblent pas vouloir me laisser beaucoup de répit...
Libellés : vie de couple

AlainX 10:25 AM
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vendredi 24 novembre 2006
en forme de suite....
Un certain nombre de commentaires de mon entrée précédente me donnent matière à réflexion. Ce qui m'a sans doute interpellé en premier, c'est ce qui est dit sur une certaine obsession de Dieu que j'aurais, bien que je m'en défende. Au mot obsession, je lis dans mon disco : «, image, sensation qui s'impose à l'esprit de façon répétée, incoercible et pénible; préoccupation constante dont on ne parvient pas à se libérer. » C'est un peu cela, sauf les adjectifs "incoercible et pénible" que je ne retiendrai pas en ce qui me concerne. Mais, préoccupation constante dont je ne parviens pas à me libérer, cela me convient tout à fait. Dieu, ou pas Dieu, est en effet une question qui a toujours occupé mon esprit. Plus d'une fois on a dit que je résistais à Dieu (et à son amour ajoutaient ceux qui croient en un Dieu-aimant), ce qui comporte le présupposé de son existence. On ne résiste pas à ce qui n'est pas, ou alors il faut aller se faire soigner en psychiatrie... Je me suis dit croyant. Aujourd'hui, je me dis athée. C'est pour cela que je ne puis être agnostique. Cela ne correspond pas à mon tempérament. Soit JE CROIS QUE Dieu existe, soit JE CROIS QU'il n'existe pas. SAVOIR si Dieu existent réellement ou non est une fausse question, à laquelle personne ne peut répondre, pas même ceux qui confessent une foi en Dieu. Affirmer que Dieu existe est une imbécillité. Affirmer que Dieu n'existe pas est une connerie. On peut seulement dire : je crois que... Tous ceux qui ont tenté de démontrer l'existence de Dieu, ce sont toujours lamentablement plantés dans leurs raisonnements, qui finit toujours par se boucler sur lui-même et tout est à recommencer... (Je ne dis ici rien de très original... Des milliers de bouquins théologiques et de philosophies ont dit la même chose que moi depuis bien longtemps...)
Ma démarche personnelle comporte une constante (limitée certes) qui est l'observation de ma réalité intérieure personnelle. Pour le coup, je ne CROIS pas que je suis un homme d'intériorité. Je le SAIS... C'est dans cette observation que je découvre (le fil à couper le beurre oui oui...) que je suis un être fini mais ouvert sur l'infini, un être imparfait, mais qui rêve de perfection. Pour un croyant en Dieu, cet "infini" et cette "perfection" sont une sorte de reflet de la présence de Dieu en soi. Reconnaître cette réalité intérieure, cette aspiration "à plus", c'est reconnaître Dieu (ou l'action de dieu). C'est ce à quoi j'ai adhéré tout un temps de mon existence. Ou plus précisément à deux temps de mon existence. Dans mon enfance, baignée de chrétienté, de religiosité plus ou moins magique, de dévotion mariale, de certitude absolue que Dieu existe comme le nez existe au milieu de la figure. Enfants donc, je croyais aussi à ce Dieu présenté à la fois comme un être bon et proche (le petit Jésus) et comme un être lointain, surveillant jugeant les condamnant (Dieu le père tout-puissant). Milieu familial oblige. Né ailleurs j'aurais sans adopté d'autres croyances... Comme bien des gens je me suis révolté à l'adolescence contre tout cela. "Je faisais ma crise" comme disait ma mère, qui attendait qu'elle passe comme l'orage finit par s'éloigner. La crise me dura longtemps. Par la suite, Dieu ne m'intéressa plus vraiment. Les amours humaines et féminines comblaient suffisamment mon existence...
C'est la démarche de travail sur moi qui m'amena à cette perception personnelle (et non pas intellectuelle ou philosophiée) de "l'infini qui m'habite", de la "perfection qui m'aspire vers le haut", et de la "présence" en moi d'un "plus que soi" qui m'a conduit à ce que je pourrai appeler un retour relationnel à un Dieu personnel et intime. Comme si effectivement il était l'origine et le tout de ces perceptions intérieures que je ne pouvais réduire à ma propre personne (elles me dépassaient partout les pores de ma peau). Tout cela était de l'ordre de l'expérienciel (auquel je crois), et non pas de l'ordre des idées ou de l'intellectualisation (dont je me méfie).
Pour le chrétien Dieu est "quelqu'un", un autre, un tout autre et non pas une entité ou une divinité inventée, ni le Cosmos ni Ra, ni la Lune (qui vit cependant sur un clocher, comme un point sur un "i", c'est bien connu...). Pour le chrétien toujours, je peux rentrer en relation avec Dieu, par le dedans-de-moi-même (démarche spiritualiste), ou par la relation aux autres (mes frères en Jésus-Christ diront les chrétiens), ou par les signes que Dieu manifeste au monde (et que le prophète inspiré traduit au nom de Dieu). [En m'exprimant ainsi je ne crois pas trop trahir la doctrine catholique]. J'ai à l'époque noué des contacts avec des chrétiens que j'appellerai "ouverts et intelligents" (plutôt en marge de la religion catholique d'ailleurs !), ils appartenaient plutôt au monde de la psychologie et de la philosophie. Ils partageaient leurs convictions comme je fais un peu le partage des miennes ici. Je pense sincèrement qu'ils n'avaient pas de volonté prosélyte. Il se fait cependant, à leur contact et sous leur influence, (que je ne peux qualifier que de bénéfique), que je suis entré dans cette mouvance-là, en gardant cependant toujours une certaine distance. Disons que j'étais croyant à 75 % ! Je pense que ce qui nous unissait était fondamentalement la foi dans l'homme et dans l'humanité (qu'à mon sens un vrai chrétien doit reconnaître) et en même temps ce qui m'unissait était la différence qui demeurait au regard de l'existence même de ce "Tout autre". Comme je n'adhérais pas totalement à leur foi, (sans pour autant faire preuve de la mauvaise foi crasse dont je suis capable à mes heures vis-à-vis des religions...), nous avions des échanges fructueux de part et d'autre me semble-t-il.
Ce qui a fini par m'apparaître, c'est la tentation et le piège de « parler dans le vide ». Il est facile de s'adresser à Dieu, et d'inventer soi-même les réponses qu'il nous fait. Rien de plus amusant (ou d'agaçant!) que ces gens qui déclarent "Dieu m'a dit..." Le pire étant lorsqu'ils ajoutent : Dieu m'a dit de te dire... Quelqu'un m'a dit cela une fois... J'ai répondu : passe-moi le numéro de téléphone de Dieu que je l'appelle directement pour en discuter ! Le problème pour le croyant c'est qu'il est capital que Dieu : ce soit "le mien", c'est-à-dire le vrai ! N'a jamais autant l'apparence du réel que l'adhésion à ce qu'on se fabrique... L'auto-persuation fait des merveilles en ce domaine. Cependant, si Dieu existe, c'est véritablement le grand absent et le grand silencieux ! Voilà pourquoi on s'empresse de le faire parler et d'interpréter les signes des temps pour meubler ce silence assourdissant. Lire dans la pensée de Dieu ou lire dans le marc de café, je ne vois pas de différence fondamentale.
Ce qui m'est donc apparu, c'est que je "parlais dans le vide". Il n'y avait pas de locuteur en face, si ce n'est moi-même, au coeur d'un dialogue intrapsychique entre les diverses composantes de ma personne, dont chacune en quelque sorte à sa vie propre en moi. Comme dit le langage courant "je me parle à moi-même". Ce dialogue peut être efficace : par exemple lorsque je "consulte" ma conscience profonde (on dit je prends conscience de... Où j'ai réagi en conscience...) Et que je pose mes actes en conformité avec ce qu'elle m'enseigne. Dans ce cas-là je touche à la grandeur humaine, et modestement à la grandeur de ma propre personne. Car suivre sa conscience fait progresser et procure du bien autour de soi. (Celle-ci se manifeste parfois sous forme d'intuitions profondes et durables concernant la direction de notre vie, des actes à poser, des orientations à prendre). Évidemment, ce dialogue interne peut aussi être contre-productif (ruminations mentales, perte du contact avec le réel ressenti, fabulation, fonctionnement imaginaire décollé ... et aussi certaines pathologies, lorsque la cohérence d'ensemble est désarticulée. Un peu comme une infrastructure qui se disloque parce qu'un élément devient défaillant). C'est la raison pour laquelle ce dialogue intrapsychique doit être le plus souvent soumis à l'altérité d'un regard extérieur... Et j'ajouterai compétent...
J'ai donc cessé de parler dans le vide pour en revenir à un simple observation de ma réalité intérieure et à ce mystère de la "nature humaine", tels que j'ai pu en parler précédemment ; je n'y reviens pas. Dans cet univers-là il y a pas, pour mon aujourd'hui, de présence divine. À tout le moins je ne peux pas, je ne peux plus référer à cela.
(à suivre... !).Libellés : Réflexions

AlainX 4:50 PM
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mardi 21 novembre 2006
Foi ? Mais en quoi ?
Dans un commentaire à mon entrée précédente, Hélène écrit ceci : (...) "Finalement quelqu'un qui vit dans l'instant présent, avec une telle confiance sur le sens de sa vie, c'est quelqu'un qui a la foi . Pourquoi ai-je l'impression parfois que tu te défendes de cela?"
Deux choses n'ont retenu : - quelqu'un qui à la foi - quelqu'un qui s'en défend dans l'expression "qui a la foi", j'ai perçu comme sous-entendu : "qui à la foi en Dieu". Ce n'était peut-être pas dans le propos d'Hélène, mais c'est en tout cas dans cette perspective que je me situerai.
Il y a une évidence permanente en moi, au coeur de ma personne, c'est que j'ai la foi en l'Homme, en l'être humain. Je ne vais pas développer ce thème, il me semble que je l'évoque souvent et qu'il est plus ou moins sous-jacent à un bon nombre de mes entrées. Je suis profondément un humaniste. Je cherche à percevoir au coeur de chaque personne sa grandeur humaine, ses trésors personnels, ses valeurs. (Je ne dis pas que j'y arrive ni que je fais cela constamment et il m'arrive plus souvent qu'à mon tour de traiter certains cons d'imbéciles !...). C'est ma petite manière de m'investir dans ce en quoi j'ai profondément foi : à savoir le Devenir et le Progrès de l'Humanité au sens d'une plus grande humanisation des hommes à travers les âges. Je sais, cela peut faire sourire ou paraître ringard alors que triomphe le nihilisme, les obscurantismes, les fanatismes, et où s'épanouit la décadence de la post-modernité, qui est ce qui reste de la modernité lorsque l'on a éteint "les Lumières" [celles du siècle du même nom] (pour paraphraser Régis Debray). Où sont passés ceux qui avaient une vision du monde à faire partager ? L'époque s'est choisie le dieu Croissance-économique. C'est probablement celui qui décevra le plus...
Cette foi dans l'Homme et dans son devenir à plus ou moins consciemment orienté mes choix de vie. Elle a structuré ma propre personne. Elle a donné sens à ma vie et à mes engagements. Elle a été une force et une motivation forte au travail sur moi. Elle m'a poussé à des choix professionnels et à des renoncements. Elle constitue un socle de ma personne. J'oserais dire un socle solide. (Ce qui n'empêche pas par ailleurs mes fragilités...). Cette foi là, je ne m'en défend pas, je la revendique haut et fort, contre vents et marées. Tout au moins quand j'en ai la force suffisante...
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Durant toute une période de ma vie j'ai eu, (pour faire simple), "la foi" comme disent les croyants. J'ai cru au Dieu des chrétiens, en tant qu'il serait « Quelqu'un », et pas seulement une entité ou un concept. J'ai fait ce qu'il est convenu d'appeler une « expérience spirituelle ». Cette expérience, dont je ne dirai rien de plus ici, me semblait cohérente avec ce qui résultait de mon éducation chrétienne, la foi viscérale de mes parents, mon intérêt pour le contenu des évangiles et la personne de Jésus en tant qu'humain ayant porté à certains sommets son humanité personnelle mise en actes.
Je ne m'attarderai pas ici sur ce que furent mes démêlés avec la religion chrétienne et la hiérarchie de l'église catholique. Mon combat difficile et sanglant au nom de la vérité [celle qui était la mienne évidemment!...] appartient désormais au passé et j'enlève peu à peu les dernières scories qui demeurent en moi. Par ailleurs, je suis tenu au secret professionnel, et je n'en dirai donc pas plus en ce domaine. Et de toute façon, contrairement aux apparences... les religions n'ont guère à voir avec la foi et l'existence de Dieu... Ou si peu... Elles ne sont que des machineries humaines plus ou moins fiables pour augmenter le nombre des adeptes, si possible en les piquants à la religion voisine, ou en les "convertissants" à la leur pour alimenter les statistiques. La religion est une mécanique ancestrale bien huilée pour produire du religieux et de la religiosité. Jésus, dans l'évangile, les a largement rejetées en cette dimension. Croire évite de penser trop, aimer Dieu évite d'aimer les autres. [Le lecteur attentif aura remarqué que je suis capable de remonter très vite au créneau en ce domaine.!]
Aujourd'hui, mardi, je crois que Dieu (en tant que "Quelqu'un") n'a pas d'existence. C'est ma conviction. Je crois qu'il n'existe pas non plus d'autres Dieux, hormis ceux que l'homme se crée lui-même par nécessité de boucler la boucle et de sortir de l'inconfort d'une certaine tragédie de la condition humaine. Quoi de plus difficile que d'accepter de retourner au néant dont on est sorti...
Je ne renie absolument en rien ma propre histoire. Bien au contraire. Je l'assume pleinement et même je revendique cette période de ma vie où je fus « croyant ». Elle me fut bénéfique et m'apporta beaucoup. Je ne vais pas reprendre ici par quel cheminement je suis devenu athée, après être passé par une période d'agnosticisme, qui à mes yeux ne peut être que transitoire pour une personne humaine. On ne peut éternellement rester le cul entre deux chaises au regard de ces questions existentielles... Serai-je de nouveau « croyant » demain ? ... On attendra demain pour répondre...
Mon maître à penser, qui fut probablement la personne qui m'a perçu avec le plus d'acuité, m'appelait parfois, dans un sourire à la fois complice et légèrement moqueur, "l'athée mystique". Cela me convient assez bien à condition de définir cette expression.
Je suis profondément attiré par « le Mystère de la destinée humaine » et plus largement de l'univers. Les religions et les systèmes de croyance donnent une explication à cela : Dieu ! Il est à l'origine, il est ailleurs, (où il est proche pour nous consoler de nos misères), il sera à la fin du temps. Avec Dieu on explique tout (même son contraire...). C'est vrai que c'est facile et commode de croire ainsi. Mais pourquoi l'explication du Mystère serait-il Dieu ? Pourquoi l'explication du mystère devrait-elle être faite ? D'une certaine manière, tout système explicatif de ce Mystère m'insupporte. Je préfère, et de loin y demeurer, le contempler, m'en nourrir. Cela créé en moi une tension vitale, comme la corde tend l'arc pour que la flèche aille loin. Je vais peut-être en choquer certains, mais Dieu m'endormait ! Je rejoins en cela à ce que disait Spinoza : Dieu, « l'asile de l'ignorance ». C'est un bien commode endroit pour y fourguer tout ce que l'on n'arrive pas expliquer. J'ai le sentiment d'une authenticité spirituelle plus grande à ne pas croire. À vivre mon athéisme.
Autrement dit, Hélène n'a pas tort dans sa perception. Il y a en effet une forme de refus volontaire et délibéré de me faire avoir par la foi en un Dieu.
J'aime mieux demeurer dans l'interrogation, non pas sur l'existence d'un Dieu qui n'est pas, mais sur ce mystère de l'Aventure humaine qui nous a amené des frontières de l'animalité aux neurosciences, et qui cependant finira dans le néant. Le mien d'abord, celui de mes semblables ensuite, ainsi que le néant de ceux qui m'ont précédé, mais dont je garde cependant trace en moi uniquement parce que je suis vivant.
J'observe que mon attirance pour le néant remonte très loin dans mon histoire. Enfant, dans le fond de mes draps, à force de concentration, j'avais ce ressenti du néant, de l'inexistant total, jusqu'à en éprouver un vertige existentiel. Ce n'était absolument pas morbide à mes yeux (pathologique peut-être !!!). C'était une forme de jeu, avec plutôt quelque chose de fort qui, au final, me donnait un sentiment de grande existence. Évidemment je dis cela aujourd'hui avec des mots d'adultes, mais je crois ne pas trahir le ressenti de ce temps-là.
« La vérité est au fond de l'abîme » disait Démocrite, et c'est là le lieu où nous demeurons au coeur de nos êtres. Nous somme un abîme habité de nous. C'est-à-dire que nous y sommes pleinement dedans, à la fois dans la vérité (potentiellement au moins) et dans l'abîme (ce qui est moins commode à accepter).
(... à suivre sans doute...) [et bravo et merci à ceux qui auront lu jusqu'au bout mon verbiage obscur] Libellés : De l'intime, Réflexions

AlainX 1:06 PM
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lundi 20 novembre 2006
Vibrations et présence
Ce matin je ressens au fond de moi cette vibration de la vie. J'ai une longue habitude de l'attention à mon corps, bien que celle-ci ait eu des éclipses qui ont toujours eu des conséquences néfastes sur ma vie. Depuis mon accident cardiaque je suis revenu à une attention beaucoup plus nette à mon ressenti et aux vibrations internes. J'ai la chance de disposer de moyens pour en décrypter le contenu. Je sais analyser mon ressenti, j'ai appris cela au long des années, tant par moi-même que par les enseignements de mon maître à penser, afin de faire sortir des brumes de l'inconscience ma réalité pour ce qu'elle est, au moins pour la part que je suis capable d'appréhender. (au sens de prendre, pas au sens de craindre)
C'est pour moi le vrai chemin de connaissance de soi. Le reste est spéculation, brassage d'idées plus ou moins intéressantes, verbiage répétitif, plat et sans saveur, reprise des idées des autres. L'analyse du ressenti intérieur est au contraire sans cesse en action est en libération de vie. La mienne, c'est-à-dire la seule sur laquelle j'ai un peu de pouvoir. C'est le pouvoir qu'à le marin dans sa capacité à faire naviguer son voilier contre vents et marées et l'amener au port.
La vibration de vie qui est au fond de moi se propage au rythme de mes battements jusqu'à m'envahir entièrement. Ainsi se délimite mon existence : dans cette vibration. Elle est là, uniquement là, jamais ailleurs. Je ne dispose pour vivre que de l'instant qui passe. À moi de l'occuper pleinement au moment même. J'ose dire que c'est cela m'a vrai sagesse. Ma sagesse est Présence. Je pense d'ailleurs que c'est cela qui frappe lorsque l'on me connaît quelque peu et que l'on me fréquente. Ma capacité d'être présent dans l'instant, face à moi-même et face à l'autre. Je me souviens comme si c'était hier de la première personne que j'ai rencontrée et qui vivait cette forme de présence. J'avais vingt-deux ans. C'était un curé d'une cinquantaine d'années, complètement à la marge, au rire tonitruant. On était dans la mouvance des années de l'après 68. Je me posais beaucoup de questions et sans être vraiment mal dans ma peau, je vivais cependant dans l'irréel, je privilégiais la fuite dans les plaisirs sous fond de désespérance. Je l'avais aperçu dans le cadre d'un groupe assez déjanté. C'était cependant la première fois que j'allais chez lui. Évidemment, j'ai commencé à parler de moi et à raconter ma petite vie sans intérêt. Au bout d'un moment il m'a interrompu : « tu veux une bière ? ». J'ai acquiescé, un peu interloqué d'être ainsi stoppé dans mes propos. Il est revenu avec deux bières et une bible. Il m'a servi la bière, a ouvert la bible, l'a mise sous mes yeux et m'a dit : « lis cela à haute voix ». C'était les béatitudes (heureux les humbles ! Heureux les assoiffés de justice ! Heureux les coeurs purs ! Heureux les faiseurs de paix !...). Je me suis exécuté non sans réticences et même quelques résistances que son humour a fait tomber. C'est en lisant que je me suis ressenti entouré par la Présence de cet homme. Je percevais son regard posé sur moi, très attentif à la manière dont je lisais et à mes émotions sous-jacentes. Ensuite il m'a demandé de quelle manière moi j'avais décidé d'être heureux. Je pense que personne ne m'avait jamais posé la question comme ça, pas dans ces termes-là : (décider), pas avec ce sérieux et cette intensité. Ainsi il m'a conduit à une présence à moi-même comme jamais encore je ne l'avais vécue. Pour la première fois j'ai entrevu la possibilité d'une vie accomplie et les prémices du chemin de fidélité à soi qui m'indiquerait la direction à suivre.
C'est dans les années qui suivirent que je fus à même de rencontrer mon maître à penser. Il me semble que ce curé atypique (l'un des rares qui a grâce à mes yeux !) m'a préparé la route ce soir-là. Les croyants diront que Dieu a guidé mes pas, ma mère aurait dit : "c'est la Providence !". Moi je dis plutôt c'est la dynamique du vivant, de l'homme vivant et solidaire de ses semblables. Mais peu importe. C'est ensuite une question d'option personnelle.
Ce matin, tout cela me revient dans cette vibration intérieure, dans ces battements de mon coeur affaibli mais toujours fidèle à l'impulsion de vie. Et c'est cette présence qui fait mon bonheur du jour. Mon présent est tissé de mon histoire passée. Il la contient dans l'instant même. C'est bien le seul endroit où je puis demeurer. Mon présent est ma maison, ma demeure. J'étais dans ce présent-là le 10 novembre. À la fin du repas dans l'instant qui a précédé l'incident, je n'étais pas dans l'inquiétude de ce qui pourrait arriver, ni dans la crainte du lendemain, ni dans l'attente d'un plus grand bonheur possible un jour suivant. Je me sentais bien auprès de ma compagne qui s'apprêtait à servir le café. Et puis, l'instant suivant m'a conduit (tout du moins c'est comme cela que je les ressentis) à proximité de la mort. La panique qui m'a envahie n'a duré que quelques secondes. C'est d'ailleurs curieux avec le recul. Je ne peux même pas dire que j'ai fait efforts pour garder mon sang-froid (l'expression est amusante, car le "sang refroidi" je l'ai ressenti me descendre dans le corps), peut-être parce que je suis demeuré dans cette présence, sans le décider, comme une sorte de normalité de cet inéluctable d'une mort qui s'apprêtait à survenir.
Finalement nous ne sommes vivants et en capacité de bien vivre cette vie que parce qu'il y a une fin annoncée. S'il n'y avait pas la mort programmée en nous, si nous devions vivre pendant des siècles et des siècles est-ce que véritablement nous ferions quelque chose de nos journées qui en vaille la peine...? Nous savons bien que généralement sans échéance fixée en dehors de notre seule volonté, nous n'accomplissons pas grand-chose. Une mère passerait-elle son temps à préparer et repréparer des biberons, si son bébé ne réclamait pas la tétée à échéances régulières !
Ce que je retiens de ces jours derniers - et qui est pour moi une confirmation de mes convictions, en même temps qu'une gifle cinglante de mes déviances occasionnelles, - c'est l'absolue inutilité de la projection dans l'avenir. Je parle bien de la projection au sens "de quoi demain sera-t-il fait ?", je ne parle pas de l'intuition profonde que l'on peut avoir de sa destinée, laquelle est d'une autre nature notamment en termes de ressenti. Le sens de mon destin, de la trajectoire de ma vie, je les ressens par l'intérieur, et ce ressenti fait partie de mon présent, de l'instant. La projection dans l'avenir (avec des questions comme je lisais chez quelques blogueurs du type : est-ce que l'amour durera toujours... ?) est une production de l'esprit spéculatif, qui génère des réponses parfaitement argumentées avec finesse et intelligence, mais qui sont totalement inutiles... ! Enfin, presque totalement : car cela produit quand même la jouissance masturbatoire de l'ego !
Après ce bel effort, je retourne m'allonger et écouter Mozart...
Libellés : De l'intime

AlainX 12:05 PM
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samedi 18 novembre 2006
Le corps à ses raisons...
L'incident de santé du 10 novembre a opéré des changements en moi, source de nouveaux comportements probables.
Curieusement, malgré le côté alarmant de cette défaillance cardiaque momentanée et de ses prolongements actuels, je me sens intérieurement dans une grande paix. Comme s'il y avait eu une sorte de nécessité d'en passer par là. Comme si je n'avais pu m'empêcher de « rejouer un scénario antérieur » : celui de la prise de risque corporel, de la nécessité d'aller voir près de la mort si j'y suis. Comme si cela m'était fondamentalement nécessaire pour vivre, et pour vivre bien et heureux.
Cette prise de risque génère en moi une sorte d'obligation morale, une rigueur qui à la fois s'impose et que j'aime à me donner, tant je sais quelle m'est bénéfique. J'ai réalisé (mais je crois que ce n'est pas la première fois) que ce n'est pas la mort que je crains, mais de mourir « en désordre ».
* En désordre avec moi-même, c'est-à-dire au regard de la fidélité à ma personne, en ce qu'elle me concerne, en ce qu'elle concerne « plus que moi ». J'aimerais qu'à ma mort je puisse dire que j'ai été un homme fidèle à mes valeurs, celles qui s'enracinent dans mon histoire, dans la société dans laquelle j'ai vécu, celles que j'ai rejointes ou que je me suis données.
* en désordre avec « mes affaires », et cela comporte deux aspects. *Le premier à une dimension plutôt altruiste, il s'agit de ne pas laisser à ma descendance (&/ou à ma compagne) une situation matérielle bordélique est aussi avoir pu exprimer ce que j'aimerais dire à chacun. De ce point de vue j'ai déjà commencé à écrire une sorte de testament moral pour mes filles. J'ai fait cela il y a plusieurs années et je vais reprendre ce document. *Le deuxième aspect est plus égocentré. Je n'aimerais pas que l'on retrouve dans mes affaires certaines choses qui concernent mon histoire où mes pensées. Même si je n'ai pas fait dans ma vie des choses particulièrement répréhensibles, j'ai le souci et le désir que l'on garde, comme l'on dit : « une bonne opinion de moi ». Je vais donc consacrer les semaines qui viennent à quelques rangements et destructions. À l'hôpital j'ai dit à ma compagne de détruire mes affaires personnelles situées à tel endroit dans mon bureau, si jamais..... Je sais qu'elle l'aurait fait.
J'ai donc retrouvé en moi la paix que donne la droiture d'existence. Je suis profondément un homme "droit", la droiture est une de mes valeurs centrales. Je dis bien que je le suis "profondément", je ne dis pas que tous les actes que je pose (loin s'en faut...) sont conformes à cette valeur centrale. Plus d'une fois dans ma vie j'en ai dévié... Mais je ne suis vraiment dans la paix intérieure que lorsque je vis dans l'axe de cette valeur.
C'est aussi à une autre réalité que j'ai de nouveau été confronté. Ou plutôt à une de mes croyances qui est la suivante : "mon corps sait plus de choses sur moi que moi-même" (c'est un peu exagéré bien sûr si l'on absolutisme cet adage personnel). Je veux dire par là qu'il me faut être particulièrement attentif à ses messages de toute nature. C'est d'ailleurs bien ce que font les médecins quand ils commencent par demander qu'on leur décrive "les symptômes". Ils sont des indicateurs fiables si on s'est en faire une juste lecture. Or, depuis plusieurs semaines, je ressentais un mal être latent auquel je ne prêtais par une attention suffisante en tant qu'indicateur d'une déviance par rapport à mon axe, dans ma manière d'être et de vivre. J'ai pourtant appris que mon corps ne me faisait pas de cadeaux dans ces cas-là. Il sait se manifester avec une vigueur indéniable ! C'est ce qu'il a fait. Bien entendu il a profité (si je puis dire) de la date anniversaire de cette première fois où il a agi ainsi quand j'avais douze ans. Le corps n'a pas d'autre manière de s'exprimer. Il demande alors à la personne tout entière une sorte de "changement de vie". Ce que celle-ci ne fait pas forcément... Attentdant parfois un "irréversible", voir une irréparable... Il est évident qu'il est plus simple de s'en remettre alors à la pharmacopée qui aura toujours une solution chimique à proposer, laquelle masquera nécessairement le message fourni. Il semblerait qu'en France nous soyons particulièrement champions dans la connerie en ce domaine, puisque notre pays est le plus gros consommateur de psychotropes, d'excitant et de calmants de toutes sortes. Ce qui ne constitue jamais que des pansements sur une jambe de bois.
Dans cette perspective, je suis satisfait de la visite anticipée hier chez le cardiologue. Les troubles que je ressens sont sans risques dans l'immédiat. Ils pourraient être supprimé par un médicament, mais le cardiologue propose une « médecine douce » qui consiste à... ne pas faire grand chose... C'est exactement ce que je souhaitais. Je peux m'accommoder du trouble, qui d'ailleurs pourrait s'atténuer et même disparaître dans les semaines qui viennent. Je pourrais ainsi mieux observer comment mon corps va apprécier la nouvelle manière de vivre que j'envisage.
Libellés : Au fil de l'eau, De l'intime

AlainX 12:03 PM
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mardi 14 novembre 2006
Récit d'une absence.
Vous terminez votre repas. C'était un moment sympathique. Votre compagne vous propose de prendre le café au salon. Et puis tout à coup la tête vous tourne, une intense sensation de froid vous descend de la tête aux pieds. Votre vue se trouble. Une paleur étrange vous envahit, vous ne sentez plus votre corps. Vous pensez on dirait que mon coeur s'est arrêté de battre. Mais ce n'est pas "on dirait". Il s'est arrêté. Vous pensez "je vais mourir". Est-ce qu'une panique vous gagne ? Non ! Vous êtes au-delà de la panique, de l'angoisse, ce passage est franchi en un instant. Il n'y a plus rien que le froid. Vous pensez bêtement : « il faut que je lui dise d'arrêter mon ordinateur ». Mais elle, elle vient de composer le 15.
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La sirène de l'ambulance vous rappelle d'étranges souvenirs lointains. C'était à un jour près le même que ce jour de novembre 1959. Vous étiez alors enfant. Vous avez pensé, tout aussi bêtement : "chouette ! la sirène c'est pour moi !". On fêtait ce jour-là l'armistice, vous entriez dans votre grande guerre contre la maladie.
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Aux urgences on ne s'affole pas, mais on se presse. Il n'y a que dans les feuilletons à la con de la télévision que les soignants courent dans tous les sens. Là les gestes sont précis, efficaces, codifiés. "C'est une priorité" dit une femme en blanc. Vous avez retrouvé votre lucidité, mais vous vous sentez infiniment faible. Vous pensez : "priorité ? Ce n'est pas bon signe..." On vous déshabille, on vous met des électrodes un peu partout. Les premiers "bips" se font entendre. La tension est très base, le pouls à moins de 40. Une jeune externe vous interroge, vous fait décrire le malaise. Vous avez le temps de remarquer qu'elle est mignonne.
Elle doit s'y reprendre à trois fois pour réussir un tracé correct de votre électrocardiogramme. Vous pensez : "mais c'est quoi ce putain de matériel ?!!" On vous dit un médecin va vous voir. La porte coulissante se referme. Vous êtes seuls avec vous-même, plus les "bips", les courbes sur le scope, le tensiometre automatique. Vous attendez sans quitter l'écran des yeux. La tension reste très basse mais stable, le pouls continu de descendre lentement et l'appareil crie dans le vide ses bips d'alerte. Vous ne ressentez aucune angoisse, une sorte de calme et de paix intérieure. Vous pensez : "je n'aurai pas revu mes enfants".
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Le cardiologue explique. Il parle vite et c'est trop compliqué. Mais il rassure. Pas de risque fatal en vue. Mais c'est quand même sérieux. On vous garde. Pour combien de temps ? On ne sait pas cela dépendra de l'évolution. Vous ne saurez jamais ce qu'ils ont injecté dans la perfusion.
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Chambre à deux lits. Vue sur métro. Voisin plus vieux que vous, sous oxygène et les yeux fixés sur TF1 qui braille au plafond. Heureusement, la nuit il éteint la télé... Mais il ronfle lourdement ! À part cela, il est très sympathique et vous bavardez quelque peu les jours suivants. Il enrichit vos connaissances et vous permet de vous ouvrir à la culture en vous apprenant tout sur TF1. Vous aurez même droit à Pascal Sevran et son affligeante émission du dimanche midi. À vomir ! Mais votre voisin adore ! Il a payé l'abonnement, il est maître de la zapette. Certes, il vous demande votre avis sur le programme mais après vous avoir nettement indiqué ce qu'il souhaite regarder... Cet homme aurait dû faire de la politique !
En cardiologie, vous vous rendez compte qu'il n'y a que des vieux. Et souvent, de jour comme nuit, le vieux ça crie, ça hurle, ça se fait engueuler par le personnel : "Madame si vous continuez je vais vous attacher !". Ça n'a plus vraiment toute sa tête parfois le vieux... Et vous, qui venez enfin de vous endormir entre deux ronflements de votre voisin, vous réveillez en sursautant dans votre lit. Alors vous vous consolez : chouette, je suis quand même encore en vie !
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Finalement les choses rentrent dans l'ordre peu à peu. Vous retrouvez un coeur suffisamment apte à servir encore quelque temps, mais on vous met sous surveillance rapprochée... L'extrême plaisir des consultations en hôpital, où, convoqué à 8 h 30, vous passerez à midi 15, vous attend...
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Vous êtes rentré chez vous. Vous résistez à la tentation de mettre le doigt sur votre pouls pour voir ... si jamais... Mais non il ne faut pas ! Surtout pas ! Vous ressentez une grande lassitude, un au-delà de la fatigue. vous pensez : "je suis changé vraiment. Quelque chose s'est passé."
Vous vous souvenez que lorsque vous avez eu la sensation que tout allait finir, vous n'avez pensé spontanément qu'à votre famille proche. À aucun moment vous n'avez été effleuré par l'idée même d'une existence ailleurs... Comme si alors, à cet instant là, vous aviez eu comme la certitude qu'il n'y aurait rien. Libellés : Au fil de l'eau

AlainX 7:56 PM
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mercredi 8 novembre 2006
Nouvelles
Au moins une bonne nouvelle ce matin, la défaite aux USA des républicains à la chambre des représentants. George Bush va devoir cohabiter... Sarkozy, qui est allé lui sucer les orteils, doit être déçu. Si cela pouvait être prémonitoire en ce qui le concerne, ce serait une deuxième bonne nouvelle...
Sinon ? Je vais mal !
Et merci aux quelques-uns qui connaissent un peu de mon histoire personnelle et qui ont eu la gentillesse de se manifester auprès de moi en cette première décade de novembre. Cela m'a fait chaud au coeur.Libellés : Actualité

AlainX 9:34 AM
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jeudi 2 novembre 2006
C'est cadeau
Repas délicieusement agréable ce midi en compagnie de ma belle-mère , toujours aussi vaillante à 83 ans. J'ai déjà évoqué cette musicienne et instrumentiste qui, chose relativement rare à « l'oreille absolue ». Ce midi nous avons parlé opéra. Elle n'est pas passionnée d'opéra loin de là. Cependant elle évoque des souvenirs anciens, lorsqu'avec son époux (décédé à présent) ils sont allés écouter Carmen à l'opéra Garnier. Elle raconte cela avec émotion et forces souvenirs. Je lui dis que j'ai un DVD de Carmen et nous décidons d'en regarder quelques instants.
Lorsque G. (ma belle-mère) écoute de la musique avec quelqu'un, elle ne peut s'empêcher de faire des commentaires techniques. Au début cela m'agaçait, puis j'ai compris qu'avec elle ce n'était pas le moment pour moi de goûter à l'interprétation mais de me faire attentif à ses remarques. J'ai ainsi beaucoup appris auprès d'elle sur ce que pouvait être le ressenti et la manière de percevoir d'un interprète. Le pourquoi des difficultés de tel ou tel passage et bien d'autres choses encore. Ma belle-mère est une personne très humble, elle ne fait pas des commentaires pour « la ramener » comme on dit, ni pour donner la leçon, mais simplement pour faire partager l'intensité de sa passion. C'est cela qui me touche beaucoup chez elle. En plus, à 83 ans, elle n'a plus rien à démontrer à personne...
La nuit, quand elle ne dort pas, et à son age on ne dort par beaucoup, elle écoute "radio classique". Elle nous a raconté qu'une nuit, il n'y a pas longtemps, elle a entendu les variations de César Franck et qu'elle s'est revue enfant, auprès de son père organiste, lui tournant les pages. Elle devait se montrer particulièrement attentive car elle ne maîtrisait pas encore la lecture de la musique, et son père grognait quand elle ne tournait pas assez vite et au bon moment. Elle nous a dit qu'elle s'était mise à pleurer dans son lit en repensant à tout cela. Ce fut un moment de forte émotion car, bien que très sensible, habituellement elle ne montre guère ce qu'elle ressent. C'est bien connu, chez les gens de cette génération, il ne faut pas faire étalage de ses sentiments...
Ma compagne l'a raccompagnée chez elle. En rentrant elle me dit : tu sais cela fait longtemps que je n'avais vu maman aussi heureuse. Tu fais son bonheur. Cette dernière phrase m'a beaucoup touché. Il est vrai que pour les autres enfants, la musique, ils en ont un peu soupé ! Ce que je comprends parfaitement. Pour eux, c'était le métier de leur mère et ils ont entendu des gammes et des répétitions à longueur d'année durant leur enfance. Cela a dû largement les saouler... Moi, je n'ai aucun effort à faire pour l'écouter en ce domaine, bien au contraire, je la sollicite et je pose des questions. D'une certaine manière nous sommes un cadeau réciproque l'un pour l'autre. La vie parfois n'est donc pas si mal faite que ça !...
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(Suite...)
Le texte ci-dessus, je l'ai écrit il y a quelques jours mais me l'avait pas publié. Belle-maman G. est revenue déjeuner ce midi avec d'autres gens de la famille. Je profite de ce genre de réunions pour la filmer avec mon caméscope. Il est vrai que je pense à l'avenir... En particulier à certains de ses petits-enfants qui auront peut-être de l'intérêt à la revoir lorsqu'elle ne sera plus là, alors que j'ai le sentiment qu'ils la délaissent aujourd'hui. Cela m'attriste de voir des gens si proches passer à côté de la sensibilité de cette femme.
Comme elle était la première arrivée nous avons écouté quelques pièces brèves de Bach. Je l'ai filmée, non sans émotion, en relatif gros plan, voyant toutes les expressions de son visage, sa manière de murmurer les notes qui ne cesse de lui venir aux lèvres parce qu'elle a "l'oreille absolue". Puis, tout à coup je la vois comme s'énerver : "ah non ! Pas de nuances à cet endroit et encore moins de rubato sur cette aria ! Mon père me l'a toujours dit ! Bach : pas de nuances". Elle se fâchait presque. Elle en était d'autant plus touchante... À cet instant, je la sentais ailleurs, dans un autre monde, le sien, celui de ses souvenirs sans doute. Je repensais à l'autre jour lorsqu'elle racontait ses nuits avec "radio classique". J'ai fait un lent zoom avant jusqu'à ne plus voir que ses yeux dans l'écran de contrôle. Plus tard j'ai dit à ma compagne : j'ai une jolie séquence de ta maman je te la montrerai tout à l'heure. Elle n'a pas semblé prêter attention, préoccupée par son plat à mettre au four.... J'ai rangé mon caméscope...Libellés : Au fil de l'eau

AlainX 6:47 PM
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